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A la découverte de la Zawiya Tijaniyya de Rabat, un foyer religieux au cœur de la capitale marocaine

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TIJANIYYA
Lors de la séance de la “Khadratou Jumaa“, les fidèles font des prières sur le prophète | Ibrahima Bayo Junior/HuffPost Maroc
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RELIGION – “Mya d'riyal, mya d'riyal“, interpellent les vendeurs à la criée au son de la musique chaâbi diffusée par une radio alimentée avec une batterie de voiture. Dans les ruelles où le soleil darde encore ses rayons, le marchandage sur les prix des articles proposés bat son plein.

Il est 17 heures, ce vendredi après-midi à la médina de Rabat. C’est au son de cette cacophonie qu’il faut emprunter les ruelles étroites et sinueuses de la médina de Rabat pour rejoindre un important foyer religieux discrètement niché dans le quartier Bab Laalou: la zawiya tijjani. Pour les fidèles de la confrérie, la visite de cette zawiya constitue une étape dans le chemin qui mène à la zawiya mère de Fès, dans la voie de la confrérie soufie, la Tijaniyya.

La zawiya de Rabat, une "porte qui mène à Cheikh Ahmed Tijani"

En plus de la mosquée, la zawiya abrite le mausolée de Sidi Larbi Ben Sayed. Ce dernier, poète, juriste et lettré en sciences islamiques a vécu au 19e siècle. La tradition de la Tijaniyya veut que le Cheikh Ahmed Tijani ait prédit, bien avant la naissance de Sidi Larbi, qu’un grand moqqaddam (terme désignant les grands disciples tijanis) verrait le jour à Rabat, et qu'il faudrait passer par ce moqaddam pour accéder à lui. Sidi Larbi naquit deux ans après la mort du fondateur de la confrérie, et a reçu d’un proche de Cheikh Ahmed Tijani et descendant du prophète la chaîne de transmission de l’initiation aux voies de la confrérie Tjaniyya. Pour les disciples de la confrérie, le saint homme est "la porte qui mène à Cheikh Ahmed Tijani". La maison de Sidi Larbi jouxte la zawiya, un lieu d’enseignement et de diffusion des enseignements de la tariqa (la voie) Tijaniyya.

La zawiya prend ses quartiers dans une imposante bâtisse, située dans une impasse sur le chemin de laquelle des mendiantes viennent recueillir l’aumône des fidèles. Au fond de l’impasse, une petite cour avec une fontaine qui servait autrefois aux ablutions fait face à l’entrée de la zawiya. Elle est située à gauche et est couverte de motifs mauresques, de zellij et d’inscriptions en arabe. Un homme dont le chariot est situé à quelques mètres de la porte en arcade, vend des paquets de sucre et des bouteilles de fleur d’oranger devant ce qui subsiste de la maison de Sidi Larbi.

La prière d’al-Asr vient tout juste de s’achever. C’est l’heure du début de la “Khadraatou Jumaa“, une séance de psalmodie spirituelle en groupe, destinée à rendre grâce à Dieu et à prier sur le prophète. A l’intérieur de la zawiya, il faut emprunter un corridor éclairé par une lumière jaune orangée. Au fond de celui-ci, un autre couloir débute avec le tombeau du saint Sidi Larbi Ben Sayed à droite et celui de son épouse, Lalla Aïcha, à gauche. A la lisière de ce couloir, se trouve l’entrée de la mosquée.

L’édifice religieux est surplombé d’une voûte triangulaire soutenue par des poutres de bois. Sur les tapis vert qui recouvrent le sol, on a étalé un drap blanc d’une dizaine de mètres autour duquel les fidèles tijjane sont assis selon une forme rectangulaire pour la “khadratou Jumaa“.

Des fidèles en provenance de plusieurs pays africains

El Hadji Khalifa Niang est un Sénégalais qui vit à Marrakech. La soixantaine bien entamée, long chapelet à la main, il ne compte plus le nombre de fois où il a participé à la Khadratou. “Chaque fois que je passe à Rabat, je fais un détour par la zawiya pour participer soit à la séance de la wazifa [séance spirituelle tenue après la prière du Maghrib, ndlr] soit à celle de la Khadratou Jumaa. Mon père était un moqqadam de Serigne Babacar Sy [marabout de la confrérie tijjani au Sénégal, ndlr]“, nous confie l’homme abordé à la fin de la séance spirituelle.

“Parfois, j’y amène certains de mes invités, qui viennent du pays pour un pèlerinage devant les amener jusqu’à Fès. Ils s’arrêtent à Rabat, considérée comme une étape importante dans ce pèlerinage. D’autres fois, je croise aussi des fidèles qui sont venus via des agences de voyages ou des dahiras [association organisée de disciples pour la pratique en groupe des enseignements, ndlr]“, ajoute le vieil homme.

Rachidou Hassmi, 27 ans, étudiant nigérien en master de finance islamique, est lui aussi un habitué des lieux. “Ma famille est une fervente famille tijani. Venir à la zawiya est, pour moi, une manière de perpétuer cet héritage familial. Au delà de cela, je viens régulièrement ici pour rencontrer les autres fidèles tijanis, dont certains sont devenus des amis. Cela me permet de continuer à suivre les enseignements de Cheikh Ahmed Tijani [fondateur de la confrérie tijani, ndlr] concernant la wazifa et la khadraa. On dit bien que c'est ici que se trouve la porte vers Cheikh Ahmed Tijani“, nous explique-t-il.

Rachid Belkourati, Marocain de 37 ans, n’est pas un disciple mais il est venu participer à la séance spirituelle. “Je ne suis pas tijani et je ne sais pas si je vais emprunter cette voie ou non. Mais je fréquente régulièrement la zawiya parce que je peux venir m’imprégner de la spiritualité du lieu. Pour devenir tijane, il faut du temps pour l’initiation et je ne sais pas si je suis prêt“, confie-t-il. A l’opposé de Rachid, un groupe de trois femmes rencontrées sur place indique n’“utiliser la zawiya que comme lieu de prières après une promenade ou des achats dans la médina. Nous ne sommes pas des disciples“.

La tariqa Tijaniyya, un rempart contre l’extrémisme

Pour El Hadj Abdoulaye Cissé, fils d’un marabout tijane très influent au Sénégal rencontré à la sortie du foyer religieux, “la zawiya est un lieu de rencontre de plusieurs fidèles issus de pays différents et unis par une seule tariqa qui leur permet de pratiquer des actes de dévotion dans la foi de l’islam“. Il ajoute que “la plupart de ces fidèles tijanes vont ensuite voyager vers leur pays ou vers d’autres pays. C’est comme cela qu’ils contribuent à propager cette voie religieuse pratiquée partout de la même façon. Il n’y a pas mieux que ces voyages de pays en pays pour magnifier la relation de ces pays avec le Maroc“.

La dernière réflexion de cet homme qui occupe une grande position dans la Tijaniyya au Sénégal est à prendre en compte. “L’unité de visions que la Tijaniyya contribue à créer entre ces pays est notre meilleur rempart contre le terrorisme dans un monde aujourd’hui chamboulé“, conclut-il.

Sur ce point justement, la zawiya de Rabat accueille chaque jour (le mercredi plus que les autres jours), des fidèles venant de pays comme le Sénégal, la Gambie, la Guinée, le Niger, la Mauritanie, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso encore le Nigéria. Les fidèles tijanis viennent le plus souvent dans le cadre d’un pèlerinage religieux devant les mener à la grande zawiya de Fès.

Ces voyages religieux témoignent de la coopération religieuse entre le Maroc et les pays d’Afrique de l’Ouest où règne l’islam malékite et bien souvent confrérique, introduit dans ces pays depuis le Maroc. Dans un contexte plus large, cette coopération s’est intensifiée avec la création de l’Institut Mohammed VI de formation des imams et l’installation du Conseil des Oulémas africains. Dans sa promotion de l’islam du juste milieu, le Maroc a su nouer des liens religieux avec ces pays d’Afrique. Une collaboration qui conduira sans doute à la création d’un bloc face à ceux qui font la promotion d’une lecture radicale de l’islam.

Le nom de la confrérie Tijaniyya vient de son fondateur, Cheikh Ahmed Tijani. Né en 1737 à Aïn Madhi, dans la commune algérienne de Laghouat, située au nord-est du pays, il décède le 19 septembre 1815 à Fès.

D’ascendance chérifienne, Cheikh Ahmed Tijani a grandi dans une famille de savants musulmans où on l’initie très tôt aux enseignements islamiques. Il mémorise le Coran à l’âge de 7 ans avant de devenir mufti à l’âge de 15 ans. Il entreprend par la suite un voyage de perfectionnement de ses connaissances à travers le Maghreb.

Il se rend à l’Université Al Qaraouiyine de Fès pour étudier les sciences islamiques notamment les enseignements des écoles malékite, chaféite, hanbalite et hanafite mais aussi les hadiths et les règles de récitation du Coran. Par la suite, il s’initiera au soufisme en fréquentant plusieurs zawiyas afin de trouver la voie vers la connaissance de l’islam.

La tradition tijani raconte que lors d’une retraite spirituelle dans le village algérien de Boussemghoun, le prophète est apparu à Cheikh Ahmed Tijani dans une vision en état de veille. Sa mission était de créer une tariqa (une voie) basée sur l’enseignement des cinq piliers de l’islam et le retour aux fondements mystiques.

La voie soufie qu’il créera par la suite, comptera plusieurs disciples en Algérie au point d’inquiéter les autorités. Cheikh Ahmed Tijani quitte définitivement l’Algérie pour s’installer à Fès. Après sa mort, ses disciples propageront sa tariqa qui compte aujourd’hui des millions de fidèles, en particulier dans les pays d’Afrique subsaharienne. Son mausolée, situé dans une zawiya de Fès, est aujourd’hui un lieu de pèlerinage pour les disciples de cette confrérie.

zawiya tijaniyya

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