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Et si le Maroc légalisait le cannabis?

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Quels scénarios si le Maroc légalisait le cannabis? | DR
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LÉGALISATION – En Italie, 218 parlementaires portent le projet d’une légalisation de la consommation, de la détention et de l’autoproduction de cannabis. Depuis le 25 juillet, le parlement italien étudie ce projet, qui, s’il était adopté, ferait de l’Italie le premier pays de l’Union européenne à légaliser l’herbe. Transposée au Maroc, l’hypothèse d’une légalisation, souvent débattue, serait également une première dans la région. Il faut dire que le débat au Maroc a fait son apparition dans le sillage de la légalisation du cannabis dans les pays nord-américains notamment aux Etats-Unis, où le Colorado a dû passer par un référendum pour légaliser l’usage récréatif de l’herbe. Suivant les traces de leurs "homologues" du Colorado, des politiques marocains au premier rang desquels ceux du Parti authenticité et modernité (PAM) ont fait une proposition de loi pour une légalisation à usage médical et industriel. Quels scénarios si le Maroc venait à légaliser le cannabis?

Un fournisseur d’or vert

Le scénario le plus plausible serait une gestion par l’Etat via une agence spécialisée pour planifier et contrôler les superficies cultivées, l’exploitation et la revente du chanvre à l’industrie pharmaceutique ou à l’industrie pharmaceutique. Ce scénario ne date pas d'hier. Fin 2015, le PAM avait émis cette proposition allant dans ce sens sous forme de projet de loi. Cette super-agence étatique regrouperait des ministères de l'Agriculture, de l'Intérieur et de la Santé, mais aussi des membres de la gendarmerie royale et des deux chambres parlementaires, sous la supervision du Chef du gouvernement.

Dans son rapport 2016, l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime plaçait le Maroc en tête des producteurs mondiaux de résine de cannabis. Pour se refaire une nouvelle image, la légalisation du cannabis (en dehors des usages récréatifs) permettrait au Maroc de se positionner comme un pays fournisseur de cannabis au milieu médical et pharmaceutique. Le royaume pourrait ainsi bénéficier des retombées de l’or vert en tant qu’un des plus gros exportateurs.

L’institut national de recherche agronomique (INRA) en collaboration avec l’institut de la gendarmerie royale mènerait des études pour une légalisation du kif à usage industriel. L’idée est de “permettre d’exploiter cette plante pour créer une économie licite afin de régler le problème des cultivateurs et de leurs familles mais aussi d’améliorer l’économie dans les régions de culture du kif, souvent marginalisées. D’autre part, il aidera le Maroc à résoudre les problèmes liés au trafic international de drogues“, nous confie le militant associatif Chakib Al Khayari, qui travaille sur les problématiques liées à la culture du Cannabis.

Pour Mehdi Bensaïd, député PAM et président de la Commission des affaires étrangères, joint par le HuffPost Maroc, “la légalisation permettrait à plus de 100.000 familles de vivre dans la légalité plutôt que de subir des contrôles de police“. Selon lui, “l’Etat devrait investir dans une agence pour encadrer cette culture et cette vente. Il pourra alors profiter de TVA directs grâce aux bénéfices de la vente des industriels dans le domaine médical“.

Le députe Pamiste concède cependant que cette proposition requiert “des études de terrain en coordination avec les organismes internationaux. Cela devrait aussi s’accompagner d’un engagement de l’Etat mais aussi d’une campagne de sensibilisation auprès des populations“.

Pour préciser les contours de cette proposition, Chakib El Khayari souligne que cette agence devra aussi encadrer “les opérations de culture, d’importation et de transformation du kif dans le cas d’une légalisation de la plante au Maroc“.

La légalisation, un remède contre le trafic?

Dans une hypothèse prospectiviste, qu’est-ce qui pourrait changer si le Maroc adopter une loi sur la légalisation du cannabis? Le cycle criminel du trafic de drogue s’en trouverait complètement changé, répond le Collectif marocain pour l’usage médical et industriel du kif (CMUMIK).

Son président et fondateur Chakib El Khayari estime que “la légalisation va permettre de ne pas incriminer les cultivateurs du kif, et le cycle va se limiter aux trafiquants et aux intermédiaires et les membres corrompus des corps sécuritaire qui surveillent les régions d’où passent les cargaisons du kif ou hachich“.

Et notre interlocuteur d’ajouter que “la loi [légalisant le cannabis au Maroc, ndlr] permettrait aux cultivateurs de commercialiser leurs produits via un office national du kif, au lieu de passer uniquement par des trafiquants".

“La légalisation du kif va permettre d’augmenter l’offre de médicament et les soins à base du kif qui sont nécessaire pour certaines maladies. Cette légalisation va également permettre la création d’une alternative économique licite pour la population, et par la suite la faire intégrer dans le système économique et social officiel“, souligne le président du CMUMIK.

Des serres de culture du cannabis encadrés par l’Etat pour un usage médical ?

Autre piste pour la légalisation du cannabis, celle de la création de superficies uniquement réservées à des cultures destinées à un usage médical. Partisan de cette idée, l’association marocaine de lutte contre le tabagisme et les drogues, écarte d’emblée l’usage récréative du cannabis. “Les expériences dans des pays comme la Hollande ont montré les limites de la commercialisation d’un produit qui fait perdre à un individu sa lucidité et peut altérer ses capacités notamment cognitives. Là où va se poser le problème d’une loi sur la légalisation du cannabis, c’est au niveau de son applicabilité car elle pourrait véhiculer de faux messages qui créeront chez les individus une dépendance. Déjà que nous avons du mal à gérer l’application de la loi 15-91 sur la cigarette“, analyse le SG de l’association, Abdeslam Krombi.

Concernant l’usage médical, l’association reste ouverte à des tests encadrés pour l’utilisation de superficies pour des cultures de cannabis qui seraient exploitées par l’Etat dans le domaine médical. “Il faut cependant un encadrement strict et suivi de l’Etat“, précise Abdeslam Krombi: “Si des études fouillées nous montrent que nous avons plus à gagner qu’à perdre aussi bien dans le domaine économique que social ou encore culturel, je ne vois pas pourquoi, on ne tenterait pas ce modèle [légalisation pour usage médical]. Nous établirions une base de données riche et fiable qui pourrait nous aider à nous décider“.

Des défis à relever pour envisager la légalisation du cannabis au Maroc

Quels mécanismes à mettre en place pour amorcer le processus de légalisation? “D’après la convention des ONU de 1961, les Etats qui veulent légaliser le kif pour des usages autorisés doivent créer un office qui aura pour mission de gérer la culture du kif et son exploitation. C’est justement ce qu’a revendiqué notre association dans la proposition de loi que nous avons envoyée aux partis politiques, et ça a été repris par le PAM et le Parti de l’Istiqlal. C’est dans le cadre de cet office que la stratégie de la légalisation doit se préparer et exécuter après. Mais l’un des premiers sujets à débattre c’est la gestion de la propriété des terrains cultivés, surtout que les plupart des cultivateurs n’ont pas de titres de propriété des terrains“. Le foncier pourrait donc être l’épine sur le chemin de la légalisation.

Quid de l’usage récréatif du cannabis? Chakib El Khayari estime qu“au Maroc, on discute pour le moment plus de la légalisation du kif pour usage médical et thérapeutique que de l’usage récréatif, cela n’empêche pas de lancer un débat à ce sujet“. Un débat soigneusement évité par les défenseurs de la légalisation pour ne pas plomber leur plaidoyer pour l’usage médical et industriel. Rien n’empêche le Maroc de s’inspirer de pays comme les Pays-Bas ou encore le Pérou où la consommation personnelle à petites doses, respectivement 5 et 8 grammes par personne, est autorisée.

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