Huffpost Maroc mg

Est-il facile de vivre dans un couple mixte avec un(e) conjoint(e) marocain(e)?

Publication: Mis à jour:
MARRIAGE
Malgré l'opposition de la société et parfois de la famille, les couples mixtes s'unissent | Kuzmichstudio via Getty Images
Imprimer

AMOUR – "L'amour, c'est quand la différence ne sépare plus." Ainsi parlait l’écrivain français et membre de l’Académie française, Jacques de Bourbon Busset. Dans leurs différences culturelles, certains couples mixtes au Maroc se sont unis contre tout, mettant leur amour à rude épreuve. Leurs témoignages renseignent sur la perception sociale, bien souvent difficile à cerner, des couples mixtes avec un des conjoints marocain.

Choc culturel

Guillaume*, 30 ans, est un entrepreneur et ingénieur informatique belge. Il rencontre Zahra*, 22ans, attablée à un café à Anvers où elle était venue visiter des membres de sa famille. Belle brune marocaine, yeux de biche, sourire d’ange et robe à fleurs… c’est le coup de foudre en cette belle journée ensoleillée de l’été 2013.

Après leur rencontre, "Guillaume est venu presque tous les mois me rendre visite au Maroc“, témoigne Zahra. Un amour préservé loin du regard des parents comme de timides adolescents qui découvrent l’amour. “Mes frères savaient, pas mes parents.“ Un an plus tard, Guillaume et Zahra se disent oui. Et les prémices des différences culturelles apparaissent.

En juin 2014, Guillaume “s’est mis à genoux pour me demander en mariage bien avant de rencontrer mes parents. Les choses sont différentes dans ma culture. Il faut d’abord demander la main de la fille aux parents“. Leur désir de s’unir se heurte alors à l’opposition des parents. “C'était dur pour ma famille d'accepter au début vu que jetais leur unique fille, et je pense que c’est normal, la plupart des familles marocaines préfèrent que l'homme soit originaire du même pays. Mon père, qui était contre au début a fini par accepter. Après, il a dû lutter contre tout le monde pour que je puisse vivre heureuse“.

Pour Abdoulaye*, Sénégalais de 28 ans et Meriem*, Marocaine de 26 ans, les choses se sont mieux passées. Quand il est venu au Maroc en 2009 pour ses études d’ingénieur, il ne savait pas qu'en plus de décrocher son diplôme, il rencontrerait celle qui partage désormais sa vie. “Elle était agent commercial pour une société de produits cosmétiques. J’étais son client, avec la magie de l’amour, je suis devenu son mari quelques mois après avoir obtenu mon diplôme.“

Depuis leur mariage, “c’est la parfaite entente entre nous, mais aussi entre nos deux familles. Il faut dire que la famille de Meriem faisait confiance à leur fille qui a mis en avant le sérieux de mes intentions“. La religion de son futur époux a aussi beaucoup pesé dans la balance pour faire pencher le choix de la famille de Meriem. “Abdoulaye est un fervent musulman, du coup, ça n’a pas bloqué au niveau de ma famille“, ajoute Meriem. Aujourd’hui, leur mariage se porte bien car “dès le début, sa famille, très courtoise et ouverte, m’a considéré comme un de ses membres“, poursuit Abdoulaye.

Les couples mixtes non mariés à l’épreuve des mœurs sociales

Pour les couples non mariés, la musique est tout autre. Jean*, 28 ans, est Français. Sa fiancée, Hind*, 26 ans, est Marocaine. Quand ils se sont rencontrés dans les amphis lors de leurs études en France, ils ont craqué l’un pour l’autre. A la fin de leur cursus, amoureux comme au premier jour, Jean décide de suivre Hind au Maroc.

“La vie d’un couple mixte est facile pour les couples mariés, mais pour nous, la loi et le regard de la société nous découragent“, raconte Jean, qui ajoute: “nous ne pouvons pas vivre ensemble, même comme on le faisait en France. Nous avons aussi du mal à voyager ensemble au Maroc, car les hôtels qui acceptent de nous héberger sont rares“. A l’opposition de la loi et de la société, s’ajoute celle de la famille qui voit cette union d’un mauvais œil.

Brahim*, Marocain de 28 ans originaire d’Agadir, a fait la connaissance de la chargée de communication et de sa compagne slovaque Tania, 26 ans… via Internet. Grâce à la magie de la toile, ils entretiennent une relation purement virtuelle pendant 4 ans avant que Tania ne décide de venir rejoindre son amoureux au Maroc.

Brahim et Tania ont aussi dû se frotter à la famille et à la société pour vivre ensemble. “Mon père voulait une femme de ma culture pour moi. Il n’arrêtait pas de le répéter à ma mère qui, elle, me soutenait à fond. Mais devant mon obstination, il finit par céder. Au final, nous avons eu le soutien de mes parents“, témoigne Brahim. “Notre rencontre m’a permis d’apprendre à mieux comprendre sa culture. Mais aussi à gommer mes stéréotypes sur l’islam et les musulmans. J’ai pu me faire une réelle image de cette religion“, raconte Tania.

Il faut dire aussi que Brahim a dû consentir à faire des efforts. En décembre de l’année dernière, il a pris des congés pour aller en Slovaquie rendre visite à la famille de Tania qui était aussi sceptique sur leur union. A son retour, Tania est allée à Agadir pendant la fête de l’Aïd El Fitr. “Tout s’est bien passé avec les deux familles“, s’accordent-ils à dire.

Même son de cloche pour Jean et Hind. “Les normes ici sont décidément différentes qu'en France. Hind a rencontré ma famille quand on était encore étudiants, quelques mois après le début de notre relation. Ici, on s'est fiancés et j'ai dû promettre de me convertir à l'islam avant que sa famille n'accepte de me rencontrer", témoigne Jean.

Au niveau social pourtant, “Tania ne se sentait pas à l’aise dans la société marocaine avec le regard des autres. Mais au final, elle s’y est fait. Quand on s’aime, on reste ensemble. Et puis, ce n’est pas mal vu de se marier avec une Européenne“, conclut Brahim. Du côté de Guillaume et Zahra, “il y aura toujours des critiques de la société. Les gens vont parler, critiquer, regarder... Certains, par exemple, vont demander pourquoi son mari la laisse porter cela, comment ça se fait qu'elle sorte sans lui. C'est une différence de mentalité et d'éducation“.

“Mes voisins lui font des commentaires quand elle vient me rendre visite chez moi. Nous ne pouvons pas sortir main dans la main sans attirer des regards et des commentaires des gens qui passent“, ajoute Hind. Et aux obstacles sociaux, s’ajoutent ceux liés à la légalité: “La démarche pour se marier prendra des mois, juste pour monter le dossier qui sera accepté ou pas par un tribunal".

L’influence de la culture

La société marocaine accepte de plus en plus les mariages mixtes. “Aujourd'hui, on vit très bien, nos familles ont enfin compris que la culture, le pays, la langue, l’origine n'empêcheront pas la personne d'être heureuse. Nos parents n'ont aucun problème, ils nous apportent leur soutien, ils sont là pour nous, contrairement aux autres, c'est-à-dire les grands-parents“, confie Zahra.

Et vis-à-vis de la société? "De nos jours, les gens sont plus cultivés qu'auparavant. Ils comprennent parfaitement la situation, du coup, on a de moins en moins d’opposition“, ajoute Zahra. Même si aux yeux de la loi et de la société, le couple mixte non-marié est mal vu, “nos collègues et nos amis voient notre couple comme une richesse“, conclut Jean.

*A la demande des couples, les prénoms ont été modifiés.

LIRE AUSSI:

À lire aussi sur le HuffPost Maghreb

Close
Les plus belles photos de mariage
sur
Partager
Tweeter
PUBLICITÉ
Partager
fermer
Image affichée

Suggérer une correction