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Les piscines au Maroc peuvent-elles interdire le burkini?

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BURKINI
Les piscines au Maroc peuvent-elles interdire le burkini? | nullplus via Getty Images
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BURKINI – C’est une polémique qui revient chaque été au devant de l’actualité. Mais cette année plus que les autres. Le débat sur le port du burkini fait rage en France: la mairie de Cannes et les communes de Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes) et Sisco (Corse) ont publié des arrêtés interdisant le port de la combinaison intégrale sur les plages.

Au Maroc, le débat refait surface depuis la polémique née l’année dernière suite à l’interdiction d’accès à la piscine de plusieurs établissements aux porteuses de burkini. Cette interdiction serait toujours en vigueur cette année dans certains hôtels ou clubs nautiques du royaume, selon le quotidien Le Matin.

La matière du tissu prise en compte

Mais, cette fois-ci, la restriction porterait plus sur la matière de la combinaison de bain pour des questions d'hygiène que sur un bannissement du maillot de bain dit "islamique". La plupart des hôtels, clubs nautiques et parcs aquatiques contactés par le HuffPost Maroc semblent vouloir se passer de cette polémique et se refusent à aborder l’interdiction, de peur de s’attirer une mauvaise publicité dans la presse.

Seulement, même s’ils laissent la porte ouverte au port du burkini, certaines exigences sont à respecter. “Notre piscine est ouverte à toutes les femmes y compris celles portant le burkini“, nous confie d’emblée le responsable d’un club de Rabat abritant une piscine. “Mais il faut que le tissu soit en lycra comme pour les maillots de bain ou les combinaisons de nage pour des raisons d’hygiène“, ajoute-t-il.

Sur les raisons d’accepter le burkini dans son club, le gérant coupe court. “Nous sommes au Maroc, un pays musulman, nous ne voyons pas de raison d’interdire le burkini d’autant plus que la majorité de nos clients sont marocains et que cette combinaison de bain ne choque pas nos clients."

Le Mazagan Beach Hôtel, qui avait fait les frais d’une mauvaise presse lors de la polémique l’année dernière, apporte des précisions. “C'était un quiproquo. Nous avons été confondus avec un hôtel de la région mais nous n’avons jamais interdit aux personnes de porter des vêtements qu’elles veulent pour accéder à la piscine“, nous confie la direction de la communication de l’hôtel cinq étoiles basé à El Jadida.“Nous avons une clientèle très diversifiée en provenance de plusieurs origines et d’horizons divers. Le port du burkini aussi bien que du bikini ne les choque pas car ils sont ouverts d’esprits. Au nom de cette diversité, on ne saurait interdire un port vestimentaire [pour la piscine, ndlr]“, ajoute la communication du Mazagan Beach Hôtel.

Un responsable d’une chaîne d’hôtels, sous couvert d’anonymat, juge également qu’“interdire le burkini n’a aucun sens. Si c’est pour les raisons d’hygiène, il faut savoir que même les maillots de bain ne sont pas sans risque. Les hôtels doivent juste savoir composer avec leur clientèle“.

Positions tranchées

Du côté des féministes, c’est le port de la combinaison elle-même qui pose débat. A titre personnel, Atifa Timjerdine, membre de l’association démocratique des femmes du Maroc (ADFM), se dit contre le port du burkini à la piscine.

“Aller nager à la piscine, c’est établir une relation entre le corps et l’eau. Si une femme ne veut pas que son corps soit vu, elle a toujours la possibilité d’installer une piscine chez elle et de nager tranquillement. Le paradoxe qu’il faut souligner, c’est que les grand-mères de ces femmes qui veulent aujourd’hui se mettre en burkini ne s’obstinaient pas autant pour une baignade“, explique-t-elle.

Une position qui tranche avec celle d’Abdelaziz Aftati. Alors député membre du Parti de la Justice et du développement (PJD), il avait qualifié l’interdiction d’accès à la piscine d’un hôtel marocain à une femme en burkini d’"insolence néocolonialiste". Abdelaziz Aftati est allé même jusqu’à saisir le ministre du Tourisme, Lahcen Haddad pour qu’il s’exprime sur la question. L’affaire avait fait polémique notamment sur les réseaux sociaux entre partisans et pourfendeurs de la combinaison intégrale de nage.

Un vide juridique

Au delà de la controverse, la frontière est parfois mince entre la liberté individuelle et le pouvoir d’appréciation des hôtels sur le comportement de leurs clients. Pour l’heure, aucune loi au Maroc ne vient interdire ou réglementer le port d’un vêtement particulier ni pour les baignades en mer ni pour celles en piscines.

En l’absence d’une loi régissant ce comportement, les hôtels peuvent, en principe, appliquer leur règlement intérieur dans lequel ils pourraient prévoir certaines restrictions régies dans un cadre privé. Pour autant, les établissements ont-ils le droit d’interdire le burkini dans leur enceinte? L’interdiction du burkini n’entrave-t-elle pas l’exercice de la liberté individuelle? La question apporte son lot d’interrogations juridiques.

“C’est un point très délicat. Aucune loi, en tout cas en ma connaissance, ne vient encore interdire le port d’un vêtement en particulier au Maroc. D’un autre côté, les établissements ont le droit d’avoir des règles internes qui les régissent. Le client devra les respecter mais si une restriction lui est imposée, il a aussi le droit de réclamer une justification à cette restriction“, analyse Abdelaziz Nouidi, juriste basé à Rabat.

Son confrère, Mohamed Karrout, basé à Casablanca, évoque quant à lui un conflit entre cette interdiction et la notion de liberté individuelle. “Le principe de base, c’est de laisser la liberté à ces personnes de choisir leur vêtement, de venir en bikini à la piscine ou non“, souligne-t-il. “Il faudrait cependant voir sur quoi se base l’interdiction totale ou partielle du burkini. Bien souvent, ces établissements évoquent des problèmes d’hygiène pour cette interdiction. Mais cela n’est étayé par aucune étude“.

Dans ce cas, la cliente empêchée d’accéder à la piscine d’un établissement peut-elle intenter une action en justice? La loi permet bien de soulever des cas de discriminations. “Sur la base de cette discrimination, au même titre que les discriminations basées sur le genre, la couleur, le sexe…, la personne peut porter plainte", indique Abdelaziz Nouidi. "Mais ce sera difficile d’obtenir gain de cause puisque le cas sera ensuite laissé à l’appréciation du juge qui va délibérer."

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