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Syrie, avion de chasse, Otan... Les dossiers épineux que devront oublier Erdogan et Poutine pour se rapprocher

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ERDOGAN POUTINE
Russian President Vladimir Putin shakes hands with Turkey's President Recep Tayyip Erdogan, left, in Moscow's Kremlin, Russia, Wednesday, Sept. 23, 2015. Putin was joined at Wednesday's ceremonial opening of the Russian capital's new main mosque, by Erdogan and Palestinian President Mahmoud Abbas. (AP Photo/Ivan Sekretarev, Pool) | ASSOCIATED PRESS
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INTERNATIONAL - Après des mois de tensions calmées par un récent dégel des relations russo-turques, l'heure est à la réconciliation entre Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine. Le premier a d'ailleurs multiplié les euphémismes pour qualifier la rencontre de ce mardi 9 août, la qualifiant de "départ à zéro" ou de "nouvelle étape" entre les deux chefs d'État.

"Votre visite, qui intervient malgré la situation politique intérieure très compliquée en Turquie, montre que nous tous voulons rétablir le dialogue et les relations, dans l'intérêt des peuples russe et turc", a déclaré devant la presse Vladimir Poutine, après la rencontre entre les deux dirigeants.

Sur le papier, cette réunion entre ces deux présidents - volontiers décrits comme autocratiques par les pays occidentaux - se veut avant-tout pragmatique. Il est question notamment de rétablir les relations économiques entre les deux puissances, de relancer le projet de gazoduc TurkStream ou encore d'envoyer un signal aux chancelleries occidentales, émues (à l'inverse de Poutine) par la thérapie de choc administrée par Erdogan à ses opposants.

Pourtant, malgré les circonstances et les bonnes volontés affichées des deux côtés, il y a des dossiers que les intéressés doivent nécessairement éviter pour que ce rapprochement ne tourne au fiasco.

Les détails du dossier syrien

C'est le sujet le plus important qui oppose les deux pays: l'avenir de la Syrie. Pourtant, Moscou et Ankara campent (pour le moment) sur des positions contradictoires, pour ne pas dire irréconciliables, même si le président turc a annoncé vouloir "tourner la page".

Du côté de la Turquie, il a été jusque-là question de tout faire pour que Bachar al-Assad soit défait, quitte à jouer à un dangereux double jeu avec Daech. De surcroît, la politique du pouvoir turc vis-à-vis des Kurdes renforce l'illisibilité des intentions d'Ankara sur le théâtre syrien.

Pour la Russie au contraire, c'est tout l'inverse. Tout a été fait pour conserver Bachar al-Assad à la tête de la Syrie, Moscou ayant d'ailleurs réussi à faire changer, sur le plan international, l'ordre des priorités dans le pays: d'abord les jihadistes, ensuite l'avenir politique. Ce que le président turc a d'ailleurs contesté hier dans les colonnes du Monde.

Pourquoi c'est irréconciliable ? D'un point de vue global, Turcs et Russes poursuivent des intérêts concurrents en Syrie. Moscou, alliée de Téhéran, mène traditionnellement une politique pro-chiite dans la région, à l'inverse du pouvoir d'Erdogan qui fait tout pour voir s'installer un pouvoir sunnite dans le pays avec lequel il partage 822 kilomètres de frontières.

L'escalade du mois de novembre

Certes, Recep Tayyip Erdogan a formulé des excuses pour l'avion de chasse russe abattu en novembre 2015. Épisode ayant coûté la vie à un pilote et qui avait conduit Ankara à entrer dans une logique d'escalade (forcément perdante au regard de l'asymétrie des deux puissances) avec la Russie.

Toutefois, malgré le mea culpa consenti par le pouvoir turc, les raisons qui ont mené à cet incident diplomatique devront être scrupuleusement ignorées par les deux parties. Outre qu'en toile de fond se dresse le dossier syrien, il ne faut pas oublier que la Turquie a multiplié les gestes d'humeur les semaines ayant précédé cet incident diplomatique. À plusieurs reprises, l'aviation turque avait intercepté des avions militaires russes engagés en Syrie, accusés d'avoir violé l'espace aérien turc, et les contraignant à faire demi-tour. En outre, un drone russe avait également été abattu.

Pourquoi c'est un sujet à éviter ? D'un point de vue formel, ce sujet rappelle aux deux présidents qu'ils sont capables d'entrer dans une logique de confrontation qui outrepasse les frontières du "raisonnable". Plus sensible encore, ce dossier rappelle les positions irréconciliables des deux pays sur le dossier syrien.

Le bouclier anti-missile de l'OTAN

Il y a un détail à rappeler, la Turquie est membre de l'Otan. Pire pour Moscou, elle compte dans le dispositif du projet de bouclier anti-missile en Mer Noire, l'un des cauchemars de Vladimir Poutine. Au dernier sommet de l'Alliance, a d'ailleurs été donné le coup d'envoi de ce projet, qui comprend un radar à bande X installé en Turquie. Pas vraiment de quoi réchauffer les relations entre Moscou et Ankara...

Pourquoi c'est un sujet sensible ? Ce bouclier anti-missile a souvent été source de tensions entre Moscou et les Occidentaux et la Turquie y prend part. Toutefois, Erdogan a regretté lundi que les Occidentaux l'aient laissé seul au moment de la tentative putsch. De quoi reconsidérer la position de la Turquie avec l'Otan? Pas si sûr. Questionné sur l'Alliance par Le Monde, le président turc est resté (très) évasif sur le sujet.