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Pourquoi les plages de Sidi Kaouki sont-elles si sales?

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SIDI KAOUKI
Page Facebook Louis Lavoie Isebaert
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POLLUTION – Sidi Kaouki, petite commune rurale perdue à 25 kilomètres d’Essaouira sur la route d’Agadir. Ce spot connu des surfeurs s'étend sur deux kilomètres de plage vierge, suivis de quatre autres kilomètres de plage paradisiaque où les vagues viennent lécher les dunes de sable.

Cette image de carte postale appartient désormais au passé. A l’heure où le Maroc se prépare à accueillir la COP22 et que des initiatives sont prises pour lutter contre la pollution, les plages de Sidi Kaouki se sont mues en dépotoir d’ordures.

La réputation de la ville ternie

Un amoncellement d’ordures ménagères a investi la plage, mais aussi la forêt et les abords des restaurants de cette petite commune rurale située près d’Essaouira. Au milieu des ces tonnes de déchets, des animaux pataugent dans les détritus. Ces monceaux de déchets ont été pris en photo par Louis Lavoie Isebaert, un hôtelier canadien installé à Sidi Kaouki depuis trois ans, qui a partagé l'album sur Facebook, désormais devenu viral.

Contacté par le HuffPost Maroc, Louis Lavoie Isebaert explique l’origine de cet amas d’ordures. En l’absence d’une gestion des déchets par la municipalité qui n’organise aucun ramassage régulier des détritus, les hôtels et restaurants ont dû littéralement mettre leurs mains dans la crasse. "Les établissements ayant une autorisation d’exploitation sont obligés de transporter leurs poubelles dans le coffre d’une voiture jusqu’à Ghazoua, situé à 15 kilomètres de là", dénonce le Canadien. La petite ville compte une vingtaine d’hôtels et une douzaine de restaurants qui bordent la mer.

La réputation à l’international de Sidi Kaouki, très prisée par les surfeurs et les amateurs de sport de glisse, s’est retrouvée ternie jusque dans les guides de voyages influents. Petite anecdote, même le Guide du Routard (GDR) y est allé de son commentaire. La collection française de guides touristiques dressait, en 2007, le portrait d’un village paisible et insistait sur la beauté de ce petit coin perdu situé aux environs de la villes des alizés. Neuf ans plus tard, le commentaire est on ne peut plus critique. La tranquillité et la beauté du spot ne sont pas contestées mais le GDR regrette quand même que "les lieux soient si mal entretenus".

routard

La municipalité pointée du doigt

L’accumulation des ordures trouve aussi son explication dans une autre pratique. Des hôtels et des restaurants informels ont pullulé à la faveur de l’augmentation du nombre de touristes dans la ville. "Ces hôtels et restaurants dépourvus d’autorisation d’exploitation n’ont pas les moyens pour transporter leurs ordures comme leurs concurrents en règle. Résultat, ils contribuent à la pollution de la ville en préférant remettre leurs poubelles aux collecteurs d’ordures en charrette qui vont eux-mêmes se débarrasser des ordures en les jetant sur la plage", explique Louis Lavoie Isebaert.

sidi kaouki

Le risque est grand pour la santé des riverains et des touristes qui fuient peu à peu ce petit paradis. "Certaines poubelles sont situées à quelques mètres seulement des cuisines des restaurants [informels, ndlr]", souligne l’hôtelier canadien. Plus grave encore, "les collecteurs d’ordures ou certains plagistes se débarrassent de ces ordures en les brûlant, parfois en pleine journée à midi sur la plage. La fumée et l’odeur envahit alors les hôtels et les restaurants", dénonce-t-il.

Une situation intenable pour les hôteliers locaux, mais marquée, heureusement, par des périodes de répit. “Pendant le dernier Rallye des Gazelles, l'agence Maïenga [qui organise le rallye, ndlr], dirigée par Dominique Serra, native de la région, nous avait prêté un incinérateur et la situation s’était un peu améliorée", confie Louis Lavoie. "Mais au bout d’un certain temps, les pousseurs de charrettes ramenaient des déchets non triés qu’il fallait encore trier pour pouvoir les incinérer".

Vers la création d’une association de gestion des déchets

L’expatrié pointe du doigt la mauvaise gestion des ordures par ces collecteurs qui contribuent à la pollution de leur environnement pour gagner de l’argent sans prendre en compte les risques sanitaires liés à cette pratique.

Du côté de la commune, rien n’est fait. "Ils nous répondent tout le temps qu’ils n’ont pas le budget pour s’occuper de la gestion des déchets publics“, affirme Louis Lavoie. Le problème est devenu sérieux, à tel point qu’une association locale, Planète Kaouki, s’est substituée à la commune. Elle a initié avec des riverains, des résidents et des hôteliers un projet de lutte contre l’insalubrité. Mais Planète Kaouki a dû cesser ses activités par manque de moyens.

Notre interlocuteur nous confie que les hôteliers et les restaurateurs locaux s’acheminent vers la création d’une association, seul moyen, selon lui, de régler ce problème. L’association reprendrait le relais de Planète Kaouki pour tenter d’atténuer les effets de cette accumulation de déchets.

Malgré les problèmes, Louis Lavoie reste optimiste quant à la suite des événements. "Je suis plutôt optimiste car je pense que nous avons atteint le fond du baril. Parler de ce problème publiquement forcera les autorités à prendre les mesures nécessaires afin de régler la situation", nous confie-t-il.

"Qui sait, peut-être qu'en bout de ligne nous pourrons travailler pour recevoir un Pavillon Bleu pour la plage de Sidi Kaouki, et ainsi devenir un exemple pour les autres plages du Maroc?", espère-t-il.

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