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Comment le Maroc veut rendre ses hammams conformes et écolos

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HAMMAM MAROC
Comment le Maroc veut rendre ses hammams conformes et écolos / Crédit photo: Pascal Meunier | GERES
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BAINS MAURES - On estime à environ 12.000 le nombre de hammams au Maroc, allant du bain populaire de quartier à celui d'hôtel de luxe. Autant dire un parc de taille mais peu encadré juridiquement. C'est pour tenter de mettre en valeur ce patrimoine architectural et de réguler le secteur que le ministère de l'Artisanat entend bientôt lancer une première campagne de labellisation d'une cinquantaine de hammams traditionnels à travers le pays.

Le label "hammam" marocain" sera accordé à une dizaine de hammams dans cinq villes, Casablanca, Rabat, Tanger, Marrakech et Fès, suite à un processus d'audit et de certification mené par une équipe d'experts en management de la qualité. Il s'agit de répondre à plusieurs critères comme le respect des normes d''hygiène et environnementales, la sécurité, la qualité des services, ou encore la sauvegarde du patrimoine. L'ouverture des plis pour l'obtention de ce label aura lieu fin septembre, soit quelques semaines avant la COP22 à Marrakech.

"Une rationalisation énergétique des hammams"

C'est justement à l'occasion de l'organisation de cette grand-messe mondiale de l'environnement que les associations et travailleurs du secteur s'activent pour faire valoir la mise en place d'une "gouvernance environnementale" du secteur des hammams. L'Association Énergie, Solidarité et Environnement (EnSEn) a ainsi organisé, lundi 1er août à Rabat, une conférence de presse en vue de préparer une requête pour la mise en place de modalités juridiques, environnementales et sociales pour la gestion du secteur des hammams au Maroc, rapporte l'agence MAP.

L'Association vise "une rationalisation énergétique des hammams", filière connue pour être très gourmande en bois et en eau, puisant abondamment dans les nappes phréatiques, et polluante à cause de l'émission de dioxyde de carbone et de fumées noires nocives. La présidente de l'EnSEn, Asmae Arbaoui, a ainsi relevé que son association œuvrait depuis trois ans sur le programme "Hammams durables Maroc", dans le but de créer "une dynamique visant la mise à niveau environnementale de ce secteur omniprésent dans la culture marocaine et qui représente une source de revenu pour plus de 200.000 personnes".

"La modernisation énergétique des hammams traditionnels au Maroc demeure une nécessité environnementale et économique impérieuse étant donné qu'il s'agit d'une filière polluante et l'un des plus gros consommateurs de bois-énergie et d'eau dans un contexte marqué par la raréfaction de ces ressources et l'augmentation de leur prix", a-t-elle noté.

Pour Dénia El Haddaoui, coordinatrice de l'EnSEn interrogée par le HuffPost Maroc, "malgré le fait que la pratique du hammam soit encore très répandue au Maroc, le secteur n'a jamais été remis en question. Pourtant, c'est un système traditionnel qui exerce une pression très forte sur l'environnement", regrette-t-elle. Et pour cause: on estime à une tonne voire une tonne et demie le volume de bois utilisé chaque jour dans les hammams.

Les hammams à l'heure des énergies renouvelables

"Nous avons donc cherché une alternative à ce système, et poussons les hammams à utiliser des combustibles issus de la biomasse, comme les déchets agricoles ou forestiers (coques d'argan, grignons d'olives, copeaux...). Cela permet d'en consommer 100 à 300 kilos par jour". Certains propriétaires de bains traditionnels ont aussi pris les devants en privilégiant les énergies renouvelables pour chauffer l’eau tout en réduisant la consommation de bois qui coûte de plus en plus cher et tend à se raréfier à cause du changement climatique.

C'est le cas de Khadija Kadiri, gestionnaire d'un hammam dans le quartier Yacoub El Mansour à Rabat, qui a fait installer fin 2015 trois panneaux solaires sur le toit de son établissement. "Le ministère de l’Environnement regrette la pollution et le gaspillage généré par les hammams, c’est pourquoi nous tentons de travailler main dans la main pour pallier ce problème", expliquait la gérante au HuffPost Maroc.

L'initiative de modernisation énergétique des hammams, lancée par l'EnSEn en partenariat avec le groupe français Énergies renouvelables, environnement et solidarité (GERES) et financée par le Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM), devrait bénéficier, d’ici 2018, à une quarantaine de bains publics marocains.

Travail de lobbying

L'EnSEn a également procédé à l'organisation de plusieurs ateliers régionaux et enquêtes de terrain ces derniers mois, afin de rédiger un document de plaidoyer pour le développement d'une réglementation spécifique au secteur des hammams. Celui-ci devra être présenté aux instances gouvernementales dans l'espoir d'être, ensuite, traduit en projet de loi.

"Le secteur des hammams est trop souvent informel. La plupart des ressources humaines qui travaillent dans ces établissements ne bénéficient d'aucun avantage social, ils ne sont pas déclarés à la CNSS. C'est pour lutter contre le vide juridique et législatif du secteur que nous avons lancé une campagne auprès des parlementaires et des autorités pour qu'ils prennent conscience du problème et s'y attaquent à bras-le-corps", explique Dénia El Haddaoui.

L'EnSEn, qui a obtenu des fonds complémentaires grâce au Programme de micro-financements du Fonds pour l'environnement mondial (PMF/FEM), a ainsi pu lancer une étude poussée sur les hammams au Maroc, afin d'identifier les principales difficultés rencontrées par les professionnels du secteur. L'association, qui présentera un hammam pilote lors de la COP22, travaille également sur la mise en place de mécanismes de financements pérennes des hammams, à l'heure où la transition énergétique devient une nécessité.

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