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Les professionnels de la santé protestent à Rabat contre le code de la mutualité

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Les professionnels de la santé protestent à Rabat contre le code de la mutualité | DR
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SANTÉ - Ils ont été nombreux à répondre à l’appel à manifester lancé récemment par des médecins dentaires du pays. Ce lundi, plusieurs dizaines de professionnels de la santé, tous secteurs confondus, se sont rassemblés devant le siège du Parlement à Rabat pour dire non à un texte de loi qui dérange.

Il s’agit du projet de loi 109.12 sur les mutualités, dont l'adoption par la commission des secteurs sociaux à la Chambre des représentants est prévue pour le 20 juillet. Celui-ci est au centre d'un conflit opposant d'un côté, les professionnels de la santé, et de l'autre, le ministère de l'Emploi, les mutuelles et les syndicats.

La première version du texte en question, adoptée par le gouvernement le 13 septembre 2012, ne posait pas vraiment problème. Par contre, les modifications apportées lors de son passage à la Chambre des conseillers font polémique. Et pour cause: ces amendements ouvrent la voie aux mutuelles pour qu'elles créent elles-mêmes des établissements de soins et d’hospitalisation ainsi que des pharmacies.

Pour la "dignité" de la profession

"On est là aujourd’hui parce qu’on a senti que le secteur de la médecine en général et celui de la médecine dentaire en particulier est en danger à cause d’un projet de loi qui doit être voté prochainement concernant les mutuelles. Celles-ci n’ont pas le droit de cumuler les fonctions d’assurance et de soins. Or, l'amendement apporté à cette loi leur donnerait le droit d’ouvrir des unités de soins dentaires et médicaux et même de ventes de produits pharmaceutiques", nous explique Siham Brahmi, membre du bureau de la Fédération nationale des syndicats des médecins dentistes au Maroc du secteur libéral.

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"Tous les secteurs de la santé de la profession libérale sont représentés aujourd’hui. Médecins dentistes, médecins du privé, opticiens, pharmaciens, kinésithérapeutes, orthophonistes de tout le Maroc sont là. C’est une première, c’est un signe de solidarité entre tous les secteurs de la santé. Ils sont là pour la dignité de notre profession et pour les droits des professionnels qui sont en train d’être bafoués par les mutuelles", ajoute-t-elle.

Selon elle, entre 4.000 et 5.000 personnes ont répondu à l’appel ce lundi matin. "Leur nombre pourrait être plus élevé", estime Siham Brahmi.

"Nous sommes venus pour dénoncer le dérapage qui a eu lieu vis-à-vis de la loi 109.12. Elle n’a pas été respectée telle qu’elle a été proposée par le gouvernement. Le projet de loi proposé initialement était dans sa globalité dans l’intérêt de toutes les professions de la santé ainsi que des citoyens", souligne de son côté Lahbabi Mohamed, membre de la Coordination des syndicats pharmaciens du Maroc, qui a une pharmacie à Casablanca.

Des "lobbies" des mutuelles?

"On a été surpris quand elle a été amendée par la Chambre des conseillers. Il faut dire qu’il y a beaucoup de lobbies des mutuelles. Ils ont changé l’article 2 pour donner le droit aux mutuelles d’être gestionnaires et prestataires en même temps, ce qui est complètement contraire à la loi. On demande le retour à l’état initial du projet, l’instauration d’une couverture sociale et médicale ainsi qu’une retraite pour les professionnels du secteur", poursuit ce pharmacien de Casablanca.

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Selon Dr Chahb Abderrahim, vice-président du Syndicat national des médecins du secteur libéral, il n’y a pas que le Code de la mutualité qui dérange. "Aujourd’hui, on est là pour protester contre les lois qui ne sont pas respectées et contre les projets de loi qui ne répondent pas à la constitution. On proteste contre deux lois extrêmement importantes et urgentes, à savoir la loi 131.13 qui va permettre aux médecins de travailler là où ils veulent, quand ils veulent. Elle autorisera d’une manière anarchique les médecins enseignants de la santé publique de quitter leur lieu de travail pour aller dans les cliniques privées opérer des pauvres malades qui n’ont pas les moyens pour payer".

"La deuxième, c’est la loi 109.12 qui va autoriser aux mutuelles de créer leurs propres cliniques et de demander aux patients d’aller dans ces cliniques, ce qui est contraire à la loi 65.00 et notamment l’article 60 qui interdit formellement d’être partie et juge", regrette le médecin.

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Contre El Ouardi

"Nous sommes aussi en train de protester contre les attitudes anarchiques de monsieur le ministre de la Santé qui depuis son élection à la tête du ministère n’a cessé de taper et de casser le système de la santé au Maroc. Nous avons un Ordre national des médecins, c’est lui qui doit autoriser les médecins d’aller travailler dans le privé ou pas. Au lieu de cela, le ministère prend l’initiative et donne des autorisations directement aux médecins de la santé, laissant de côté les prérogatives qui sont propres au conseil national de l’Ordre des médecins", indique encore le Dr Chahb Abderrahim. "Autrement dit, le ministre de la Santé se mêle des affaires qui ne le regardent pas. Il est en train de bafouer tout ce qui légal et législatif. On ne fait plus du social, on est en train de forcer les patients qui n’ont pas les moyens d’aller vendre leurs biens pour se faire soigner. C’est une attitude inadmissible pour nous".

Mohamed Sdira, président de la Fédération nationale des syndicats des médecins dentistes au Maroc du secteur libéral, va encore plus loin.

"C’est une deuxième étape après le dialogue qu’on avait eu à la Chambre des représentants avec l’ensemble des groupes parlementaires. Aujourd’hui, il y a quatre lois qui sont en état de paralysie totale. Elles concernent l’exercice illégal des métiers de la santé, la couverture sociale et la retraite pour les professions libérales, ainsi que le Code de la mutualité", explique-t-il. Pour lui, c’est "la santé du citoyen" qui est avant tout est "en danger": "On veut que les parlementaires nous entendent et s’activent pour y remédier", conclut-il.

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