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Il y a 15 ans, Marrakech accueillait la COP7

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ENVIRONNEMENT - La COP 22 ne sera pas la première Conférence sur le climat qu'accueillera le Maroc. Du 29 octobre au 9 novembre 2001, la ville ocre avait accueilli la septième COP, qui contribuera de manière significative à l'avancement de la concrétisation de l'accord de Kyoto. L'événement est néanmoins passé sous les radars à l'époque, les regards du monde étant braqués sur la guerre contre le terrorisme lancée suite aux attentats du 11 septembre 2001.

Le coup d'envoi, qui a été donné au Palais des congrès de Marrakech par le président de la sixième édition de la Conférence sur le climat Jan Pronk, ex-ministre du Logement des Pays-bas, a été suivi de l'élection du président de la COP7. Ce sera Mohamed Elyazghi, ministre chargé de l'Aménagement du territoire, de l'environnement, de l'urbanisme et de l'habitat, qui a été élu par acclamation.

Abdelaziz Saâdi, président du Conseil régional de Marrakech, a par la suite présenté les voeux du roi Mohammed VI pour le succès de la Conférence, et
a noté que la septième session de la COP "offre une occasion historique, compte tenu de la nature scientifique et politique des questions examinées", d'atteindre "des progrès significatifs dans la lutte contre le changement climatique", selon M. Saâdi. Ce dernier a aussi abordé les effets du réchauffement climatique sur le Maroc, qui se manifestent avec "la sécheresse, la désertification, le rétrécissement de la superficie des terres arables". Ces phénomènes "ont eu des effets négatifs sur l'économie et ont favorisé l'exode rural et l'augmentation du chômage", a-t-il déclaré.

Après une allocution du maire de Marrakech Omar Jazouli, le secrétaire exécutif de la COP Michael Zammit Cutajar a, de son côté, assuré le nouveau président de
son soutien, et a rendu un hommage au président sortant, Jan Pronk, tout en soulignant qu'il incombe à toutes les parties prenantes de maintenir la dynamique enclenchée à Bonn (où s'est tenue la COP6-bis) et à la transformer en décisions importantes qui garantiraient la mise en œuvre du Protocole de Kyoto.

Une COP et des enjeux

La COP7 devait être le point de départ pour une ratification large du protocole de Kyoto, afin de baliser le terrain à son entrée en vigueur avant la Conférence de Johannesburg, en 2002. Lors de la signature du protocole de Kyoto en 1997, les pays de l'Annexe I se sont engagées à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 5,2 % dans la période 2008-2012, par rapport au niveau d'émission de 1990. L’Union européenne, à l'époque composée de 15 pays s’est, elle, engagée à réduire ses émissions de 8%.

En novembre 1998, les participants se sont accordés, lors de la COP4 qui s'est tenue à Buenos Aires, sur un ensemble de décisions connu sous le nom du Plan d’action de Buenos Aires. Ce plan d'action fixe un calendrier de travail et précise les règles de mise en oeuvre du Protocole de Kyoto (système d'observance, échanges de crédits d'émission, développement propre, etc.).

En novembre 2000 se tiendra la COP6 à La Haye, aux Pays-bas. Les discussions sur la mise en oeuvre du Plan d'action de Buenos Aires tourneront court, et les travaux seront suspendus après deux semaines de négociation sans parvenir à un accord pour rendre le protocole de Kyoto opérationnel. Les négociations de cette COP ont buté sur deux problèmes majeurs: celui de la mise en oeuvre d'un Mécanisme de développement propre (MDP: marché international des émissions), et celui de la prise en compte des "puits de carbone" (les forêts, les sols, les océans et l’atmosphère en tant que réservoirs de carbone) dans la comptabilisation des efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre, ce que certains pays, comme les Etats-unis, demandaient. L'Europe des quinze, elle, y voyait une volonté des Etats-unis de ne pas tenir ses engagements pris à Kyoto. Rendez-vous sera donc pris à la COP6-bis, afin de régler les points conflictuels.

Bush, fossoyeur de Kyoto

Entre temps, un événement politique allait chambouler l'agenda des négociateurs de la COP: l'élection de George W. Bush. Le nouveau président américain n'a jamais fait secret de son rejet du Protocole de Kyoto, qu'il juge "inefficace, inadapté et injuste envers l'Amérique". Bush a donc décidé de ne pas signer le Protocole, ni le soumettre à ratification, s'attirant ainsi des réactions vives de la part d'un certain nombre de Chefs d'Etat: une décision "inacceptable" pour Jacques Chirac, "extrêmement grave" selon la Grande-Bretagne, "préoccupante" pour le Japon.

Les Etats-unis ont donc participé à la COP6-bis, qui s'est tenue à Bonn, en Allemagne, en juillet 2001, en tant qu'observateurs. Durant cette COP, la communauté internationale a fixé des modalités de mise en œuvre du Protocole de Kyoto. Les points phares de l'accord de Bonn sont la création de fonds pour les pays en voie de développement, la mise en place d'un mécanisme de surveillance et de respect des engagements de Kyoto, ainsi que la a prise en compte de puits de carbone.

Les participants à la COP6-bis se sont aussi accordés sur la mise en œuvre du Plan d'action de Buenos Aires, qu’il fallait traduire en termes juridiques lors de la COP7 qui allait se tenir quelques mois plus tard à Marrakech.

Un succès en demi-teinte

Certains point ont fait l'objet de négociations accrues lors de la COP7. Premièrement, la demande russe d'un doublement de son forfait de puits accordé lors de la Conférence de Bonn. Puis l'obligation qu'ont les pays de communiquer des inventaires précis de leurs émissions, notamment des puits de carbone, ainsi que la nécessité de participer aux marchés de crédit d'émission. "Les pourparlers ont duré longtemps. La cérémonie de clôture devait avoir lieu vendredi soir. Mais le compromis n'a été trouvé que la samedi matin", écrivait l'Economiste, dans un article paru au lendemain de la clôture de la COP7. "Mohammed El Yazghi, ministre de l'Aménagement du territoire et également président de la COP7, a dû intervenir jeudi soir pour prévenir les participants que le Conférence ne sera pas prolongée. 'Si un accord n'est pas conclu à temps, la COP 7 sera considérée comme une échec', a-t-il dit en substance", poursuit l'article.

En plus de la Russie, d'autres pays ont souhaité renégocier en leur faveur les acquis de la COP6-bis. Ainsi, l'Australie, le Canada, le Japon et la Nouvelle Zélande ont clairement contesté certains points de l'accord de Bonn.

Si la COP7 s'est achevée sans que l'objectif principal, à savoir la ratification du Protocole de Kyoto, ne soit atteint, elle eut néanmoins un apport. "Les principaux enjeux des négociations de la COP7 étaient de permettre l’entrée en vigueur du protocole de Kyoto malgré le retrait en mars 2001 des Etats-unis, de ne pas renégocier l’accord de Bonn comme étaient suspectés de vouloir le faire la Russie, le Canada, le Japon et l’Australie et d’établir un système contraignant. L'accord conclu à Marrakech finalise donc le plan d' Action de Buenos Aires établi en 1998 en résolvant plusieurs problèmes techniques sensibles. La plupart des pays industrialisés, excepté les Etats-Unis, sont maintenant prêts à ratifier le protocole de Kyoto", écrit le chercheur Benoit Lussis dans un article consacré à la COP de Marrakech. De plus, la COP7 a permis la mise en place première institution du Protocole de Kyoto: le conseil exécutif du Mécanisme de développement propre du protocole de Kyoto (MDP), qui permet à un pays industrialisé de financer des projets permettant de réduire dans un pays du Sud ses émissions de gaz à effet de serre. En contrepartie, l’investisseur obtient des crédits d’émissions.

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