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Le témoignage poignant de Fatna, la mère Khadija, qui s'est immolée par le feu après la libération de ses violeurs

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FAIT DIVERS - Le 29 juillet, Khadija, 17 ans, a succombé à ses blessures après s’être immolée par le feu. La victime avait commis cet acte désespéré suite à la libération de ses agresseurs, qui l’avaient violée en 2015 et filmé le crime. Au HuffPost Maroc, Fatna, sa mère, raconte comment elle a vécu le drame, entre “le harcèlement de la famille des agresseurs” qu’elle vit au quotidien et son sentiment d’incapacité face à “un système judiciaire qui ne lui rend pas justice”. Un témoignage que nous reproduisons in extenso.

“Ils l’ont détruite. Ils ont pris sept mois puis sont sortis. Ils lui ont fait beaucoup de mal et je me sens incapable de faire quoique ce soit. Je ne sais même pas comment on fait pour prendre contact avec un avocat. Ce n’est que maintenant que l’affaire a éclaté que je peux compter sur le soutien de certaines associations. Elle me disait plusieurs fois qu’elle allait se suicider. Et elle a fini par se rendre justice à elle même, vu que le tribunal ne l’a pas fait.

Ma fille a été brûlée par le feu. Aujourd’hui, je veux juste que les gens m’aident pour lui rendre justice. Elle avait tout juste 17 ans. Elle a arrêté tôt ses études et a commencé à travailler. Elle était serveuse à Benguerir et gagnait juste assez pour vivre et louer une chambre à 300 dirhams. Même si elle n’a pas fini ses études, elle était fière et autonome dès son plus âge. Elle venait souvent me voir à Skhour Rhamna, là où j’habite et où elle a grandi. Je lui proposais à maintes reprises de revenir chez moi. Je ne suis pas instruite, je n’ai pas fait d’études mais j’ai toujours fait le nécessaire pour que mes enfants n’aient pas à se retrouver à la rue.

Son père est mort en 2006. J’ai deux filles mariées et encore deux à ma charge. Et puis Khadija qui est décédée. Je veux rendre justice à ma fille. Je veux que ses agresseurs soient condamnés pour ce qu’ils ont fait. Ils sont responsables de sa mort. Elle criait au tribunal et voulait que justice soit faite, mais on l’envoyait balader à chaque fois.

Quand ils sont sortis de prison, la soeur d’un agresseur m’a appelé pour me dire que son frère était libre, mais que ma fille resterait une honte à tout jamais. Les familles des agresseurs continuent également de me harceler et de me dire que j’ai détruit la vie de leurs enfants, alors que ma fille n’est plus de ce monde. J’ai peur de leurs familles. A mes moindres sorties, ils me lancent des mots durs. J’ai vraiment peur d’eux.

J’ai peur d’en finir aussi et de laisser mes deux filles à la rue. Cette pression est d’autant plus insupportable que je surviens à peine à leurs besoins. Je passe mon temps à vendre des vêtements et des produits de nettoyage au marché pour subvenir aux besoins des deux filles que j’ai toujours à ma charge. Elles ont 13 et 10 ans, et l’une d’elles est déjà déscolarisée. Heureusement que mes deux autres filles sont déjà mariées.

Lorsque Khadija a été violée, elle est partie toute seule porter plainte. Elle est partie avec les gendarmes alors quelle saignait pour trouver ses ravisseurs. Elle a été agressée au couteau et humiliée. Ce n’est qu’une semaine après qu’ils les ont trouvés que ma fille me l'a annoncé. Elle a été violée et torturée comme une bête. Après le drame, elle était traumatisée et se rappelait constamment de ce qui lui était arrivé. Ce serait juste une honte que ce crime reste impuni.”

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