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Le business naissant des blogueurs marocains

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FASHION - Cette année, l’Italienne Chiara Ferragni a été élue blogueuse mode la plus influente pour la deuxième année successive par le site de référence Fashionista. Et pour cause, l’auteure du blog "The Blonde Salad" capitalise sur 6,4 millions de followers sur Instagram, 282.000 sur Twitter et 1,2 million d’abonnées sur Facebook. Une notoriété qui lui a permis de gagner plus de 8 millions de dollars, une somme astronomique qui lui a ouvert les portes du classement très sélect des 30 personnalités de moins de 30 ans les plus riches publié par Forbes en 2015.

Si le fashion blogging peut être un business très rentable outre-Atlantique, à coup de partenariats avec de grandes maisons, au Maroc, ce “métier” est encore embryonnaire. Ce qui n’empêche pas certains jeunes blogueurs, hommes ou femmes, de saisir cette occasion afin de s’ériger en véritables sources d’inspiration pour leurs followers, ou encore de gagner de l’argent en nouant des partenariats avec des marques de luxe ou de prêt-à-porter.

Photoshoots et articles promotionnels

C’est le cas de Mohcine Aoki: ce jeune blogueur mode figure parmi les premiers à s’être lancés dans l’aventure. En 2008, il avait déjà fondé son blog auquel il consacre l’essentiel de son temps, quand il n’est pas au travail dans une galerie où il fait des photoshoots pour des magazines. “J’ai d’abord ouvert mon blog sur Wordpress avant de me lancer sur toutes les plate-formes qui s’offraient à moi”, confie-t-il au HuffPost Maroc. Sur Instagram, Facebook ou encore Snapchat, il publie régulièrement des photos de ses looks dans des mises en scène ultra léchées, quitte à user de photo-montages à outrance. Aoki mise sur un univers minimaliste qui se distingue par sa sobriété.

mohcine aoki

Aujourd’hui, s’il a un job à plein temps, cela ne l’empêche pas pour autant de gagner en moyenne 5.000 dirhams par mois à coup d’opérations de promotion. “Je travaille essentiellement avec des marques étrangères”, raconte-t-il. Mohcine Aoki, de son vrai nom Mohcine Harris a notamment collaboré avec la marque de street-wear Dope, la maison d’horlogerie Daniel Wellington ou encore l’enseigne de maroquinerie de luxe Boda Skins. “Ils m’envoient des vêtements et je fais des photoshoots”. Car au delà des cachets encaissés par les blogueurs, le principal avantage reste l’ensemble des “cadeaux” reçus en contrepartie de posts Facebook, photos Instagram et autres articles promotionnels.

Aoki s’apprête d’ailleurs à signer son premier contrat avec une enseigne internationale. “Je suis sur le point de signer avec Nike Afrique pour la promotion de leurs chaussures”, s’enthousiasme le jeune bloggueur. Un contrat qui portera sur des photoshoots à l’honneur de la marque, des articles promotionnels et des livestreams d’événements dédiés sur Snapchat. Ce n’est d’ailleurs pas sa première collaboration avec l’entreprise américaine spécialisée dans les articles de sport. “Nous avons déjà travaillé sur des articles promotionnels dans le passé, histoire de tester”, indique Mohcine Aoki. Des posts rémunérés entre 1.500 et 3.000 dirhams chacun.

De blogueuse à animatrice télé

D’autres profitent de leur notoriété naissante pour sauter sur de nouvelles opportunités. Fatine Zaimi, jeune architecte et fashion blogger depuis un an et demi, préfère “rester indépendante” des marques mais accepte néanmoins certaines campagnes de promos qu’elle juge “en adéquation avec sa ligne éditoriale”. Coupe à la garçonne et taille de guêpe, elle souhaite faire de son blog ainsi que ses pages sur les réseaux sociaux “une source d’inspiration pour ses followers” et non une compilation de publicités dissimulées. Cela lui a malgré tout permis d’être repérée par la marque américaine Guess qui a fait d’elle la première blogueuse marocaine partenaire.

fatine zaimi

“Ils m’avaient contactée via mon Lookbook, je commençais à peine à poster des photos. Ils m’avaient dit que mon style était en accord avec leur univers.” Fatine Zaimi a donc eu droit à son profil sur le site officiel de la marque ainsi que des cadeaux de la part de Guess. Depuis cette première collaboration, la jeune blonde a multiplié les plaisirs. De Daniel Wellington à la marque de prêt-à-porter traditionnel Diamantine, en passant par Giant Vintage et la marque marrakchie Oh My Style, Fatine a mis en valeur sur son blog plusieurs créations en contrepartie d’avantages en nature. “Par exemple avec Giant Vintage, je prends les articles qui me plaisent et j’en parle sur mon blog”, nous confie-t-elle.

Outre les marques de prêt-à-porter, Fatine a également tapé dans l’oeil de la chaîne marocaine Médi1 TV qui a misé sur elle pour donner un coup de jeune à sa capsule hebdomadaire consacrée au Festival Mawazine. “Ils m’avaient repérée sur mon compte Instagram et m’avaient proposé de participer à l’émission quotidienne consacrée à Mawazine pendant une dizaine de jours”, raconte-t-elle. Une collaboration qui lui a permis de donner un coup de pouce à sa notoriété en présentant l’actualité du plus grand festival du pays tout en analysant les looks de stars. Une chronique qui lui a fait gagner une somme entre 10.000 et 20.000 dirhams.

Se servir de son blog comme vitrine n’est pas anecdotique, c’est même l’un des meilleurs moyens de rentabiliser ses publications. Khalil Zdaa, éditeur du blog The Zdaa, a choisi de mener cette expérience. Celui qui a commencé à publier des articles consacrés à la mode fin 2012 défile sur les podiums marocains et a même lancé sa propre marque de bracelets. Des bracelets qu’il commercialise uniquement via Facebook et Instagram et en assure la livraison partout au Maroc.

khalil zdaa

“Entre 2012 et 2013, mes publications m’ont permis de défiler dans pas mal d’événements”, nous raconte-t-il. Zdaa a notamment travaillé avec le collège LaSalle lors de leurs défilés de fin d’année, avec la Casa Moda Academy ou encore avec la Rabat Fashion Show. Des prestations qu’il facture entre 1.500 et 5.000 dirhams. Il a été l’égérie du site de vente en ligne Jumia pendant près d’une année durant laquelle il était le seule mannequin de la section prêt-à-porter homme.

“C’est ma passion et je crois, à terme, pouvoir en vivre. Il y a peu de choses qui se passent au Maroc, c’est pour cela qu’il faut viser l’étranger”, estime-t-il. Car si son blog génère des revenus, il ne lui permet pas pour autant une certaine autonomie. D’ailleurs, celui qui fait des études d’économie à la faculté Souissi à Rabat génère régulièrement de l’argent uniquement en proposant des offres d’articles sponsorisés, facturées entre 1.000 et 2.000 dirhams, ou encore la vente de ses bracelets, vendus à partir de 100 dirhams, dont il écoule une bonne dizaine par semaine.

Afaf et Marwa ont même créé leur société

Des blogueurs qui ont pris le chemin de la rentabilité de la manière la plus efficace, Afaf et Marwa se distinguent nettement du lot. Les deux soeurs, l’une diplômée et l’autre encore étudiante à l’ENCG de Casablanca, ont même fondé leur société à responsabilité limitée “afin de faire les choses dans les règles de l’art”. Les deux jeunes femmes de 23 et 19 ans croulent sous les offres, ce qui fait qu’elles doivent désormais passer par l’étape du tri. “On reçoit des demandes de partenariat, on étudie si la marque correspond à notre univers puis on négocie avec l’enseigne”, explique au HuffPost Maroc Afaf, la soeur aînée.

afaf et marwa

Pour les opérations de communication, les deux jeunes blogueuses qui ont été invitées il y a quelques années à la Fashion Week d’Amsterdam procèdent par packs. Des packs les moins chers, contenant uniquement du publi-rédactionnel au reporting d’événements en passant par des vidéos de promo, Afaf et Marwa proposent une offre étoffée mais pour laquelle il faut mettre la main à la poche. Leur pack diamant par exemple, permettant la création d’articles promotionnels, de contenus vidéos et la publication de photos sur leurs canaux sur Instagram et Snapchat est facturé à pas moins de 50.000 dirhams. L’article sponsorisé lui est tarifé à 3.500 dirhams. Rien que ça.

Mais pour développer leur stratégie, les deux filles ont petit à petit peaufiné leur offre au fur et à mesure que leur notoriété grandissait. “Nous évitons désormais de faire du publi-rédactionnel et optons plutôt pour du native advertising ou du brand content”, nous explique Afaf, qui a déjà travaillé avec des enseignes comme Gap, Banana Republic ou encore Oysho, des marques de prêt-à-porter importées par le groupe Aksal, avec qui elles négocient directement.

Fini donc les publicités intrusives, Afaf et Marwa préfèrent que leurs lectrices puissent avoir accès à des contenus avec des placements de produits subtils. “Dès que les lectrices se rendent compte que c’est un article de pub, les commentaires négatifs fusent de partout”, indique-t-elle. Et pour créer des concepts où la publicité se fait discrète, les deux femmes ne manquent pas d’imagination. “Par exemple pour la marque de pyjamas Oysho, nous avions tourné une vidéo de nous à différents moments de la journée, portant des pyjamas de leur dernière collection. Nous avons également rédigé un article sur les astuces pour un dimanche cocooning à la maison illustré d’un photoshoot où nous mettions en valeur leurs dernières créations.”

Mais tout cela est-t-il bien rentable? Oui, répond Afaf. Pour les “bons mois”, où les marques lancent leurs campagnes de communication, la boîte peut encaisser des sommes dépassant les 20.000 dirhams, mais leur business naissant peut aussi souffrir de “périodes creuses”, comme le mois d’août, où les enseignes ne font qu’écouler leurs stocks.

Un tremplin pour lancer sa marque

Tout cela est bien prometteur, mais inutile de préciser qu’il est rarement possible d’en vivre sans exercer d’activité annexe. Pour cela les blogueurs interrogés souhaitent tous “professionnaliser” davantage leur activité, tout en maintenant leur présence sur les blogs et les réseaux sociaux. “Je suis en train de créer ma propre marque de vêtements, qui s’appellera probablement Harris, j’ai déjà fait des croquis, maintenant je cherche des investisseurs”, nous confie Mohcine Aoki, qui est actuellement en train de dessiner une première ligne street-wear, inspirée de son look de tous les jours.

Idem pour Afaf et Marwa qui ont déjà franchi le pas dans un premier temps, en lançant une collection capsule qui s’est soldée par un échec. “Nous pensons désormais à créer une nouvelle collection capsule avec une marque déjà établie. Cela nous permettra de profiter de leur expertise mais surtout de leurs unités de confection”, explique Afaf.

fashion mint tea

C’est d’ailleurs l’expérience menée récemment par la blogueuse Yasmine Olfi, éditrice du blog Fashion Mint Tea. Celle qui capitalise sur pas moins de 58.000 abonnés sur Instagram a lancé une collection capsule de slip-ons avec la marque de chaussures de luxe Io. Une collection qui lui a permis de créer des chaussures estivales largement inspirées des motifs traditionnels marocains.

Khalil Zdaa, lui, souhaite étoffer l’offre de sa marque, The Zdaa, et lancer des t-shirts imprimés. “Je pense que ce sera un bon moyen d’exploiter ma créativité pour créer un nouveau produit”, s’enthousiasme celui qui n’a toujours pas franchi le pas. Mais ce n’est pas gagné pour le jeune blogueur vu que la plupart des marques marocaines de t-shirts imprimés ont vite disparu du marché. On se souviendra notamment de la marque Deep ou encore Gazal.

Mais pour faire du business en étant blogueur il ne faut pas nécessairement se lancer dans la mode. D’autres créateurs de contenu sur le web misent sur le sponsoring pour rentabiliser leur activité. C’est le cas par exemple du globe-trotter Anass Yakine qui, après avoir fait le tour du Maroc à pied, a financé son voyage avec sa femme de Bruxelles à Sète en tuk-tuk en faisant la promotion de plusieurs marques partenaires. Une recette qui marche vu que le voyageur prépare déjà son voyage en Afrique en 2017. La blogueuse qui se spécialise dans la gastronomie, Nissrine El Alami mise, elle, sur la création de concepts. Pour la chaîne de cafés Costa Coffee, elle a réfléchi à une stratégie pour mettre en valeur leur marque sur le web.

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