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A la médina de Rabat, les commerçants s'adaptent petit à petit à l'ère "zéro mika"

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ENVIRONNEMENT - Trois semaines après l’entrée en vigueur de la loi n°77-15 interdisant les sacs plastique, les effets de la politique “zéro mika” se font déjà ressentir sur l’environnement, surtout dans les zones très commerciales. Faire un tour à la médina de Rabat permet de constater que les rues sont plus propres, ou en tout cas moins encombrées par des sacs plastique échoués sur le sol.

"J’ai l’impression que mon environnement de travail est plus propre. Nous sommes moins dérangés par des sacs", se réjouit Ahmed, la vingtaine, qui tient un stand de pyjamas pour femmes à l’entrée de la médina de la Capitale, en face de l’immeuble Saâda, véritable repère de la ville nouvelle. Pour lui, les clientes s’adaptent petit à petit. “La marchandise que je vends est déjà facile à transporter. Elles mettent généralement leurs pyjamas dans leurs sacs sans problème”, nous explique-t-il.

Même son de cloche chez Hassan, un commerçant de maroquinerie quarantenaire, qui estime que “les rues de la Médina sont moins pollués”. Concernant son activité, le commerçant n’a ressenti aucun changement. “A la base, j’offrais des sacs plastique que très rarement. Je vends principalement des valises et des sacs à main qui tiennent difficilement dans des sacs plastiques”, note-t-il.

Idem au marché central où les lieux sont plus propres, pour le grand bonheur de ses commerçants. “Avant, nous emballions la pâte dans du papier, nous sommes donc juste revenus à nos vieilles habitudes, et c’est tant mieux”, nous glisse une vendeuse de feuilles de pastille, tout sourire, tout en préparant des centaines de feuilles qui s’écouleront dans la journée. Pour elle, “le marché est devenu plus propre et les clients prennent petit à petit l’habitude”. Une bonne nouvelle donc pour cette femme d’une cinquantaine d’années qui ne retient que du positif de l’interdiction des sacs plastique.

Des commerçants peu informés sur les alternatives...

Mais tout le monde ne partage pas son avis. Car si son activité n’a pas été touchée par la politique “zéro mika”, ce n’est pas le cas d'autres commerçants. A une dizaine de mètres d’elle, une vendeuse de légumes ne manque pas de se plaindre. “Cette interdiction m’a causé beaucoup de problèmes. Je vends essentiellement des laitues, des épinards et des poireaux, des marchandises connues pour être humides à la livraison. J’ai essayé avec le papier, mais ça se déchire vite à cause de l’eau. J’ai été contrainte à ne plus vendre d’épinards en attendant de trouver une solution”, déplore-t-elle. Pour compenser le manque à gagner, Aicha vend des sacs en tissu réutilisables à 7 dirhams l’unité.

medina rabat

Idem chez son voisin, marchand de fromage, qui trouve toujours de difficultés à emballer ses produits. “Le fromage blanc contient de l’eau, impossible donc de l’emballer dans du papier, nous explique-t-il. Je suis encore contraint à utiliser des sacs plastique en attendant de trouver une solution.”

C’est chez les poissonniers que le changement peine le plus à s’installer. Si certains proposent sans complexe des sacs plastique à leurs clients, qui n’y voient aucun inconvénient, d’autres ont franchi le pas, mais se plaignent du prix trop élevé des nouveaux emballages. “Chaque barquette me coûte environ 70 centimes, avec la papier alimentaire ça me fait presque un dirham par client. C’est un prix 20 fois plus cher que les sacs plastique que l’on utilisait avant”, se plaint un poissonnier du marché central qui avoue utiliser encore occasionnellement des sacs plastique. “Même le prix du sac a flambé. Avant, on les achetait à 24 dirhams le kilo, leur prix est passé à 50 dirhams, mais ça reste tout de même moins cher que d’utiliser des barquettes.”

... D'autres attendent que l’on vienne vers eux

Retour à la médina où un marchand de menthe et d’herbes aromatiques s’est déjà approvisionné en sacs en papier. “Ce n’était pas très compliqué de les trouver. Je me suis renseigné bien avant l’interdiction pour ne pas avoir de problèmes avec mes clients”, nous explique-t-il. Alors que ce commerçant connu de la médina a dû trouver de lui-même une alternative, plusieurs attendent que l’on vienne vers eux.

C’est le cas notamment d’un jeune gérant d’une boutique de vêtements. “Ils sont passés pour contrôler nos boutiques, voir si l’on avait des sacs plastique, mais personne ne nous a renseignés sur les alternatives, et on ne nous a pas fourni d’aide financière pour acheter les emballages autorisés, qui sont plus coûteux”, s’emporte-t-il. Le commerçant dit même ressentir de la honte vis-à-vis de ses clientes qui réclament toujours des sacs plastique pour emporter leurs achats.

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