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Le Plan Azur peut-il encore être sauvé?

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SADIA
Vue de la station balnéaire de Saïdia | DR
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TOURISME – Le Plan Azur, c’est un peu la montagne qui accouche d’une souris. Lancé en 2001 dans le cadre de la Vision 2010, stratégie touristique du royaume qui ambitionnait de porter de 4 millions en 2001 à 10 millions en 2010 le nombre de touristes au Maroc, le Plan Azur vise à positionner le Maroc en tant que destination phare du tourisme balnéaire.

Véritable pilier de la Vision stratégique du ministère du Tourisme, le Plan Azur prévoyait la création de six grandes stations balnéaires, à savoir Mediterrania Saïdia (Berkane), Mazagan Beach Resort (El Jadida), Mogador Essaouira, Port Lixus (Larache), Taghazout Bay (Agadir) et Plage blanche (Guelmim).

Six stations balnéaires dont aucune ne tourne à plein régime

La construction des six stations balnéaires, qui devaient atteindre une capacité de près de 80.000 lits, était censée s’accompagner de la création de plus de 10 golfs et de la promotion d'activités d'animation. Le Plan Azur devait également attirer les groupes internationaux parmi lesquels l’Espagnol Fadesa, le Belge Thomas & Piron ou encore le Sud-africain Kerzner à Mazagan, qui finiront par se désengager les uns après les autres des projets dans lesquels ils étaient impliqués, révélait le magazine TelQuel dans un dossier publié en novembre 2013.

Toujours est-il que les stations déjà sorties de terre ou bien entamées ne pouvaient être délaissées. Résultat: l’Etat reconduit le Plan Azur dans la Vision 2020 tout en accompagnant le développement des stations à travers la Société marocaine d’ingénierie touristique (SMIT) et le Fonds marocain de développement touristique (FMDT).

Seulement, aujourd’hui, plus de quinze ans après son lancement, le Plan Azur n’a pas tenu ses promesses. Si les stations Mazagan, Saidia et Taghazout ont ouvert leurs portes sans atteindre l’attractivité espérée, les chantiers des stations d’Essaouira et de Larache ont accusé des retards importants. La Plage blanche de Guelmim, elle, est la grande oubliée du projet, puisque les travaux de construction n’ont pas encore été lancés.

Le Plan Azur peut-il encore être sauvé? La réponse à cette question vaut son pesant d'or, au moment où le tourisme marocain traverse une passe difficile, marquée par une réduction du nombre d’arrivées des touristes en provenance des marchés européens, émetteurs traditionnels pour le Maroc.

Remanier le projet ou le réajuster?

Hamid Bentahar, président du Conseil régional du tourisme de Marrakech, plaide pour la poursuite du Plan Azur, non sans proposer de rectifier le tir à temps. Joint par le HuffPost Maroc, il estime que "le Plan Azur est un bon plan. Seulement, avec les problèmes rencontrés sur certaines stations, je pense qu’il faut se concentrer sur les stations une à une, dans l'objectif de pouvoir y mettre les ressources qu’il faut afin de les relancer et leur permettre d’atteindre une taille critique. Il faudra aussi accompagner cette relance d’actions de promotion pour certaines des stations, pour mieux les faire connaître, ou encore mieux encadrer d’autres au niveau de l’animation proposée“.

Un confrère qui a suivi de près le dossier n'est pas du même avis. Pour lui, le Plan Azur est un échec que les autorités en charge du tourisme refusent de reconnaître. Notre source pointe du doigt "la désertion des promoteurs dans certains sites, les hôtels qui, même ouverts, parviennent difficilement à tourner à plein régime, sans compter des taux de remplissage dérisoires sur d’autres sites. Les objectifs du Plan Azur étaient beaucoup trop ambitieux. Et les experts du secteur les avaient déjà jugés 'irréalistes'".

Pour notre interlocuteur, "le Plan Azur doit être remanié avec des objectifs revus à la baisse, qui soient réalisables. Il faudrait accorder la priorité à certaines stations afin d'achever leur construction. A cela s’ajoute la construction autour des hôtels d’infrastructures liées au divertissement, car la capacité d’accueil à elle seule ne permet pas d’attirer des touristes. Il faut aussi que l’offre soit structurée et qu’elle s’accompagne d’une bonne campagne de promotion.“

"Erreurs d'appréciation"

Même son de cloche chez certains professionnels du secteur. "Le Plan Azur était ambitieux et, avec du recul, quasi irréalisable. Il faut être honnête. Aucune destination touristique n'a jamais lancé autant de stations simultanément en comptant uniquement sur l'investissement privé. […] Il faut revoir la totalité du modèle en priorisant les sites les plus avancés. Nous ne pouvons pas aujourd'hui abandonner et nous devons assumer nos erreurs d'appréciation" confiait à l’Economiste Fouzi Zemrani, vice-président de la Confédération nationale du tourisme.

Le ministère du Tourisme semble avoir entendu l’appel du pied des professionnels du secteur. “Nous avons décidé de redimensionner l’offre, en allant plutôt vers deux ou trois stations. Le reste sera programmé pour les moyen et long termes“, avait alors confié Lahcen Haddad au quotidien économique.

En février dernier, le ministre du Tourisme avait mandaté le cabinet Boston Consulting Group pour la réalisation d’une étude d’évaluation de la stratégie 2020. Une étude qui, selon Le Desk.ma, "pointera d’abord les insuffisances de la vision 2020, pour proposer une nouvelle feuille de route sectorielle", qui portera aussi sur le Plan Azur.

Nécessité d'un sauvetage

A l’heure actuelle, l’Etat a fait le choix de prioriser quatre stations balnéaires du Plan Azur, à savoir la station Saïdia, celle de Taghazout, de Lixus et de Mogador.

Concernant la station Saïdia, la mise à niveau de l’aménagement sera réalisée avec un budget de plus de 300 millions de dirhams, selon les informations dévoilées en juin 2016 par le ministère du Tourisme lors de la présentation de son bilan 2012-2016. Deux nouvelles unités d’hébergement et un parc aquatique thématique sont prévus, pour un montant d’investissement engagé de plus de 580 millions de dirhams. La mise en service de ces installations est prévue pour 2017.

Il faudra ensuite offrir plus de visibilité à la station de Taghazout, qui compte s’appuyer sur l’attractivité d’Agadir pour voir ses premiers clients débarquer. Si les travaux de réalisation des réseaux d’eau et d’électricité sont achevés, les travaux d’amélioration de la desserte routière sont en cours de réalisation avec un investissement global de 500 millions de dirhams, selon le rapport du ministère. La deuxième tranche des travaux d’aménagement in site sont en cours et devraient se faire entre 2017 et 2018.

La station Lixus est quant à elle à l’arrêt avec les difficultés financières du groupe Alliances. "Depuis décembre 2014, l’aménageur développeur de cette station rencontre de sérieuses difficultés financières, ce qui rend difficile le maintien de la dynamique sur ce projet. Les discussions sont en cours afin de trouver les solutions les plus adaptées aux intérêts du projet et dans le respect des engagements des différentes parties", se défend le ministère.

Concernant la station Mogador, "compte tenu de ses difficultés financières, l’aménageur développeur de la station n’a pas pu honorer ses engagements en termes de développement de la première phase, hormis la réalisation d’une unité hôtelière", note le rapport du ministère. "Dans ce contexte, (...) il a été procédé au repositionnement du projet et à la restructuration de tour de table, afin d’atteindre le seuil critique au niveau de la phase I. Une étude de repositionnement conceptuel de la station est en cours de finalisation". Avec autant de difficultés pour parvenir à atteindre les objectifs, c’est tout le plan qu’il faudrait revoir pour envisager son sauvetage.

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