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Que sait-on du BCIJ, le FBI marocain?

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BCIJ
Le siège du BCIJ à Salé | DR
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SÉCURITÉ - BCIJ. Derrière ce sigle se trouve un service de sécurité aussi populaire qu'efficace. Pas un mois ne passe sans que le "FBI marocain" ne prenne dans ses filets des cellules terroristes. Des arrestations et démantèlements largement relayés par les médias. Mais au-delà de cette médiatisation, que sait-on vraiment du Bureau central d'investigation judiciaire (BCIJ)?

Derrière cette multiplication de coups de filet se cache l'un des derniers services de sécurité marocains, né il y a environ un an et demi. C’était le vendredi 20 mars 2015.
Le Bureau central d'investigation judiciaire (BCIJ) prenait officiellement ses quartiers généraux au cœur de Salé, ville mitoyenne de Rabat, où se trouve l'annexe de la Cour d'appel chargée des affaires du terrorisme.

Affilié à la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), le BCIJ est chargé de poursuivre les crimes et délits prévus par l’article 108 du Code de procédure pénale notamment le grand banditisme, la contrebande d'armes et les enlèvements, entre autres.

Menace terroriste

Coïncidence de date ou prémices d’une mission à ériger en sacerdoce? L’inauguration du siège du BCIJ s’est faite deux jours seulement après l’attaque du musée du Bardo en Tunisie qui a fait 24 morts et 45 blessés.

La naissance du BCIJ intervient dans un contexte de développement du terrorisme au niveau mondial, marqué par l’émergence de mouvements extrémistes comme Daech ou AQMI qui font planer le spectre d’attentats terroristes dans le royaume.

Le BCIJ, nouvellement créé, officieusement flanqué du surnom de FBI marocain, voit ainsi ses missions s’élargir à la lutte contre le terrorisme. Comme son “homonyme“ américain, le FBI marocain est chargé de déjouer les activités illégales (y compris terroristes) avant que les cellules ou leurs membres ne frappent.

Pour Hassane Saoudi, expert des questions de sécurité contacté par le HuffPost Maroc, “cette instance se situe dans le cadre de la réforme structurelle de la DGST en fonction du mode opératoire du terrorisme. Ses compétences sont élargies à toute la criminalité transnationale organisée (CTO) car l’activité terroriste nourrit et se nourrit du trafic d'armes, de drogue, de faux papiers et pénètre l’immigration“.

Un ancien de la BNPJ aux manœuvres

Pour diriger ce nouveau bras armé de la DGST, son directeur général, Abdellatif Hammouchi, fait appel à l’ancien patron de la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ), Abdelhak El Khiame. Ce natif du quartier Derb Sultan de Casablanca connaît bien les arcanes de la DGST avec laquelle il a collaboré sur les dossiers sensibles quand il tenait encore les rennes de la BNPJ.

Très à l’aise devant les caméras, l’homme de 58 ans se prête volontiers aux interviews des journalistes qu’il reçoit en costume trois pièces dans son bureau de Salé. Il y défend souvent la stratégie marocaine de lutte préventive contre le terrorisme, souvent citée en exemple dans d'autres pays.

Et justement, en matière de lutte contre le terrorisme, le service présidé par Abdelhak El Khiame compte à son actif, un an et demi après sa création, plusieurs importants démantèlements de cellules terroristes.

Quelques gros coups de filets

Dernier en date, ce mercredi 27 juillet, le BCIJ a annoncé avoir appréhendé, suite à une opération coordonnée menée dans le royaume, 143 personnes dont 52 ont été placées en détention provisoire.

En février dernier, les services d’Abdelhak El Khiame avaient démantelé, à El Jadida, une cellule terroriste qui s’apprêtait à mener au Maroc une attaque de grande ampleur à l’aide d’armes biologiques en provenance de Libye.

Au mois de mai, le BCIJ a freiné les ambitions de Daech de frapper sur le sol marocain en arrêtant un ressortissant tchadien mandaté par l’organisation terroriste "pour encadrer et former des cellules dormantes“, constituées de recrues marocaines et algériennes avec pour objectif de “commettre des attentats terroristes de grande envergure contre des missions diplomatiques occidentales et des sites touristiques“.

Changement de stratégie

Avec la création du BCIJ, le Maroc a-t-il changé de stratégie dans sa lutte contre le terrorisme? Oui, répond Hassane Saoudi. Selon lui, “le Maroc a opté pour la stratégie de décèlement précoce, c’est-à-dire l’anticipation face au terrorisme“.

“C’est un changement pertinent puisque la création du BCIJ lui permet de cerner le terrorisme dans toutes ses facettes. Si l'on n'anticipe pas [les actions des terroristes, ndlr], les pires choses arrivent et l'on se retrouve à faire de la gestion de crise", ajoute notre interlocuteur. “La posture anticipative du Maroc est pertinente car elle allie le renseignement humain et le renseignement numérique“.

Pour l'expert, les attentats de Casablanca en 2003 ont constitué un tournant dans ce changement de la stratégie marocaine, marquée par la réforme de la structure des services de sécurité. "Le Maroc a opté pour la transversalité de ses services en plus de la coordination et de l’échange. Les résultats sont probants. Pour preuve, 38 démantèlements préventifs ont été effectués depuis 2013", ajoute-t-il.

L’efficacité des services de renseignements marocains est souvent citée en exemple. Des pays comme la France, l’Espagne, la Belgique et l’Allemagne ont d'ailleurs décidé de nouer un partenariat avec le Maroc dans le domaine sécuritaire.

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