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A Rabat, on a testé le reiki, thérapie alternative par imposition des mains

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A Rabat, on a testé le reiki, thérapie alternative par imposition des mains |
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SANTÉ - Cartésiens, passez votre chemin. A l'instar de nombreuses thérapies alternatives en vogue ces dernières années, le reiki, une méthode de soins née à la fin du XIXe siècle au Japon, trouve de nombreux adeptes au Maroc. Cette médecine douce implantée dans le royaume en 2003 par la première "maître reiki" marocaine, Rachida Prenant, directrice du Centre d'enseignement et de pratique du reiki au Maroc (CEPRUM), s'adresse à toute personne à la recherche d'un "mieux-être" et d'une "paix intérieure".

Des concepts devenus le leitmotiv des chantres du développement personnel, coachs et autres guérisseurs qui proposent de nouvelles voies de guérison et de soulagement des maux, qu'ils soient physiques ou psychiques, sans administrer de médicaments mais par des méthodes dites "naturelles". Si certains préfèrent passer par la lithothérapie (l'imposition de pierres), l'acupuncture (la stimulation par les aiguilles), l'hypnose ou encore le magnétisme, d'autres choisissent la simple imposition des mains sur certaines parties du corps pour se sentir mieux, chasser l'angoisse et le stress ou calmer diverses douleurs et maladies (migraine, diabète...).

Recharger les batteries

Une technique qui repose sur l'idée selon laquelle l'individu peut rentrer en contact avec "l'énergie universelle" et ainsi retrouver sa propre "force vitale", via un canal transmetteur de cette énergie: le maître reiki. "C'est en quelque sorte comme si l'on se connectait à un satellite pour recharger ses batteries", nous explique Rachida Prenant dans son cabinet installé dans un appartement cossu de Rabat. "C'est aussi un moyen de faire un retour sur soi et d'élever sa conscience, chose que l'on met souvent de côté dans nos sociétés où l'on est toujours dans la précipitation, le nez collé à nos téléphones", ajoute celle qui s'est lancée dans la pratique du reiki après avoir vécu une expérience personnelle douloureuse et quitté un poste dans une multinationale en France.

Dans le salon du centre transformé en salle de soins, deux lits surélevés recouverts chacun d'un drap et d'une couverture sont placés au milieu de la pièce. Au mur sont inscrits les cinq préceptes du reiki, à savoir "ne pas se mettre en colère, ne pas se faire de souci, être rempli de gratitude, vivre avec honnêteté et être bienveillant avec tout ce qui vit". Dans l'air flotte un parfum de fleur d'oranger et deux petites fontaines placées à l'entrée viennent compléter la zénitude du lieu.

Après avoir présenté les différents principes du reiki (que chacun peut appliquer à lui-même ou aux autres suite à une formation auprès d'un maître reiki), la maîtresse des lieux nous fait allonger sous le drap. Pendant 45 minutes environ, elle et sa jeune acolyte en formation posent leurs mains à divers endroits du corps, par de très légères pressions, sur les tempes, la nuque, le ventre, le dos, les jambes, jusqu'aux pieds, sortes de points de tension où le passage de l'énergie est censé se faire.

A la fin, après avoir senti quelques effets d'échauffement et bien détendus comme après un bon massage, nous tentons d'en savoir un peu plus sur les réels bienfaits de cette pratique. Selon Rachida Prenant, il ne s'agit pas forcément d'espérer une guérison immédiate ou de voir une quelconque douleur s'évaporer instantanément, mais de provoquer surtout de l'apaisement, une sensation de quiétude.

Un effet placebo?

Même si, elle l'avoue, le reiki a pu faire quelques miracles, comme cet enfant qui ne parlait pas depuis la mort de son père, causant le désespoir de sa mère. Après imposition des mains de la praticienne, l'enfant s'est mis à émettre quelques sons proches du mot "maman", comme elle nous le montre fièrement dans une vidéo sur son téléphone. D'autres ayant eu des brûlures sévères aux mains ont vu s'échapper toute sensation de douleur après un reiki, explique-t-elle encore. Des "miracles" qui ont poussé certains services médicaux, comme celui d'hémato-oncologie de l'hôpital Ibn Sina à Rabat, ou encore la Maison d'enfants Lalla Hasnaa de Casablanca, à faire appel à elle pour venir soulager les pensionnaires.

"Les médecins et infirmiers peuvent se montrer réticents face à ce type de médecine non conventionnelle", explique Rachida Prenant, "mais quand ils voient les effets sur certains patients, ils comprennent que cela peut s'avérer bénéfique". Ainsi, aux Etats-Unis, au Canada ou en Europe, des hôpitaux proposent des soins reiki aux patients, en tant que thérapie complémentaire pouvant les aider à supporter leurs traitements. Certaines mutuelles proposent même le remboursement des séances. Au Maroc, c'est encore loin d'être le cas, même si d'autres centres reiki ont ouvert dans le royaume, notamment à Casablanca, et que des stages de formation sont organisés régulièrement par le CEPRUM.

Il faut dire que la pratique reste encore peu démocratisée, et surtout sujette à diverses critiques, notamment de la part du corps médical pour lequel ce genre de médecine douce aurait plus un effet placebo qu'une véritable efficacité pour traiter les maladies. Toujours est-il que la pratique, qui soulage réellement certains patients venus parfois du "jbel" (de la montagne) pour recevoir les soins reiki, attire de plus en plus de patients. À l'heure aussi où la quête du bien-être personnel tourne, parfois, à l'obsession.

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