Huffpost Maroc mg

Ahmed Boukous plaide pour un plan stratégique pour l'officialisation de l'amazighe

Publication: Mis à jour:
AHMED BOUKOUS
facebook
Imprimer

LÉGISLATION - Attendu depuis plusieurs mois, le projet de loi organique sur l'amazighe est prêt. Transmis à l'exécutif mais pas encore rendu public, ni envoyé aux principales associations amazighes, le HuffPost Maroc en a publié, hier en exclusivité, les principales dispositions.

Dans son article premier, le projet de loi organique définit l'amazighe comme la totalité des "dialectes parlés dans les différentes régions du royaume", ainsi que "la production linguistique et lexicale amazighe émise par les institutions compétentes", en tête desquels l'Institut royal de la culture amazighe (IRCAM).

"Sur ce point, le projet de loi va au delà de ce que nous avons demandé et inclut aussi les parlers locaux. Il insiste également sur l'égalité entre les différentes formes d'expression amazighes, ce qui est excellente chose", estime le directeur de l'Institut royal de la culture amazighe (IRCAM) Ahmed Boukous. Celui-ci considère que "pour la généralisation progressive de l'amazighe, les délais ont été bien pensés: le court-terme correspond à cinq ans, le moyen-terme 10 ans, et le long-terme s'étend à 15 ans".

En revanche, "la non-obligation d'enseigner l'amazighe dans le secondaire est problématique", relève le directeur de l'IRCAM, poursuivant qu'"on aurait aussi souhaité que le projet de loi parle de la nécessité de créer de départements de langue amazighe dans l'enseignement supérieur (dans sa mouture actuelle, l'article 6 projet de loi dit qu'il "est possible" de créer des cursus et des départements d'amazighe dans les établissements d'enseignement supérieur ndlr). Cela peut s'avérer très préjudiciable".

Amazighe dans le travail parlementaire?

Pour Ahmed Boukous, "si l'amazighe n'est pas forcément considéré comme une langue de travail dans le travail législatif, ce que le projet de loi propose est déjà bien. En effet, l'amazighe pourra être utilisée lors des réunions des commissions parlementaires ainsi que durant les séances plénières. II s'agira, donc, d'un usage oral et non écrit de l'amazighe", ce qui signifie qu'en dehors du Bulletin du parlement, les projets et les propositions de lois ainsi que les rapports des commissions parlementaires ne seront probablement pas traduits en amazighe.

"Dans les médias et la création culturelle, il s'agit surtout d'une consécration de l'existant", note le directeur de l'IRCAM, rappelant les acquis en la matière, notamment la création de la chaîne amazighe, ou encore le soutien apporté aux créateurs et aux chercheurs, sans oublier le soutien apporté à la chanson et au film amazighes, dans le cadre des prix organisés par le ministère de la Communication.

Reconnaissance des dialectes locaux

Ahmed Boukous relève, par ailleurs, que la reconnaissance de la diversité des dialectes locaux "vient corriger les raideurs du rapport de la Commission consultative de la régionalisation (CCR)", qui a constitué une base pour la mise en place de la régionalisation avancée, et qui plaçait en second rang les spécificités linguistiques et culturelles des régions.

Concernant le suivi de la mise en oeuvre de la loi organique, Ahmed Boukous se réjouit de la création, en vertu du projet de loi, d'une commission interministérielle permanente chargée du suivi et de l'évaluation de la mise en oeuvre du caractère officiel de l'amazighe. Toutefois, "vu l'importance de cette loi, elle nécessite véritablement un plan stratégique", estime Boukous. "Nous insistons aussi sur la nécessité de promulguer les décrets d'application dans les délais. La loi organique peut très bien passer, mais si elle n'est pas consolidée par des textes d'application qui en assurent véritablement l'effectivité, nous aurons beaucoup de problèmes, et nous devrons attendre, peut-être longtemps, avant de voir des textes d'application promulgués", conclut le directeur de l'IRCAM.

LIRE AUSSI:

À lire aussi sur le HuffPost Maghreb

Close
Les femmes berbères au Maroc
sur
Partager
Tweeter
PUBLICITÉ
Partager
fermer
Image affichée

Suggérer une correction