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Les requins au cinéma: une caricature selon scientifiques et ONG

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SHARK
Great white shark leaping out of the bay. | Thomas Kokta via Getty Images
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Plus de 40 ans après "Les dents de la mer", le requin est le héros terrifiant du thriller "Instinct de survie", au grand dam de scientifiques et d'ONG qui dénoncent une vision caricaturale de cet animal moins meurtrier que les accidents de selfies.

Ce film signé Jaume Collet-Serra, en salles à partir de mercredi, relate l'attaque d'une jeune surfeuse (Blake Lively) par un grand requin blanc.

"Hollywood, très certainement à la recherche d'un succès d'audience et financier, ressort une recette éculée: montrer le grand requin blanc comme un affreux chasseur de chair humaine", déplore Robert Calcagno, directeur général de l'Institut océanographique de Monaco.

Il y a 41 ans, quand est sorti le film de Steven Spielberg, "notre connaissance de la biologie des requins et des équilibres dans les océans était moins élaborée", rappelle-t-il. Aujourd'hui, "c'est vraiment caricaturer sciemment, en toute connaissance de cause, une espèce animale".

L'année 2015 a certes connu un nombre record d'attaques (98) mais elles n'ont fait que six morts, selon l'Isaf (International Shark Attack File), une banque de données basée à l'Université de Floride. Le précédent record était de 88 attaques, en 2000.

En moyenne, les attaques de requins, toujours très médiatisées, font une dizaine de morts par an. A titre de comparaison, les crocodiles tuent chaque année un millier de personnes et les serpents 50.000, rappelle l'Institut océanographique.

"Il y a eu plus de morts en 2014 à cause des selfies qu'à cause des requins: 14 contre 12", ironise Denis Ody, responsable du pôle Océans au WWF. Seules cinq espèces de requins sur 500 sont dangereuses pour l'homme, dont le grand requin blanc, le requin-tigre et le requin-bouledogue, à l'origine de la plupart des accidents.

En fait, "le requin a plus peur de l'homme que le contraire, il n'a aucun intérêt à l'attaquer, ce n'est pas une proie", souligne M. Ody.

- Surfeur ou otarie ? -

Les requins se nourrissent essentiellement de poissons, contribuant ainsi à réguler leurs populations, et complètent éventuellement leur menu avec des crustacés, des mollusques, voire des tortues et des mammifères marins.

Quand un requin attaque un baigneur ou un surfeur, c'est souvent "une méprise", explique M. Ody. Il aura par exemple pris le surfeur sur sa planche pour une tortue ou une otarie.

Si les accidents se multiplient, c'est parce qu'"il y a de plus en plus d'amoureux des sports nautiques", ce qui augmente statistiquement le risque de rencontres entre le requin et l'homme, souligne Catherine Vadon, océanographe et maître de conférence au Muséum d'histoire naturelle. En outre, il n'est "pas sûr que les consignes de sécurité soient toujours respectées".

Selon Georges Burgess, de l'Université de Floride, cette augmentation du nombre d'accidents pourrait aussi s'expliquer par la hausse des températures des océans due au changement climatique: elle a contribué à ce que les requins élargissent les zones où ils vivent et se nourrissent.

Reste que dans le rapport homme-requin, les squales paient le plus lourd tribut: environ 100 millions de requins sont pêchés tous les ans, notamment pour leurs ailerons, utilisés pour une soupe très prisée en Asie, rappelle M. Calcagno. "De très nombreuses espèces ont vu leur population diminuer de 70-80%".

"Si elle continue, la surpêche va nous mener dans quelques années à une extinction de plusieurs espèces de requin", avertit Mme Vadon. Ils "existent dans l'océan depuis 400 millions d'années, en quelques décennies, on va les faire disparaître".

Selon l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), un quart des requins sont menacés d'extinction. Le requin-tigre, recherché pour ses dents vendues comme trophées, et le requin-marteau figurent parmi les plus menacés, précise Mme Vadon. Il est urgent d'apprendre à "vivre avec les requins", résume M. Calcagno.

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