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La Gigafactory de Tesla, le pari risqué d'Elon Musk pour révolutionner la voiture électrique

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GIGAFACTORY TESLA
An overall view of the new Tesla Gigafactory is seen during a media tour Tuesday, July 26, 2016, in Sparks, Nev. It’s Tesla Motors’ biggest bet yet: A massive, $5 billion factory in the Nevada desert that could almost double the world’s production of lithium-ion batteries by 2018. (AP Photo/Rich Pedroncelli) | ASSOCIATED PRESS
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ÉNERGIE - C'est l'usine de tous les superlatifs et même son nom l'indique. La Gigafactory de Tesla est inaugurée ce vendredi 28 juillet par le fantasque milliardaire Elon Musk, dans le Nevada. Annoncée par le fondateur de Tesla en 2014, cette usine géante sera censée fabriquer en 2018 plus de 500.000 batteries. Autant que toute la production mondiale en 2013.

Pour arriver à ce résultat, l'usine imaginée par Tesla et construite en partenariat avec Panasonic, est tout simplement gigantesque. Actuellement, seuls 14% de la surface (74 kilomètres carrés) ont été construits. L'usine devrait être finalisée en 2020 et sa production aura été démultipliée d'ici là.

La Gigafactory emploiera 10.000 personnes, presque autant que le nombre d'employés actuel de la société.

Rendre la voiture électrique (enfin) abordable

Mais pourquoi donc Tesla s'est-il lancé dans un chantier si titanesque? Car sans une telle usine, les voitures électriques resteront trop chères pour le grand public, estime Elon Musk. En effet, le prix de la batterie au lithium est énorme, environ un tiers du prix d'une voiture. "Sur le Model S de Tesla (qui commence à près de 80.000 dollars, ndlr), la batterie représente 25.000 à 40.000 dollars", affirme au HuffPost Guillaume Crunelle, responsable industrie automobile du cabinet Deloitte.

"Actuellement, le coût du killowatt (la capacité de la batterie, ndlr) baisse de 14% par an et devrait atteindre les 200 euros en 2020. Musk vise lui 100 euros", selon l'expert. Avec la Gigafactory et une production en série de batteries, Tesla estime qu'il pourra ainsi faire baisser les coûts drastiquement. Comment? En construisant toutes les pièces et en les assemblant au même endroit, notamment.

Lors de l'annonce en 2014, certains experts estimaient qu'une production aussi importante ne servirait à rien, car il n'y a pas assez de voitures électriques vendues chaque année. Le cabinet Lux Research estimait même que la moitié des 500.000 batteries produites n'aurait pas d'utilité. "Aujourd'hui, les usines de batteries dans le monde sont encore en sous-production", abonde Florence Lambert, présidente du Laboratoire d'Innovation pour les Technologies des Energies Nouvelles au CEA, interrogée par Le HuffPost.

Mais Tesla a reçu 400.000 précommandes pour son Model 3, alors qu'il ne produisait que 50.000 véhicules par an jusqu'alors. De quoi suffire à combler une production de batterie gigantesque? Peut-être, à condition que la société arrive à s'adapter et à construire tous ces véhicules. "Ce changement d'échelle change beaucoup dans la relation client, il faut également beaucoup de cash pour construire autant de voitures alors que la dernière levée de fond a pris du temps. C'est beaucoup de challenge", affirme au HuffPost Bertrand Rakoto, consultant indépendant de l'industrie automobile. D'autant que jusque-là, Tesla perd de l'argent et n'a toujours pas trouvé de modèle économique viable.

gigafactory tesla

Vers des usines géantes européennes?

En attendant, le flamboyant Musk va tout faire pour entretenir la flamme et continuer à pousser vers l'avant, toujours plus vite. Et mine de rien, sa stratégie commence à faire réfléchir les concurrents. "Le modèle actuel a eu une influence sur les constructeurs allemands, notamment dans le grand luxe", explique Florence Lambert.

Justement, rappelle-t-elle, l'année dernière, les Allemands ont émis l'idée d'une usine de batteries géante européenne. Si l'emplacement de celle-ci (en France ou en Allemagne) est encore sujet à débat, le fait est que l'on y réfléchit à Bruxelles, précise la chercheuse.

Quoi qu'il arrive, Tesla a clairement influencé l'industrie de la voiture électrique. "Le pari d'Elon Musk, c'était une voiture avec une autonomie importante de l'ordre de 400 km, et donc une batterie plus chère. Depuis, tout le monde tend vers ces 400km d'autonomie", note Hadi Zablit, directeur associé au Boston Consulting Group interrogé par Le HuffPost. Son nouveau pari est donc dans la continuité: proposer une grande autonomie, mais à prix cassé.

Cependant, même si Tesla réussit son pari et arrive à produire ses Model 3 et à faire tourner à plein régime sa Gigafactory, il y aura d'autres problèmes à régler, et notamment celui du recyclage des batteries, une "vraie filière qui reste à monter", selon Florence Lambert.

Une énergie électrique à "nettoyer"

Car pour l'instant, si la voiture électrique n'émet pas de CO2 en roulant, elle n'est pas non plus parfaite sur le plan écologique, car on ne sait pas quoi faire de ces batteries une fois celles-ci hors d'usage. Une chose qui arrivera tôt ou tard, à plus ou moins dix ans, même si la durée de vie d'une batterie peut varier en fonction des conditions d'utilisation et de fabrication de la voiture.

"Actuellement, l'extraction de lithium coûte moins cher que le recyclage de batteries", explique le consultant Bertrand Rakoto. Pourtant, Tesla affirme que les batteries au lithium seront recyclées dans la Gigafactory, notamment en capturant les métaux rares utilisés et le lithium. "Mieux vaut miner une batterie qu'un rocher", a même déclaré Elon Musk.

Mais pour l'instant, on semble plus proche de l'effet d'annonce qu'autre chose. Tous les experts interrogés par Le HuffPost sont d'accord pour dire que si la technique du recyclage des batteries au lithium est possible, on n'en est qu'aux balbutiements. Alors de là à réussir à intégrer ce recyclage dans le modèle économique de Tesla et de continuer à diminuer le coût des batteries, il y a un grand pas à franchir.

gigafactory tesla
Un des robots de la Gigafactory

A vouloir tellement accélérer la révolution énergétique (y compris ailleurs que dans le secteur automobile), Tesla fonce sur une corde raide et n'en finit pas de souffler le chaud et le froid. C'est aussi la force d'Elon Musk, face aux controverses, le milliardaire sait renverser la vapeur et faire rêver. Critiqué sur plusieurs fronts depuis plusieurs semaines, le milliardaire a annoncé son deuxième "master plan" pour Tesla avec voiture autonome partagée, bus ou encore camions électriques.

Beaucoup de belles paroles? Certes, mais provenant d'un homme qui a déjà tenu de nombreuses promesses farfelues, comme percer dans le domaine des voitures de luxe électriques ou réussir à envoyer une fusée et récupérer son lanceur. Le tout en partant de rien avec deux start-ups il y a 15 ans. De quoi laisser le bénéfice du doute à Elon Musk et sa Gigafactory.

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