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L'angoisse de l'attente de la proclamation des résultats de la présidentielle au Gabon

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GABON ELECTIONS
A man walks past election posters for Zacharie Myboto, one of the 23 declared presidential candidates for Sunday's poll, in the capital Libreville, August 22, 2009. The winner of Gabon's August 30 presidential election will have to tackle a stretched budget and an oil economy in long-term decline, but international partners are unlikely to see a shift from investor-friendly policies. None of the candidates standing to succeed Omar Bongo, who towered over the central west African state for four d | Staff Photographer/Reuters
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ÉLECTIONS – Le ciel de Libreville, la capitale gabonaise, s’est enveloppé d’une chape de nuages gris en ce mardi 30 août. Un climat morose qui s’arrime au calme d’une capitale calme attentiste des résultats de la présidentielle du samedi 25 août 2016.

Dans quelques heures en effet, les Gabonais sauront qui d’Ali Bongo Ondimba ou de Jean Ping sera installé sur le fauteuil présidentiel du Palais du bord de mer à Libreville, la capitale administrative. Prévue dans un premier temps pour être annoncé à 17heures (16H GMT), l’annonce des résultats a été reporté à 19 heures.

"Les résultats de l’élection présidentielle seront proclamés par le ministre de l’Intérieur, après la réunion de la CENAP qui débutera ce jour à 19:00. Tout autre prétendu résultat diffusé avant, pendant ou après la proclamation officielle n’est que mensonge et violation de la loi", précise le communiqué reçu de la Cenap.

La guerre des nerfs entre les deux candidats continue

Les procès verbaux des opérations de dépouillement ont été acheminés sous escorte militaire vers le siège la Commission électorale nationale autonome et permanente (Cenap) à Libreville. Ils vont ensuite y être centralisés et compilés avant d’être annoncés par le ministre de l’Intérieur, Pacôme Moubelet-Boubeya au siège de la Cenap à Libreville.

A la veille de l’annonce des résultats, la mission d’observation de l'Union européenne (UE) a indiqué, dans un rapport très ambiguë présenté par l’eurodéputé bulgare, Mariya Gabriel à la presse ce lundi à Libreville, que “les conditions de vote ont été suffisantes dans les 260 bureaux de votes observés“. Sans être en mesure de se prononcer sur la crédibilité et l’intégrité du scrutin, la première mission de l’UE dans une élection présidentielle au Gabon a indiqué que “la gestion du processus électoral a manqué de transparence“.

Elle a relevé quelques anomalies notamment l'absence de listes électorales affichées devant les bureaux de vote, des défaillances au niveau du contrôle de l'encre indélébile, l'authentification des bulletins de vote et l'usage de scellés des urnes dépourvus de numéros d'identification.

Une position ambiguë qui tranche avec celle du Secrétaire Général de l’ONU. Dans une déclaration communiquée à la presse, Ban Ki-moon se réjouit de la “tenue pacifique et ordonnée de l’élection présidentielle“ tout en espérant le même esprit de paix et transparence prévaudra avant et après l’annonce officielle des résultats préliminaires de l’élection qui devront être le reflet de la volonté du peuple“.

Mais bien avant l’annonce officielle des résultats, l’heure était à la guerre des nerfs entre le camp du président sortant et celui de son principal opposant. Le candidat de l’opposition, Jean Ping, 73 ans, qui s’est auto-proclamé “élu“, multiplie les conférences de presse pour réclamer la victoire allant même jusqu’à commettre l’imprudence de demander aux populations de “défendre par tous les moyens“ sa victoire.

La riposte du camp présidentiel ne s’est pas fait attendre. Il s’est retranché derrière l’argument de sérénité et de légalité. "Nous sommes légalistes et nous sommes républicains donc nous attendons sereinement que la Cénap (commission électorale) annonce les résultats de l'élection“, a indiqué le président sortant dans une déclaration.

Face à l’angoisse, les Gabonais s’en remettent… au ciel

Avec cette ambiance délétère dont les prémices se sont fait ressentir dès l’entame de la campagne électorale, le spectre des violences post-électorales de 2009 plane sur le pays. Des couvre-feux, des casses et des actes violences avaient alors été notés après la victoire d’Ali Bongo à la présidentielle.

Dans les rues de Libreville, c’est le calme qui intrigue. Une partie des commerces restent ouverts tandis que certains ont fermés de peur de voir les magasins être la cible de casseurs. D’autres magasins, banques ou pharmacies pour l’heure restés ouverts, ont fini par fermer alors que dans les rues, la présence des forces de l'ordre est remarquable à chaque coin de rue.

Mbolo, le plus grand centre commercial de Libreville était peu achalandé ce mardi matin . “Nous sommes dans l’attente des résultats, nous espérons que les choses vont se dérouler dans le calme“, confie Fabrice N. , âgé de 30 ans, sorti faire ses courses. Il ajoute, “seule la paix est souhaitable pour ce pays, je suis donc sorti pour montrer qu’il ne faut pas avoir peur“.

“Il faut que tous les candidats respectent les résultats qui vont être annoncés car celui qui est élu sera le président de tout le monde. Les activités ont continué normalement ce matin, les gens sont allés au travail. C’est calme alors la violence, ça ne sert à rien, il faut attendre de savoir ce que va dire la Cenap“, commente Pemba S., 25 ans revenu d’un stage en entreprise.

Pour Maman Geneviève, l’attente laisse place à l’angoisse. “Je vais bientôt rentrer chez moi, je suis sorti pour un saut au bureau. De chez moi, je suivrais l’annonce des résultats“, explique t-elle. “Vous savez, on ne peut jamais savoir ce qui se passe, mais nous les Gabonais, on est habitué à ses spéculations d’avant résultats, mais les choses finissent toujours par redevenir calme“, croit-elle.

“On s’en remet à Dieu et je suis sure qu’il va nous donner la paix. Dieu Seul peut nous préserver alors on s’en remet au ciel“ conclut Geneviève. A quelques heures de l’annonce des résultats finaux de cette élection à tour unique, les Gabonais sont tant attentistes qu’angoissés. Le ciel, sous la protection duquel ils placent, est à moitié assombri et en même temps mi- ensoleillé. Difficile de savoir ce qu’il prépare : un orage ou le plein soleil ? Réponse, ce mardi 30 août à 19 heures lorsque la Cenap désignera le futur président du Gabon.