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Mohamed L'Marrakchi, 72 ans, photographe de la Semaine du cheval depuis 32 ans (PORTRAIT)

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LAKOUAS
Mohammed L’Marrakchi, 72 ans, photographe de la Semaine du cheval depuis 32 ans | Tazi Amine
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PORTRAIT - En cette journée ensoleillée, dans le complexe équestre Dar Essalam à Rabat, les équipes s’activent pour peaufiner les derniers préparatifs de la 32e Semaine du cheval (18 au 24 juillet). Parmi eux, un homme d’un certain âge, qui porte un éternel béret vissé sur la tête, fait du repérage, l’air concentré, armé d’un appareil photo. Cet homme fait partie des travailleurs de l’ombre de ce grand rendez-vous, devenu au fil des années, l’évènement incontournable des amoureux du cheval.

Mohamed Lakouas, 72 ans, dit "L’Marrakchi", est tout aussi emblématique. Photographe officiel de la Fédération royale marocaine des sports équestres (FRMSE) depuis 2011, ce personnage a commencé bien avant à sillonner les compétitions hippiques du Maroc. Et depuis 32 ans, il est le photographe d'"Ousboue Al Farass". Pour en arriver là, il a fait du chemin. Il raconte.

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Mars 1979

"Avant, j’étais fonctionnaire agent technique à l’Institut national des postes et télécommunications, situé devant l'Institut agronomique de Rabat. À l’époque, je suivais des cours de photographie par correspondance à l’Eurelec (Ndlr: première école au Maroc spécialisée dans l'enseignement de l'électronique et l'informatique de gestion). Un jour, il y avait un concours de sauts d'obstacles au club équestre El Harka, à l'intérieur de l'Institut agronomique. Je me suis dit que j’allais y assister et prendre quelques photos pour mon cours de pratique. Ça a bien marché et par chance, la semaine d’après, j'ai entendu à la radio qu’une semaine du cheval allait être organisée à Dar Essalam, à Rabat. C’était en mars 1979", se rappelle-t-il.

"Je suis donc parti avec les photos que j'avais prises avant à El Harka et j'ai commencé à chercher les cavaliers que j’avais photographiés. Une fois trouvés, je leur ai donné leurs photos gratuitement. Je voulais seulement entendre un petit merci, faire leur connaissance et avoir des observations et commentaires sur mes prises de vues. C’est là que j’ai commencé à aimer les chevaux. Il y avait même des cavaliers riches qui m’ont donné de l'argent, juste parce qu'ils avaient aimé le rendu final".

Coup de chance

"Le photographe qui travaillait sur ces concours, un Français, a quitté le Maroc. J'ai saisi l'occasion et j’ai suivi ces cavaliers dans tout le royaume", poursuit-il.

Mohamed Lakouas n’en oublie pas moins ses premiers soutiens dans le métier, comme le capitaine Amer de la Garde royale, "un homme très serviable et très gentil". "Il me donnait des conseils et me disais comment je devais prendre les photos. Il donnait des ordres aux militaires pour me préparer un lit de camp sous leurs tente et me donner à manger. J’étais nourri, logé et je faisais même le voyage gratuitement avec Chafik Benkhraba, un homme sympathique qui m'emmenait avec lui de temps à autre dans sa petite Fiat 127 Sport. Il m’a rendu lui aussi beaucoup de services. Il me prêtait de l'argent et payait mes repas".

Idem pour l'adjudant Ba Bousaada un "vieux cavalier cascadeur" de l’époque. "Il montait une jument qui s'appelait Tombola. Chaque vendredi, il venait me montrer où dormir et avec qui manger. Chef Salah, paix à son âme, lui aussi faisait la même chose".

"Comme je suis un vrai Marrakchi, je racontais souvent des blagues qui faisaient rire les cavaliers. Petit à petit, je m’appliquais pour prendre de belles photos. J’ai même demandé un crédit à un ami haut fonctionnaire de l'Office des changes pour un appareil Olympus. Mes photos ont commencé à circuler. J’avais 15 bobines de 36 poses par week-end. L'argent commençait aussi à faire connaissance avec mes poches", s'amuse-t-il.

L’appel de la princesse

C’est une intervention de la princesse Lalla Amina, petite sœur de Hassan II, décédée le 16 août 2012 à l’âge de 58 ans, qui donnera un véritable coup de pouce à sa carrière. Selon "L’Marrakchi", Ahmed Touil et Ahmed Derghal, deux cavaliers qui montaient les chevaux de la princesse, y sont également pour quelque chose.

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"À chaque fois que je leur donnais de belles photos, ils n’hésitaient pas à les montrer à la princesse. Elle a voulu savoir qui était le photographe derrière ces clichés. Elle a donc demandé que je prenne des photos de ses chevaux. Orion, Chafi Saada, Querjak, Rebecca et d'autres. Elle m’a demandé de les développer dans l’après-midi pour qu’elle en choisisse quelques unes pour les agrandir et les accrocher au mur. Très satisfaite du résultat, elle en a choisi presque une trentaine que j'avais fais agrandir".

Son travail ne tarde pas à être récompensé. Le ramadan qui a suivi était "le meilleur" de toute sa vie. "La princesse m'avait donné une enveloppe que j'avais refusé d'accepter. Je me disais "hchouma" ("ça ne se fait pas"). Mais elle a insisté pour que j’accepte l'enveloppe où il y avait 15.000 dirhams, pour un travail de 2.000 dirhams. Je n'avais jamais reçu une somme pareille. Je suis reparti très content à la maison. Aïd Al Fitr de cette année-là était le meilleur pour moi, ma femme et mes enfants".

Guadalupe

"La Semaine du cheval était programmée chaque mois de mars et pendant les vacances scolaires. Chaque année, la princesse ajoutait de nouveaux barèmes, comme les sauts en hauteur, un mur, les saut en longueur, une rivière, des spectacles de cavaliers en tenues de guerriers romains, des clowns...", se souvient-il.

Aussi, "la princesse aimait toujours être entourée par ses meilleurs amis et ses invités de marque, des stars marocaines, égyptiennes, hollywoodiennes comme Franco Nero, Alain Delon, Giuliano Gemma, des chanteurs et acteurs nationaux et internationaux, comme Farid Chawqui, Nour Cherif, Poussi, Adel Imam et son équipe et surtout Guadalupe". Pour ceux qui ne reconnaîtront pas cette dernière, Adela Noriega de son vrai nom, elle interprétait le personnage principal d’une télénovela hispano-américaine, qui avait rencontré beaucoup de succès après sa diffusion au Maroc dans les années 90.

Selon lui, l’édition qui a vu la présence de l’actrice mexicaine a connu une grande affluence. "C'était la Semaine du cheval où l'on a reçu beaucoup de monde. On a failli avoir des morts à cause du public qui a envahi Dar Essalam, venus des quatre coins du royaume. Pour faire sortir cette dame du complexe et l’escorter jusqu’à son hôtel, il a fallu lui enfiler une djellaba pour que les gens qui l’attendaient à la sortie ne la reconnaissent pas. Mes enfants voulaient une photo souvenir avec elle. Je lui ai demandé, elle m'a dit de les emmener à l'hôtel pour prendre des photos dans sa chambre. C’était un grand honneur pour moi et une grande joie pour mes enfants".

Aujourd’hui, si Mohamed Lakouas regrette quelques chose, c’est de ne pas avoir pratiqué le cross et le polo, deux disciplines qu’il aimait beaucoup.

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