Huffpost Algeria mg

Peine de mort: l'opposition résolue de Benissad (LADDH), l'équilibrisme de Ksentini

Publication: Mis à jour:
Imprimer

justice
La tragédie de la petite Nihal a suscité une multiplication des appels à l'application de la peine de mort relayée par les médias audio-visuels et sur les réseaux sociaux. Une campagne qui a choqué les militants des droits de l'homme en Algérie qui n’ont pas apprécié l’opportunisme de certains courants surfant sur l’émotion générale.

Certains sont montés au créneau pour défendre crânement leur opposition à la peine de mort qui, il est nécessaire de le rappeler, n'a pas été abolie en Algérie mais fait l'objet d'un moratoire.

D'autres militants des droits de l'homme ont choisi de laisser passer la bourrasque émotionnelle d'autant que des médias audiovisuels ont "pris en charge" l'affaire pour se positionner du côté du "peuple" et contre quelques "élites". Sans compter, également, des présumés a-priori idéologiques en faveur de la loi du talion.

Une affaire d'enlèvement suivi d'un meurtre d'enfants est bouleversante, elle n'est pas le moment de débattre de la peine de mort. Les médias qui se sont laissés à cette pente de la facilité n'auront pas servi - c'est un euphémisme - le débat public mais l'ont brouillé, estime un militant.

La première confusion entretenue, selon lui, a été de suggérer - à tort - que les opposants à la peine de mort sont des partisans de l'impunité. L'accusation est d'autant plus paradoxale qu'un des principes mêmes du combat pour les droits de l'homme est le refus de l'impunité.

Le président de la Ligue algérienne de défendre des droits de l'homme (LADDH) Me Noureddine Benissad a dû rappeler cette évidence dans un entretien au journal Liberté.

“Nous, les défenseurs des droits de l’Homme, quand on demande la suspension de la peine de mort, ce n’est pas l’impunité qu’on demande. Mais juste une mesure alternative humaine qui peut aller jusqu’à l’emprisonnement à vie. Quand vous coupez la tête à un assassin, vous ne lui laissez pas le temps de méditer sur son acte”.

Il a rappelé d'ailleurs une chose établie, à savoir que dans les pays où la peine de mort a été abolie, on n'enregistre pas un accroissement des crimes et des assassinats pas plus qu'il n'y a une baisse dans les pays où elle a été maintenue.

amnesty algérie

"La peine de mort n’est, donc, pas dissuasive” a indiqué Me Benissad allant à l'encontre d'une idée reçue très répétée dans les médias audiovisuel qui ont été rappelé à l'ordre par l'autorité de régulation de l'audiovisuel (ARAV).

LIRE AUSSI : Assassinat de Nihal: l'ARAV épingle des dérives dans la couverture des médias

"Il ne faut jamais réagir à chaud" a déclaré Me Benissad en critiquant ceux qui "soufflent sur les braises" et qui n'ont pas réclamé, selon lui, la "peine de mort quand il y a eu les crimes contre l’humanité en Algérie entre 1992 et 2000”.

Me Ksentini: revenir "momentanément" à l'application de la peine de mort?

Toujours dans le journal Liberté, Farouk Ksentini, président de la Commission nationale consultative pour la protection et la promotion des droits de l'Homme (CNCPPDH) fait dans un équilibrisme qui penche très largement en faveur de la fin du moratoire dans l'application de la peine de mort.

Tout en estimant qu'une loi ne peut être changée de manière "épidermique ou colérique", il dit "comprendre" les voix qui s'élèvent pour l'application de la peine de mort. Farouk Ksentini considère même que les médias qui défendent l'abolition sont susceptibles de faire dans la "provocation" de l’opinion publique qui "doit être respectée”.

Dans sa déclaration à Liberté, il estime que l'Algérie pourrait mettre fin "momentanément" au moratoire sur les exécutions. L'Algérie, a-t-il dit, peut suspendre "momentanément" son adhésion à la Convention des Nations unies sur la suspension des exécutions. "Cette suspension elle-même peut être dictée par un référendum" a-t-il ajouté en prenant le soin de préciser qu'il n'a pas "recommandé personnellement cette solution. J’ai juste dit qu’il y a des pays qui ont fait comme ça”.

Retrouvez les articles de HuffPost Algérie sur notre page Facebook.

Pour suivre les dernières actualités en direct, cliquez ici.