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Rencontre avec Moncef Mtir: À la découverte de l'art artisanal de la darbouka

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DARBOUKA
Ines Oueslati
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Lorsque Moncef Mtir parle de la darbouka, il a le regard qui pétille et le sourire au coin des lèvres. Parce que l’homme de 76 ans n’est pas un simple amoureux de percussion mais un passionné qui en a fait son métier.

darbouka

Profession: fabriquant de darbouka

Une silhouette maigre penchée sur l’ouvrage en cours et une mine concentrée sur les petites finitions, c’est au détour d’une ruelle dans un quartier populaire de Nabeul que travaille Moncef Mtir, dans ce temple de la darbouka. L’instrument né en 1100 av. J.-C. vit encore dans cette boutique sans vitrine, il y est ressuscité toutes les 10 minutes entre les mains de ce Tunisien. Car, des darbouka, Moncef en produit des dizaines par jour avec une dextérité spectaculaire.

L’homme discret pratique sa profession-passion depuis l’âge de 10 ans. Au HuffPost Tunisie il explique que c’est en voyant son père travailler qu’il a appris ce savoir-faire et a perpétué, après quelques expériences à la capitale, l’œuvre paternelle.

66 ans d’expérience

Moncef Mtir prend place à même le sol, dès le matin, sur le pas de la porte de son atelier-boutique mitoyen à son domicile. Sa femme Zohra, il l’a à portée de voix pour l’appeler à l’aider ou lui demander d’offrir une boisson fraiche à ses hôtes. Et ils sont rares les curieux qui s’arrêtent pour regarder ou apostropher cet artiste.

darbouka

Pourtant ses gestes répétitifs exercés quasi machinalement ont fait de l’art une routine. Moncef Mtir colle, coud, caresse ses instruments de musique qui iront "faire la fête" jusque dans des villes lointaines. "On vient me voir de Sousse, de Bizerte, du sud… Des commerçants me connaissent et viennent acheter chez moi des darbouka qu’ils revendront ailleurs."

Un maillon d’une chaine

C’est chez des potiers spécialisés que l’instrument est acheté à l’état brut, il est ensuite teinté de couleurs en peinture, avant de poursuivre son parcours. Est collée, au dessus de l’ouvrage en terre, une pièce en peau naturelle découpée, cernée de coutures chez des couturières de quartier puis cousue à la main et séchée à l’air libre.

"Les pièces de cuir me parviennent de la région du Sahel, je les achète auprès d’artisanes qui les dépècent, les sèchent et les revendent. Je les laisse tremper et les travaille, une fois découpées en morceaux ronds servant à couvrir mes ouvrages de poteries", explique Moncef Mtir.

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Cinq passages donc, cinq métiers pour un produit final lui rapportant un gain allant entre "400 et 500 millimes par pièce". Autant à ses acolytes de parcours, probablement. Un métier qui rapporte peu mais que Moncef Mtir continue d’exercer presque sans réfléchir, un peu comme un rituel que l’on a fait trop longtemps pour le penser et que le temps sublime.

"Mes fils ont pris d’autres voix et les jeunes du quartier sont attirés par d’autres mondes", confie au HuffPost Tunisie, Moncef Mtir, le regard tourné vers l’avenir d’un métier qui risque de faire partie du passé…

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