Huffpost Algeria mg

Turquie: le pouvoir intensifie les purges après le putsch manqué

Publication: Mis à jour:
TURKEY
ISTANBUL, TURKEY - JULY 19: Turkish President Recep Tayyip Erdogan addresses the crowd who gathered in front of his residence in Kisikli to protest against Parallel State/Gulenist Terrorist Organization's failed military coup attempt in Istanbul, Turkey on July 19, 2016. (Photo by Turkish Presidency/Murat Cetinmuhurdar/Anadolu Agency/Getty Images) | Anadolu Agency via Getty Images
Imprimer

Le pouvoir turc a encore intensifié lundi les purges après le putsch manqué contre le président Erdogan, limogeant des milliers de policiers, mais il a aussi promis de respecter le droit pour rassurer des partenaires étrangers inquiets d'une dérive répressive.

Un total de 7.543 militaires et magistrats placés en garde à vue, près de 9.000 policiers, gendarmes et fonctionnaires démis: l'ampleur du coup de balai est impressionnant. Le président turc avait donné le ton en promettant d'éliminer le "virus" factieux.

Le Premier ministre turc Binali Yildirim a dénombré 6.038 militaires, 755 magistrats et 100 policiers parmi les suspects en garde à vue. La liste inclut 103 généraux et amiraux, dont deux meneurs présumés du putsch.

Parmi les militaires arrêtés se trouvent, selon un responsable turc, deux pilotes qui avaient participé au mois de novembre à une opération pour abattre un bombardier russe à la frontière syrienne. Cet épisode avait provoqué une crise aigüe entre la Turquie et la Russie.

A l'issue d'un conseil des ministres à Ankara, M. Yildirim n'a laissé planer aucune ambiguïté. Les putschistes devront "rendre des comptes pour chaque goutte de sang versée", a-t-il lancé, révisant à la hausse le bilan humain de la tentative de coup d'Etat, qui a fait au moins 308 morts dont 100 mutins.

Mais la purge se fera "dans le cadre du droit", a-t-il soutenu, en réponse à l'Union européenne et aux États-Unis, qui ont uni leurs voix lundi à Bruxelles pour sommer le régime turc de ne pas tomber dans l'arbitraire.

"Nous appelons fermement le gouvernement de Turquie à maintenir le calme et la stabilité dans le pays" et de "respecter les institutions démocratiques de la nation et l'État de droit", a déclaré le secrétaire d'État américain John Kerry, à l'issue d'une réunion avec ses homologues de l'UE.

Des experts du Conseil de l'Europe ont condamné les arrestations en masse de juges dans le pays. "Arrestations et renvois en masse de juges ne sont pas un moyen acceptable pour restaurer la démocratie", a déclaré le président de ce groupe d'experts.

L'ONU a affirmé que le respect de "droits fondamentaux" comme "la liberté d'expression" et la tenue de "procès en bonne et due forme" est crucial pour préserver la démocratie en Turquie.

L'ambassadeur de Turquie auprès des Nations-unies a réclamé le soutien de la communauté internationale. "La Turquie espère, souhaite recevoir du soutien, pas des conseils ou des critiques", a déclaré Yasar Halit Cevik à la presse.

L'UE, par la voix de sa représentante de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a signifié à la Turquie qu'un rétablissement de la peine de mort - abolie en 2004 dans le cadre des négociations d'adhésion - lui fermerait la porte du bloc européen.

Or Recep Tayyip Erdogan avait évoqué cette éventualité en s'adressant dimanche à une foule de partisans réclamant la tête des factieux. Et il a réitéré qu'il s'agissait d'une possibilité dans un entretien diffusé sur la chaîne américaine CNN lundi.

- Chasse aux 'terroristes' -

M. Yildirim a soufflé lundi le chaud et le froid, soulignant qu'en la matière il ne fallait pas se précipiter, mais que "la demande du peuple ne peut pas être ignorée".

La terminologie officielle s'est aussi durcie à l'encontre des rebelles, désormais qualifiés de "groupe terroriste" par le ministère des Affaires étrangères.

Alors que le putsch a alourdi le climat entre Ankara et Washington, la police turque a arrête lundi sept militaires à l'issue d'une perquisition sur la base aérienne d'Incirlik utilisée par la coalition antijihadiste menée par Washington, selon l'agence de presse Anadolu.

Washington a de son côté mis la Turquie au défi de lui présenter des "preuves" à l'encontre de Fethullah Gülen, passé depuis 2013 du statut d'allié à celui d'ennemi numéro un d'Erdogan, qui l'a accusé d'être l'instigateur du putsch.

M. Erdogan a prévenu sur CNN qu'il allait formellement demander l'extradition de ce prédicateur musulman, réfugié aux Etats-Unis et qui dément formellement toute implication.

M. Gülen a pour sa part assuré n'avoir "pas d’inquiétude personnellement" quant à son éventuelle extradition, rappelant que la Turquie avait déjà tenté en vain d'obtenir son extradition en 2013. Les Etats-Unis "sont un Etat de droit", a souligné l'ancien imam.

L'ambassadeur américain en Turquie, John Bass, s'est élevé contre les thèses évoquant un soutien américain au putsch, avancées par "des médias et hélas quelques personnalités".

"C'est totalement faux et de telles spéculations portent atteinte à des décennies d'amitié", a-t-il déclaré.

Après trois jours de suspension, les vols commerciaux ont repris entre la Turquie et les Etats-Unis.

Si l'activité semblait reprendre normalement dans les rues stambouliotes, quelque 1.800 membres des forces spéciales de la police y étaient déployés dans les points jugés sensibles, selon l'agence Anadolu.

Sur le plan économique, la lire turque a repris des couleurs, après une dégringolade historique dans la foulée du déclenchement du putsch.

Retrouvez les articles de HuffPost Algérie sur notre page Facebook.

Pour suivre les dernières actualités en direct, cliquez ici.