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Art martial ou sport? Le karaté s'interroge en devenant sport additionnel aux Jeux olympiques

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KARATE
Serap Ozcelik of Turkey, right, and Austria's Bettina Plank in action during the women's Kumite -50 kg competition, at the Karate European Championship, Saturday May 3, 2014 in Tampere, Finland. Ozcelik won the gold medal. (AP Photo/TT News Agency, Aleksi Tuomola) FINLAND OUT | ASSOCIATED PRESS
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SPORT - C'est jusqu'à présent, un grand absent des JO, mais les choses sont en train de changer. Ce mercredi doit être officialisé la présence du karaté sera au menu des Jeux Olympiques de 2020. Pour l’heure l’art martial ne sera représenté que pour les JO de Tokyo, mais la Fédération mondiale de karaté (WKF) entend bien peser dans les discussions pour qu’il intègre définitivement l’évènement à partir de 2024.

C’est déjà une petite victoire pour la WKF - et, au niveau national, pour la fédération française de karaté et des disciplines associées (FFKDA). Les Jeux olympiques, c’est l’occasion parfaite pour exposer un sport aux yeux du monde. Et donc recruter de nouveaux pratiquants. Et qui dit jeux olympiques dit jeux paralympiques, les pratiquants du handi-karaté espèrent également en tirer une plus grande visibilité.

Contrairement au judo ou au taekwondo, déjà présents au Jeux olympiques, le karaté montrera deux aspects: le combat (avec six catégories, trois pour les hommes et trois pour les femmes) mais aussi le kata (en individuel homme et individuel femme), qui correspond à un enchainement de techniques simulant un combat, comme on peut le voir dans cette vidéo:

En devenant une discipline olympique, le karaté peut aussi espérer percevoir de nouvelles subventions de la part de l’État. “On va nous aider pour que l’on ait des médailles aux JO, ce ne sera pas une aide pour le développement du karaté”, tempère Francis Didier, le président de la FFKDA.

Mais si les avantages semblent évidents, le passage du karaté en discipline olympique ne se fait pas sans débat au sein des clubs et sur les réseaux sociaux.

La raison ? Le karaté n’est pas un sport mais un art martial. En plus du travail physique qu’il nécessite, il véhicule des valeurs de respect, de développement personnel, dans le dojo mais aussi en dehors. Comment exposer cet aspect du karaté aux Jeux olympiques ?

Car le karaté a ses codes : il faut saluer en entrant dans le dojo, puis avant et après le cours, trois fois, assis sur ses genoux, précédé d’un temps de méditation (“mokuso”). Le respect et la relation avec son "senseï" (le professeur) sont tout aussi importants.

Et il faut respecter les principes et les préceptes de Gichin Funakoshi, le fondateur du karaté moderne : rechercher la perfection, se retenir de toute violence,...

Or, soulèvent les plus sceptiques, si le karaté devient un sport olympique, il sera popularisé sur son aspect compétitif et sportif. Loin de la pensée de Gichin Funakoshi, qui estimait que le karaté n’était pas compatible avec la compétition.

“Pour moi le karaté c’est un adversaire face à un autre, on cherche la faille et on porte une technique en assurant ses arrières et on cherche un ippon ou un waza-ari” (une victoire totale ou quasi-totale sur une technique), regrette Gérard Sancéau, professeur et 5ème dan. Alors qu'aujourd'hui, un combat en compétition est une addition de points, plus ou moins élevés selon l’attaque portée.

Certains regrettent déjà que les combats d’aujourd’hui ne ressemblent déjà plus à ceux d’hier, lorsque les coups étaient bien plus marqués. "Les gens ont une image préconçue du karaté, ils pensent que c'est de la danse", regrette un pratiquant.

Pour rendre la pratique ouverte et compréhensible à tout néophite qui regarderai les JO, les règles vont-elles changer? C'est ce qu'ont dû faire le judo et le taekwondo lors de leur passage en sport olympique. Les techniques se font moins violentes. Au taekwondo, les combattants sont recouverts de protections. Et puisqu’un coup de pied compte plus qu’un coup de poing, les techniques se font désormais quasiment exclusivement avec les jambes:

“Il est vrai que le taekwondo a pris un mouvement sportif et a un peu laissé tomber le mouvement traditionnel, il a tout de suite répondu à la demande du comité international olympique”, réagit Francis Didier. Mais il est hors de question, pour le président de la FFKDA, de changer les règles au karaté : “Ce n’est pas parce que l’on va développer une petite partie du bateau que cela va tout changer. Il faut que le karaté reste diversifié avec ses 26 styles.”

Mais devenir une discipline olympique a un prix. Pour postuler, il a fallu fournir des chiffres et des arguments. Attirer donc de plus en plus de monde vers le karaté, pour afficher un nombre accru de licenciés. Et augmenter le nombre de ceintures noires, en mesure de faire du karaté de haut niveau.

Beaucoup estiment que le niveau demandé pour obtenir son 1er dan (sa ceinture noire) a diminué. Il est désormais possible de l'obtenir à 14 ans alors qu'il fallait attendre d'être majeur auparavant et de repasser plusieurs fois les épreuves où l'on a échoué. Là où auparavant certaines figures étaient imposées, elles sont désormais choisi par le karatéka. Certains juges soufflent même que lors de certains passages de grade, la consigne est de le donner à tous les postulants (sauf faute grave).

À la FFKDA, on réfute. Mais, entre 2011 et 2016, le nombre de licenciés à la fédération a augmenté de 13%. Dans le même temps, le nombre de ceintures noires a grimpé de 32%.

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