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Les cadres de Daech abattus ces derniers mois, et ceux encore pourchassés

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HAFEZ SAD
Outre la mort d'Hafez Saïd, les temps sont durs pour les cadres de l'Etat islamique | DR
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DAECH - Dans la nuit du vendredi 12 au samedi 13 août, a été rendue publique la mort d'Hafez Saïd, chef de l'Etat islamique en Afghanistan et au Pakistan, tué dans une frappe américaine au mois de juillet. Il est loin d'être le premier à subir pareil sort, ces derniers mois ont été particulièrement meurtriers pour les cadres de l'organisation jihadiste, bien qu'il faille garder à l'esprit que le têtes changent et que les postes demeurent.

Pour autant, sur un temps relativement court, de nombreuses personnalités de premier plan dans l’organigramme de Daech (donc figurant en bonne place sur la kill list des Américains) ont été éliminées. Car il s'agit bien d'une stratégie pensée outre-Atlantique qui s'exécute aujourd'hui. Au mois d'octobre, le Washington Post expliquait comment la CIA s'est vue "attribuer un rôle étendu dans l'identification et la localisation" des responsables de Daech.

Alors, où en est-on dans cette stratégie de décapitation de l'Hydre jihadiste ? Le point sur ceux que les Occidentaux ont éliminés (et ceux qui courent toujours).

Fadhil Ahmad al-Hayali

Il y a quasiment pile un an, Fadhil Ahmad al-Hayalli, connu aussi sous le nom de Hajji Mutaz ou encore Abu Muslim al Turkmani, mourrait dans une frappe américaine près de Mossoul en Irak. Il était présenté par la communication américaine comme "le numéro 2 de l'Etat islamique", titre qui sera par ailleurs employé plus tard pour d'autres cadres de l'organisation jihadiste.

Selon Ned Price, porte-parole du Conseil de sécurité nationale américaine, "son influence s'étendait sur les finances, les médias, les opérations et la logistique de l'EI". Fils de chef de clan irakien, il a joué un rôle très important dans le développement de Daech en Irak. Dans une vidéo diffusée en janvier 2016, Daech a mis en scène l'égorgement de cinq personnes soupçonnées d'avoir fourni des informations ayant permis de le localiser, expliquait le spécialiste du jihadisme Wassim Nasr.

Abou Salah, le "trésorier" de l'EI

Cette fois, il s'agissait de "frapper au portefeuille de l'EI". C'est ainsi qu'en décembre 2015, a été annoncée la mort d'Abou Salah, considéré comme le "trésorier" de Daech. Il était "l’un des responsables financiers les plus importants et les plus expérimentés du groupe État islamique", expliquait alors depuis Bagdad le colonel Steve Warren, porte-parole de l’armée américaine.

Abdel Rahmane Al-Qadouli, l'autre "numéro 2 de l'EI"

Le 25 mars 2016, le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter annonce "l'élimination" dans une opération américaine en Syrie d'Abdel Rahmane al-Qadouli, présenté (encore) par Washington comme le numéro 2 de l'EI. Il affirme qu'al-Qadouli "était l'un des principaux responsables de l'EI, agissant comme leur ministre des Finances et responsable de plusieurs complots extérieurs".

Les Etats-Unis avaient offert jusqu'à 7 millions de dollars pour des informations conduisant à cet homme, la plus haute récompense après celle offerte pour la tête du chef de l'EI Abou Bakr al-Baghdadi (10 millions).

Omar le Tchétchène, chef militaire

Omar al-Shishani dit "Omar le Tchétchène", l'un responsables militaires de l'Etat islamique, a été tué en Irak, a rapporté mercredi 13 juillet l'agence Amaq, liée à Daech. Un responsable américain avait annoncé en mars que ce chef de l'EI avait été "probablement tué" dans un bombardement américain le 4 mars dans le nord-est de la Syrie. Le Pentagone avait confirmé qu'une frappe avait ciblé "Omar le Tchétchène" mais s'était refusé à donner toute indication sur son sort.

Célèbre pour son épaisse barbe rousse, "Omar le Tchétchène", de son vrai nom Tarkhan Taïmourazovitch Batirachvili, était l'un des chefs les plus recherchés de l'EI en Syrie. Ce jihadiste était un Tchétchène de Géorgie dont la tête était mise à prix pour cinq millions de dollars par Washington qui le présentait comme l'équivalent du "ministre de la Défense" au sein de l'EI.

Voici donc pour les principaux chefs de l'organisation jihadiste qui ont été tués par la coalition, hormis bien évidemment des chefs de province comme Abou Wahib (province d’al-Anbar en Irak et mort en mai). Mais alors, quid de ceux qui restent et de ceux qui les remplacent ?

Al-Adnani, al-Baghdadi, Abu Suleiman al-Nasser...

Si la coalition se félicite à intervalles réguliers de l'élimination de quelques cadres de Daech (comme on a pu le voir hier avec la mort d'Hafez Saïd), la structure de l'organisation est bel et bien en place et conserve des éléments des plus dangereux. Outre le chef de l'EI Abou Bakr al-Baghdadi, les pays occidentaux ont pu découvrir des personnalités comme Mohammed Al-Adnani. Et pour cause, les attentats du mois de juillet en France et à Miami sont directement imputés à sa responsabilité.

Considéré comme "le ministre des attentats", il serait à la tête de l'Emni, la cellule de Daech chargée d'exporter le terrorisme à travers le monde. Selon Le Monde, depuis août 2014, il figure sur la liste officielle américaine antiterroriste intitulée "Rewards for Justice", qui promet la somme de 5 millions de dollars pour tout renseignement permettant sa traque et son arrestation. Sur cette même liste figurait Omar le Tchétchène, Abdel Rahmane Al-Qadouli et Fadhil Ahmad al-Hayali (tous les trois tués).

Ce faisant, d'autres cadres de premier plan ont pour le moment échappé aux assauts de la coalition, à l'image d'Abu Suleiman al-Nasser, considéré comme "le ministre de la guerre" de l'Etat islamique.

Mais cette stratégie d'éliminations ciblées est-elle efficace ? Affaiblit-elle l'organisation jihadiste ? Selon le spécialiste Matthieu Guidère interrogé par 20 Minutes, ce mode opératoire "permet de déstabiliser un peu l’EI". Celles-ci "font peser sur la tête des cadres une menace latente pressante", confirme Alain Rodier, également cité par nos confrères. "La sécurité des cadres d’Al-Qaïda était un souci prioritaire pour Ben Laden qui avait décrété un lot de mesures contraignantes", renchérit ce dernier.

Pour autant, il ne faudrait pas penser que cette stratégie permettra à elle seule de venir à bout soit de l'EI, soit de le menace jihadiste internationale. Cela fait déjà cinq ans que Ben Laden est mort.

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