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JO-2016: le "basta!" des Brésiliennes aux attaques racistes ou sexistes

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RAFAELA SILVA
Rafaela Silva lors d'une conférence de presse sur l'égalité raciale et le combat contre le racisme, le 10 août 2016 à Rio | NurPhoto via Getty Images
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"Singe en cage"; "Va te faire violer": des athlètes brésiliennes des jeux Olympiques de Rio ont exprimé leur ras-le-bol d'être victimes d'agressions racistes ou autres sur les réseaux sociaux et passent à la contre-attaque.

"Cette médaille est pour tous ceux qui ont dit que je devrais être dans une cage", a lancé lundi la judoka noire Rafaela Silva, les larmes aux yeux, après avoir remporté l'or dans la catégorie des 57 kg.

Originaire de la "Cité de Dieu", l'une des favelas les plus misérables et violentes de Rio de Janeiro, Silva avait été la cible de virulentes attaques racistes après sa disqualification des JO-2012 de Londres

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"Elle se sentait tellement mal qu'elle a passé trois mois sans faire de judo. Elle restait à la maison, allongée", a confié à l'AFP son père, à la porte du domicile familial.

"Ce n'est pas la défaite qui l'a affectée, mais le racisme, ces commentaires blessants. Elle avait peur d'allumer son ordinateur et de tomber sur des attaques encore pires", ajoute-t-il.

Quatre ans plus tard, elle a cloué le bec à ceux qui l'avaient traitée de "singe" en remportant la première médaille d'or brésilienne des JO de Rio.

- 'Singe' en or -

"Le singe est sorti de sa cage à Londres et il est devenu champion à Rio", a lancé mercredi Silva, au cours d'une conférence de presse sur l'égalité raciale et le combat contre le racisme, devant une salle pleine à craquer. La presse brésilienne ne parle des Noirs que pour raconter des histoire de délinquance, a-t-elle déploré.

"Aujourd'hui, ce n'est pas un Noir qui agresse, mais qui donne de la joie au peuple brésilien. Je veux montrer que nous avons des choses bonnes, et pas seulement mauvaises. C'est pour cela que je suis ici", ajoute-t-elle, expliquant vouloir convertir sa médaille d'or en arme de son nouveau combat contre le racisme.

La judoka, qui a pu s'entraîner grâce au programme social "Bourse athlètes" mis en place par le précédent gouvernement de gauche, veut "servir de modèle aux jeunes" de sa favela.

Pays le plus métissé au monde, profondément marqué par quatre siècles d'esclavagisme, le Brésil est loin d'être vacciné contre le racisme et la discrimination.

Plus de la moitié (52%) des 204 millions de Brésiliens sont Noirs ou métis, la majorité pauvres, sans accès à une éducation de qualité, très majoritairement victimes des quelque 60.000 homicides recensés chaque année.

Le sport n'échappe pas à ces fractures. De nombreux footballeurs subissent à longueur d'année des insultes racistes, sur le terrain et sur internet. Y compris de leurs propres supporteurs quand ils sont mécontents de leurs performances.

Les enceintes olympiques de Rio sont certes plus policées que les stades de foot. Mais elles n'en présentent pas moins un fidèle reflet du Brésil: le public est à 90% blanc, profil classe moyenne éduquée et aisée. Les Noirs et métis qu'on y croise sont plutôt des femmes de ménage, des policiers ou les athlètes eux-mêmes.

- 'Droit au respect' -

Le gouvernement a imprimé une lettre en portugais et en anglais intitulée "Olympiades sans racisme", distribuée dans les zones de compétitions. Elle rappelle que les attitudes et propos racistes sont un délit au Brésil, explique comment les identifier et les dénoncer.

La nageuse Joanna Maranhao, qui milite contre la pédophilie dont elle a été victime dans sa jeunesse, a été attaquée mardi avec virulence sur les réseaux sociaux après avoir été éliminée sur 200 m papillon.

joanna maranhao

La nageuse brésilienne Joanna Maranhao le 6 août 2016 aux JO de Rio

"Ce n'est pas possible que quelqu'un te dises qu'il souhaite que tu sois violée ou que tu meures. On n'est pas obligé de m'aimer, mais j'ai droit au respect", s'est-elle insurgée, en larmes, après sa défaite.

Joanna Maranhao n'est pas Noire, mais elle a été attaquée en raison de son origine -elle vient de Recife, dans le nord majoritairement pauvre et noir du pays- et pour ses opinions de gauche.

"Le Brésil est un pays machiste, un pays homophobe, un pays xénophobe. Je ne veux pas généraliser, mais il y a des gens comme cela malheureusement", a-t-elle ajouté.

La nageuse a annoncé que son avocat déposerait plainte la semaine prochaine et que l'argent qu'elle compte obtenir en réparation serait versé à l'ONG de lutte contre la pédophilie, "Enfance libre".

"Merci beaucoup à tous ceux (...) qui sont venus ici pour dénigrer, insulter et offenser!, a-t-elle contre-attaqué. Votre haine servira à une bonne cause, le combat contre la pédophilie."

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