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Avant de devenir un sport olympique, le surf, c'était des planches en bois et des cabanes sur la plage

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Le surf est un mode de vie, mais il est aussi un sport de haut niveau. Depuis des années, la World Surf League organise des compétitions aux quatre coins du monde qui sont de plus en plus suivies. Dans quatre ans, le surf passera à la vitesse supérieure en étant pour la première fois une discipline olympique aux Jeux de Tokyo 2020.

La nouvelle, espérée depuis longtemps par l'International Surfing Association, moins par certains surfeurs professionnels, apportera sûrement au surf une visibilité jamais acquise jusqu'à présent. Mais perdra-t-il par la même occasion son essence, ce qui fait de lui un mode de vie? En attendant d'avoir la réponse, rappelons-nous que le surf est né un peu par hasard, sur une plage du Brésil, du Pérou ou de Polynésie, grâce à ceux qui ont eu l'idée folle de se mettre debout sur un morceau de bois.

Le livre Surfing, disponible aux éditions Taschen en octobre 2016, permet de mieux saisir le surf et sa philosophie dans son ensemble, ses complexités et sa richesse. A travers près de 600 pages et plus de 900 images, Jim Heimann, anthropologue culturel, retrace l'histoire de ce sport depuis les premiers témoignages de l'explorateur James Cook au 18e siècle, jusqu'à la pratique de compétition que l'on connaît aujourd'hui.

Avant de devenir un sport olympique, le surf, c'était ça:

1. Des planches en bois

Avant même que le surf soit du surf, au 18e siècle, les Hawaïens se mettaient debout sur "la olo royale, une planche en bois de wili-wili aux dimensions colossales", écrit Jim Heimann. Celle-ci pesait environ 90 kg. Au début du 20e siècle, le sport commence à émerger en Californie. Les planches sont moins lourdes mais toujours taillées dans du bois, du séquoia.

Il faut attendre les années 20 et un homme, Tom Blake, maître-nageur à Malibu, pour que les planches évoluent. Trouvant les "olo" trop lourdes, il a l'idée des les trouer des centaines de fois puis de recouvrir le tout d'un placage en bois. "Il réduisit ainsi le poids de ses planches de 10 pieds à un poids plume de 18 kilos", souligne Heimann. Une petite révolution.

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A gauche, Tom Blake à Waikiki en 1929, au centre, à Santa Monica (Californie) en 1924 - Mark Seelen

Jusque dans les années 50, le séquoia règne en maître sur la pratique. A cette époque, le bois utilisé pour "shaper" les planches se fait plus rare et les surfeurs commencent à se tourner vers des pains de mousse polyuréthane, matériau qui est aujourd'hui le plus répandu dans la fabrication des planches de surf telles qu'on les connaît. La mousse de polyuréthane, précise Heimann, a été inventée en 1937 par Otto Bayer dans l'entreprise IG Farben. Léger, facile à produire, le surf pouvait enfin prendre une dimension mondiale.

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L'évolution des planches de surf de 1900 à 2015 - Mark Seelen

2. Des week-ends entre amis dans des cabanes sur la plage

1950, Californie. Même si le surf a pris une grande ampleur sur la côte ouest, les surfeurs continuent à idéaliser Hawaï. Plus particulièrement, sur la plage de San Onofre, à une heure de voiture de San Diego, une centaine de surfeurs se constitue son propre univers, en retrait du reste du monde.

"La plage était un peu cachée en retrait, et jusqu’à une centaine de surfeurs pouvait y camper et passer de longs week-ends avec leurs amis et leurs familles", raconte Jim Heimann." Les rares surfeurs qui avaient été à Hawaii essayaient de donner au campement une apparence la plus tropicale possible: des cabanes avec des toits en palmes, des tikis sculptés de façon basique, des chapeaux contre le soleil tressés à la main en feuilles de palmier… sans oublier le son omniprésent de l’ukulélé, que l’on jouait le soir, autour du feu, pour lutter contre le froid pénétrant du brouillard."

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San Onofre, Californie, 1950 - Loomis Dean

Si cela peut sembler anecdotique, ces rassemblements sont en fait révélateurs de ce qu'est fondamentalement le surf: un mode de vie. Ces surfeurs sont perçus comme marginaux et c'était un peu vrai. Si leurs nuits passées au coin du feu n'étaient pas une révolution, entre eux, ces surfeurs souvent venus chercher du travail sur la côte ouest pendant la guerre refont le monde. "Ceci eut pour effet de créer les bases d’une culture différente, orientée vers une vie passée à la plage, loin des valeurs conservatrices de l’Amérique profonde", poursuit l'anthropologue culturel.

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Fête sur la plage, San Onofre, Californie, 1949 - Surfing Heritage/Courtesy TASCHEN

3. Des shorts délavés et des chemises hawaïennes

Dans les années 40, la grande classe, c'est de revenir de Hawaï fraîchement bronzé, avec un short délavé et surtout, une chemise aloha. Le style hawaïen a longtemps fait rêver au-delà du petit monde des surfeurs. Aujourd'hui encore, certains items comme l'ananas sont revenus à la mode, entre autres parce qu'ils représentent toute la nostalgie des sports de glisse durant ces années.

Dans les années 70, on commence à parler "d'industrie du surf", même si on n'y est pas du tout. Certaines marques, comme O'Neill ou Quiksilver, commencent à émerger. Sentant qu'un créneau se dégage, plusieurs audacieux tentent de se lancer dans le business, comme par exemple Edward Fletcher, un fabricant australien, qui parvient à vendre rien qu'en 1972 750.000 exemplaires de son short appelé "Stubbies".

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La famille Fletcher à San Clemente, Californie, en 1992 - ArtBrewer.com/Courtesy TASCHEN

4. Un milieu (vraiment) masculin

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Duke Kahanamoku, Sunset Beach, Hawai, 1968 - LeRoy Grannis Collection/Courtesy TASCHEN

Pendant très longtemps, le milieu du surf a été un monde d'hommes. Ce n'est qu'à partir des années 90, grâce à une loi fédérale américaine pour l'égalité des chances, que de plus en plus de femmes se lancent dans le sport, et donc le surf. Autre élément, qui peut sembler anecdotique mais qui, selon Jim Heimann, a beaucoup joué, la sortie en 2002 du film Blue Crush, "mettant en vedette des surfeuses pro comme Keala Kennelly, une Hawaïenne extrêmement confiante dans les grosses vagues". À la suite de cette sortie, "une nouvelle génération de filles afflua vers les plages à la recherche de vagues".

Mais c'est surtout cette loi fédérale de 1972 qui changea la donne, faisant passer de 5 à 8% la proportion de femmes dans le surf. 10 ans plus tard, elles étaient de 15 à 20%.

Le symbole de cette évolution, c'est Lisa Andersen, surfeuse de Floride, qui apparaît en 1996 en couverture du magazine Surfer. Une première.

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Lisa Andersen en couverture du magazine Surfer en 1996

Aujourd'hui, les surfeuses sont reconnues en tant que telles. Mais leur tour professionnel est encore incomparable à celui de leurs homologues masculins. Le problème majeur qui ronge encore le sport est celui du sexisme, coûtant à certaines surfeuses l'absence de sponsors et donc d'argent pour participer aux compétitions. Même si le milieu est en train d'évoluer, sous l'impulsion de surfeuses comme Keala Kennelly ou Carissa Moore, le surf masculin prédomine encore. Comme l'écrit Jim Heimann, "le surf féminin reste coincé dans un carcan sexiste créé par les journalistes de surf et le marketing, apparemment incapables de savoir si les surfeuses doivent être considérées comme des athlètes ou comme des objets."

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Le livre Surfing est également disponible en édition limitée (à 125 exemplaires) au Taschen Store de Paris.

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