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JO de 1984: Nawal El Moutawakel en or pour la postérité (VIDÉO)

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JEUX OLYMPIQUES - Août 1984, Jeux olympiques de Los Angeles. Des dizaines de milliers de personnes sont réunies sous un soleil de plomb dans le stade du Coliseum pour assister aux compétitions d'athlétisme. Sur la piste, huit femmes s'apprêtent à se lancer dans la finale du 400 mètres haies féminin. Parmi elle se trouve la Casablancaise Nawal El Moutawakel, seule sportive marocaine à participer à ces olympiades.

A travers cette course, la jeune femme de 22 ans a l'occasion de marquer l'histoire des JO de la plus belle façon. Les Jeux Olympiques de 1984 sont en effet les premiers de l'histoire à comprendre le 400 mètres haies féminin, mais elle pourrait surtout être la première athlète arabe, africaine et de confession musulmane à décrocher l'or olympique.

Au début de la compétition, Nawal El Moutawakel fait figure d'outsider. Si elle a déjà fait ses preuves dans le passé en gagnant par deux fois les championnats d'Afrique sur la même distance, ainsi que lors des jeux méditerranéens de 1983, ses résultats n'avaient cependant pas été aussi bons lorsqu'elle avait été confrontée à la fine fleur de l'athlétisme lors des mondiaux d'Helsinki en 1983, où elle avait été éliminée en demie-finale.

De plus, elle doit faire face à de sérieuses prétendantes au titre comme la Romaine Cristieana Cojocaru qui enchaîne les bonnes performances depuis le début de la saison ou encore l'Américaine Judi Brown, championne en titre des jeux panaméricains. Elle va devoir redoubler d'efforts pour briller dans ces jeux qui sont très largement dominés par les athlètes américaines.

Nawal El Moutawakel n'est pas en terrain inconnu puisque cela fait quelques mois qu'elle vit au pays de l'oncle Sam. Après ses bonnes performances en 1983, l'université d'État de l'Iowa lui propose une bourse. Une possibilité qui a rendu nerveux son père, mais qui a finalement accepté de laisser partir sa fille face à cette opportunité unique. Mais quelques jours après le départ de Nawal El Moutawakel pour les États-Unis, ce dernier décède dans un accident de voiture.

"Je rêvais que je sautais une haie et que je tombais dans un trou"

C'est donc aux États-Unis que la jeune marocaine s'entraîne en vue des Jeux Olympiques de 1984. Un entraînement qui se déroule dans de meilleures conditions qu'au Maroc, en raison de la qualité des installations disponibles à l'université de l'Iowa. Avant la finale, l'athlète se repasse en boucle ses courses ainsi que celles de ses concurrentes. Une façon de faire le point sur les forces et les faiblesses des coureuses qui s'affronteront dans l'épreuve, elle la première.

Mais son entourage croit en elle. Ses coachs sont confiants sur ses chances de victoire. Face à un tel poids, la pression se fait forcément ressentir: "J'avais peur de tomber, de ne pas gagner. J'ai passé une nuit entière à rêver où je me voyais passer une haie pour tomber dans un trou", explique-t-elle. "Mais je me disais que cela ne pouvait pas arriver, je devais quitter ce pays avec une grande fierté".

Pour cette finale, Nawal El Moutawakel occupe la ligne 3. Une position stratégique qui lui permettra de surveiller pendant la course la position de ses concurrentes. Lorsque les huit coureuses se placent sur les starting block, peu de spectateurs seraient prêts à parier sur sa victoire. La concentration est à son comble, et la pression se fait sentir dans tout le Coliseum. Un peu trop peut-être puisqu'une des finalistes effectue un faux-départ. Il faut désormais se remettre dans la course et retourner au point de départ.

Nawel part comme un boulet de canon. La Marocaine est clairement la plus rapide de la course mais cette supériorité devient évidente à la sortie du dernier virage. Elle est largement en avance sur les autres athlètes: "Je me suis demandé où était les autres et pourquoi j'étais la seule à courir. J'ai regardé des deux côtés pour m'assurer qu'elles étaient là. J'ai ralenti, car elles étaient toutes mes amies et je ne voulais pas les laisser derrière" raconte-t-elle. La voici championne olympique. Elle se rend auprès de la délégation marocaine, s'empare du drapeau du royaume et se lance dans un tour d'honneur.

Au Maroc, il est une heure du matin. Et pourtant, de nombreux Marocains ont les yeux rivés sur leur écran pour assister au sacre de leur championne. Une fois la fièvre de la victoire passée, on l'amène dans une petite pièce pour lui dire que le roi Hassan II souhaite lui parler au téléphone: "Je suis très fier de toi. Cette victoire nous a tous rendus heureux", lui confie-t-il. Afin d'insister sur le succès de l'athlète, le roi décide que toutes les filles nées le jour de son exploit devront s'appeler Nawal.

Lorsqu'elle retourne à Casablanca en compagnie de Saïd Aouita, également médaillé olympique sur 5.000 mètres, la foule qui les accueille est importante. Ils ont tous les deux offert au Maroc les premières médailles d'or olympiques de son histoire. Mais la performance de Nawal El Moutawakel a une répercussion encore plus importante. En régnant sur Los Angeles, elle a prouvé à toute une génération d'athlètes musulmanes qu'elles pouvaient espérer atteindre le haut niveau et briller dans la plus prestigieuse des compétitions sportives.

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