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Turquie: après le putsch, la purge s'étend à l'étranger

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GNRAL TURC
Le général turc Mehmet Cahit Bakir entre le commandant américain John McMullen et le général français Philippe Lavigne, lors d'une cérémonie de remise de drapeau le 31 décembre 2014 à Kaboul | AFP
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Des hauts gradés turcs servant pour l'Otan en Afghanistan ont été arrêtés mardi à Dubaï, le "grand ménage" déclenché en Turquie dans les heures ayant suivi le coup d'Etat du 15 juillet s'étendant pour la première fois à l'étranger.

Les deux généraux étaient en route pour la Turquie où ils devaient être interrogés, de même qu'une journaliste très connue, arrêtée en matinée lors d'un contrôle routier dans l'ouest du pays et qui doit comparaître à Istanbul pour savoir si sa garde à vue sera confirmée.

La chasse aux sorcières lancée par le président turc, Recep Tayyip Erdogan, contre le "virus" de la rébellion qu'il a imputée au prédicateur exilé aux Etats-Unis Fethullah Gülen provoque de vives inquiétudes à l'étranger et en Turquie.

Plus de 13.000 Turcs ont été mis en garde à vue après le putsch manqué qui a pris le régime totalement par surprise et fait 270 morts.

Le général Mehmet Cahit Bakir, commandant des forces turques en Afghanistan -quelque 500 hommes- et le général de brigade Sener Topuc ont été arrêtés à l'aéroport de Dubaï, a annoncé un responsable à l'AFP sous couvert de l'anonymat.

Ces arrestations sont le fruit d'une coopération entre les services de renseignement turcs et les Emirats arabes unis, a rapporté l'agence de presse progouvernementale Anadolu.

"Ils étaient transférés en Turquie ce matin", a ajouté Anadolu au sujet des deux généraux qui occupaient des postes élevés, selon le site de l'Otan, dans la mission "Soutien résolu" visant à entraîner et conseiller les forces de sécurité afghanes.

Anadolu a également annoncé que l'ancien gouverneur d'Istanbul Huseyin Avni Mutlu avait été placé en garde à vue dans le cadre de l'enquête tentaculaire sur le coup d'Etat.

Figure de premier plan du monde des médias en Turquie, Nazli Ilicak a été elle aussi placée mardi en garde à vue. Elle fait partie des 42 journalistes contre lesquels la justice avait émis des mandats d'arrêt lundi.

Huit d'entre eux ont déjà été placé en garde à vue dont, outre Mme Ilicak, l'ancienne journaliste du quotidien autrefois guleniste Zaman, Mme Hanim Büsra Erdal, selon Anadolu.

D'autres figures connues des médias sont visées par ces mandats dont le commentateur Bulent Mumay et le rédacteur en chef de Fox TV en Turquie, Ercan Gun.

"C'est attristant et inacceptable", a déclaré à l'AFP Turgay Olcayto, président de l'Association des journalistes turcs.

Mme Ilicak a été arrêtée lors d'un contrôle routier près de la station balnéaire de Bodrum.

Elle avait été licenciée du quotidien progouvernemental Sabah en 2013 après avoir critiqué des ministres empêtrés dans un scandale de corruption. A l'époque, le gouvernement avait accusé Gülen d'avoir orchestré ce scandale.

Mme Ilicak a également été députée au Parlement turc entre 1999 et 2001 pour le Parti de la Vertu, précurseur de l'AKP (islamo-conservateur) du président Erdogan.

"Petit changement constitutionnel"

Parallèlement à cette offensive contre les médias et l'armée, Recep Tayyip Erdogan a eu lundi, dans un rare geste d'unité politique, un entretien avec des responsables de l'opposition à l'issue duquel son Premier ministre a annoncé que "les principaux partis (étaient) prêts à commencer à travailler à une nouvelle Constitution".

Il y aura d'abord "un petit changement" constitutionnel. "Le travail est en cours", a dit sans précisions Binali Yildirim après la rencontre entre le président et le dirigeant du Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), Kemal Kiliçdaroglu, et celui du Parti de l'action nationaliste (MHP, droite), Devlet Bahceli.

La Constitution a été élaborée après le coup d'Etat de 1980, et le gouvernement appelle à sa révision, afin d'instaurer le système présidentiel dont rêve M. Erdogan pour renforcer encore son pouvoir.

Le président, qui domine la scène politique turque depuis 2003, concentre entre ses mains un pouvoir inédit depuis l'avènement de la république turque il y a près d'un siècle.

Par ailleurs, soldant une brouille avec Moscou, M. Erdogan se rendra le 9 août en Russie où le président Vladimir Poutine devrait lui épargner les critiques qui pleuvent de l'Occident sur sa gestion jugée brutale de l'après-coup d'Etat.

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