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Abdellatif Jouahri plaide pour une refonte du modèle économique Marocain

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ABDELLATIF JOUAHRI
Morocco's central bank Governor Abdellatif Jouahri speaks to the media in Rabat June 19, 2012. Morocco's central bank kept its benchmark lending rate at 3 percent on Tuesday, the level it has held since March when it cut rates to shore up an economy hit by bad weather and the euro zone crisis. REUTERS/Stringer (MOROCCO - Tags: BUSINESS HEADSHOT POLITICS) | Stringer . / Reuters
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ÉCONOMIE - "Aujourd’hui, notre pays a besoin d’initier une véritable refonte de ce modèle et une série de ruptures au niveau de la conception et de la mise en œuvre des politiques publiques". La phrase est du wali de Bank Al-Maghrib Abdellatif Jouahri. Dans la lettre de présentation du rapport annuel de 2015 de Bank Al-Maghrib, lue devant le roi Mohammed VI vendredi 29 juillet au palais royal de Tétouan, le directeur de la banque centrale estime que le Maroc a, plus que jamais, besoin de revoir son modèle économique, et plaide pour une accélération des réformes des retraites et de la justice.

"Force est de constater cependant que le rythme du progrès s’est inscrit ces dernières années dans une tendance baissière", relève Jouahri, qui note que "malgré la conjonction de plusieurs facteurs favorables aussi bien internes qu’externes, l’atonie des activités non agricoles et de l’emploi se poursuit, notre tissu productif se fragilise et les progrès sur le plan du développement humain restent en deçà des attentes et faibles en comparaison internationale."

"Des signes de fragilité qui reflèteraient son essoufflement"

Cette situation "nous amène à nous interroger sur nos politiques et nos stratégies et nous interpelle sur la capacité de notre modèle de développement à continuer à répondre aux attentes et aspirations de nos concitoyens", poursuit le rapport, selon lequel "le modèle basé sur la demande intérieure comme moteur de la croissance qui a prévalu jusqu’à présent a montré ses limites". Bank Al-Maghrib en veut pour preuve "la faiblesse de la croissance et de la création d’emplois, la sensible détérioration ces dernières années des déficits jumeaux, l’aggravation du niveau d’endettement et la persistance d’un faible niveau de compétitivité de notre tissu productif", qui sont autant "de signes de fragilité qui reflèteraient son essoufflement", toujours selon le gouverneur de la banque centrale.

D'où la nécessité, selon lui, "d’initier une véritable refonte de ce modèle et une série de ruptures au niveau de la conception et de la mise en œuvre des politiques publiques. L’industrialisation, créatrice de valeur ajoutée et d’emplois de qualité devrait être au centre de ces mutations à côté des autres stratégies sectorielles lancées ces dernières années mais dont les résultats jusqu’à présent restent contrastés. La dynamique à l’export du secteur automobile et, dans une moindre mesure, de certains autres métiers mondiaux se poursuit, mais les effets d’entraînement sur l’économie demeurent encore limités. A cet égard, la mise en place d’écosystèmes est une orientation prometteuse qui devrait, si les objectifs qui leur sont assignés se matérialisent dans des délais raisonnables, améliorer les résultats de ces stratégies et renforcer les petites et moyennes entreprises, épine dorsale du tissu industriel."

Régionalisation avancée, réformes de la justice et des retraites

Dans sa lettre de présentation, Abdellatif Jouahri appelle aussi à l'accélération de la réforme des retraites, dont "la lenteur d'avancement devient préoccupante", et occasionne des coûts qui, "s’ils continuent de s’alourdir, pourraient compromettre la soutenabilité des finances publiques à moyen terme", selon les termes de Jouahri. Le wali de la banque centrale a également appelé à réenclencher la réforme de la justice, "un chantier fondamental pour les droits humains et sociaux mais également pour l’amélioration de l’environnement des affaires, de l’investissement et de l’entreprenariat", estime-t-il.

Concernant la régionalisation avancée, Jouahri plaide pour une meilleure planification, ainsi qu'à l'adoption d'une "approche minutieuse pour éviter les redondances des centres de décisions et assurer une utilisation rationnelle des ressources", sans quoi, ce chantier "pourrait se transformer en gouffre financier".

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