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Tunisie: Un écart "grandissant" entre le SMIG et le transfert monétaire public aux familles nécessiteuses selon une étude

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POVERTY TUNISIA
Zohra Bensemra / Reuters
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L’enquête d’évaluation de la performance des programmes d’assistance sociale en Tunisie, menée par le CRES, Centre de Recherches et des Etudes Sociales, avec l’appui de la BAD, Banque Africaine de Développement, a été présentée vendredi 22 juillet, dans le cadre d’un séminaire à l’hôtel Sheraton à Tunis.

C’est la première fois qu’une étude du genre a été menée en Tunisie et la deuxième fois dans la région MENA. Elle vise essentiellement à optimiser le ciblage des pauvres et freiner l’avancée de l’informalité.

Le ministre des Affaires Sociales, Mahmoud Ben Romdhane, attendu jusqu’à 9h30, s’est finalement excusé de ne pouvoir être présent au séminaire.

L’ouverture du séminaire s’est donc faite par une allocution de Yamina Mathlouthi, directrice du CRES qui a déclaré que "les recherches du CRES sont fondamentalement appliquées à la réalité politico-économique de la Tunisie" avant d’ajouter "nos recherches ne sont pas des caprices de chercheurs".

"Depuis 2006, 1,6 million de Tunisiens étaient classés comme étant pauvres, aujourd’hui, 5 ans après la révolution, les disparités sociales demeurent et c’est un réel défi pour le gouvernement" a déclaré Thouraya Triki, directrice de la BAD.

L’étude a révélé l’existence d’un écart "grandissant" entre le SMIG et le transfert monétaire public destiné au programme national d’aide aux familles nécessiteuses (PNAFN) qui a basculé de 7% en 1987 à 22% en 2010 puis porté à hauteur de 45% en 2015.

Comment a-t-elle été réalisée?

La première partie de l’étude s’est focalisée sur l’évaluation de la performance des deux programmes PNAFN et plusieurs sources d’informations dont principalement les résultats d’une enquête menée auprès des ménages bénéficiaires.

La deuxième partie a examiné les déterminants des comportements informels susceptibles d’être détectés auprès de deux groupes de populations de travailleurs.

Menée auprès d’un échantillon de 5000 ménages bénéficiaires du PNAFN et du programme d’accès aux soins à tarifs réduits (AMGII), l'enquête a permis de mettre en évidence l’existence d’erreurs de ciblage, dans la mesure où 27% des bénéficiaires dépassent le seuil de pauvreté.

"Aujourd’hui, le CRES a organisé un workshop sur cette évaluation et vise à présenter des chiffres et des données au ministère des Affaires sociales dans le but d’élaborer des programmes et des politiques appuyés sur des statistiques concrètes" a déclaré Nidhal Ben Cheikh, directeur de recherche au CRES.

Objectifs de l’étude

Selon Nidhal Ben Cheikh, l’intérêt de cette étude est de rationnaliser les dépenses publiques et améliorer leur efficacité afin de combler le déficit budgétaire et faire face à l’endettement, "la Tunisie consacre annuellement 18% de son Produit Intérieur Brut (PIB) aux transferts sociaux" a-t-il souligné.

Principaux résultats de l’étude

Le transfert monétaire du PNAFN rapporté au SMIG a rapidement augmenté de 7% en 1987, à 22% en 2012 et puis porté à hauteur de 45% en 2015. Cet écart grandissant appelle à porter une attention plus particulière en relation avec l’incitation à l’emploi et aux procédures de sélection des bénéficiaires.

Environ 27% des bénéficiaires des programmes ne devraient pas en profiter (erreurs d’inclusion). Les résultats de l’analyse montrent qu’il est possible de réduire de moitié ces erreurs de ciblage moyennant l’amélioration des procédures de sélection des bénéficiaires.

Il existe selon l'étude, la persistance d’une proportion des populations pauvres en dehors des programmes.

Une proportion significative des populations bénéficiant des programmes d’assistance sociale apparaît comme détenant des capacités contributives les rendant éligibles à la sécurité sociale (CNSS). De ce fait, ces programmes exercent des effets distinctifs vis-à-vis des assurances sociales et favorisent l’extension de l’informalité indique la CRES.

Quelles perspectives pour cette étude?

Interrogée par le HuffPost Tunisie sur la possibilité que cette étude débouche sur une loi de lutte contre la pauvreté, Yamina Mathlouthi explique: "Nous sommes un centre qui assure la production intellectuelle en vue d’éclairer le décideur public, nous ne sommes pas prétentieux, nous tentons de nourrir avec le maximum d’indicateurs et de recherches fondamentales le décideur, c’est à lui de produire et de légiférer cela".

Elle a en outre fait remarquer que la collaboration entre le CRES et le ministère des Affaires sociales ne va pas s’arrêter là, le CRES étant "une sorte de think thank du ministère", un suivi de l’étude s’effectuera, pour la réalisation de programmes politiques de lutte contre la pauvreté..

Une étude pas à l’abri de critiques

A la fin du séminaire, quelques critiques ont été adressées à l’étude par quelques intervenants présents.

Quelques uns ont reproché à l’étude le manque de recommandations qui devraient aller "plus en profondeur".

Le manque de clarté de l’étude a notamment été pointé du doigt. La directrice Yamina Mathlouthi a justifié cela par le temps assez court de l’étude.

Le problème de ciblage a été vivement critiqué par les universitaires et chercheurs présents. Ces derniers ont recommandé de mettre en place un meilleur système de ciblage.

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