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Le roi confirme la volonté du Maroc de réintégrer l'Union africaine

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MOHAMMED VI
Morocco's King Mohammed VI holds a book during a visit, at the presidential palace in Abidjan June 2, 2015. REUTERS/Thierry Gouegnon | Thierry Gouegnon / Reuters
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DIPLOMATIE - Plus les jours passent, plus la volonté du Maroc de réintégrer l'Union africaine se confirme. Aujourd'hui, c'est par la plus haute autorité du pays que cette volonté a été officiellement annoncée.

C'était lors du sommet des chefs d'État africains qui s'est ouvert ce dimanche 17 juillet dans la capitale rwandaise. Comme attendu, des représentants du royaume étaient présents à Kigali, mais pas le roi Mohammed VI. Peu avant la cérémonie d'ouverture du sommet de l'UE, les chefs d'Etat s'étaient retrouvés à huis clos pour évoquer, entre autres, l'éventuel retour du Maroc.

Selon RFI, le ministre des Affaires étrangères Salaheddine Mezouar, installé à Kigali dans la suite d’un hôtel, avait multiplié les contacts, dans le sillage des récentes offensives diplomatiques menées aussi bien par Nasser Bourita et Yassine Mansouri, respectivement ministre délégué aux Affaires étrangères et directeur général de la DGED, que par le conseiller diplomatique du roi, Taïeb Fassi-Fihri. Ce dernier est d'ailleurs arrivé à Kigali vendredi soir, accompagné d’une délégation comprenant notamment l’ambassadeur du Maroc à Nairobi, Abdelilah Benryane.

Mais l'action diplomatique la plus marquante aura été le discours du roi Mohammed VI, remis dimanche au président tchadien, Idriss Deby Itno, président en exercice de l'UA, par Rachid Talbi Alami, président de la Chambre des représentants.

"C’est avec une vive émotion que je m’adresse, aujourd’hui, à notre grande et noble famille africaine. Je le fais en tant que petit-fils de sa majesté le roi Mohammed V, qui fut l’un des puissants symboles de l’épanouissement de la conscience panafricaine et l’un des artisans les plus engagés - aux cotés des Présidents Jamal Abdel Nasser, Ferhat Abbes, Modibo Keita, Sekou Touré, Kwame N’Kruma - de la Conférence historique de Casablanca de 1961, annonciatrice d’une Afrique émancipée et fondatrice de l’intégration africaine", a d'emblée souligné le souverain.

Après avoir rappelé les engagements historiques du Maroc dans le continent, notamment ceux de Mohammed V et de Hassan II, puis ceux d'aujourd'hui, qui font du Maroc le deuxième investisseur en Afrique, le souverain est revenu sur le départ du royaume de l'UA.

"Le Maroc, qui a quitté l’OUA n’a jamais quitté l’Afrique. Il a seulement quitté une institution, en 1984, dans des circonstances toutes particulières. Sa relation passionnelle avec son continent explique le sentiment légitime que la reconnaissance d’un pseudo État était dure à accepter par le peuple marocain. Il est, en effet, difficile d’admettre que le royaume, Nation pérenne et ancestrale, soit comparé à une entité ne disposant d’aucun attribut de souveraineté, démunie de toute représentativité ou effectivité", poursuit-il, faisant allusion à la RASD proclamée par le Poliasario.

"Il y avait là une blessure"

"Cette conviction qu’il y avait là une blessure, Je rêvais depuis des années de vous la confier. Aujourd’hui, s’offre l’opportunité de le faire. Et J’ai la certitude qu’elle trouvera dans cette noble assemblée une écoute attentive et sereine. Ce fait accompli immoral, ce coup d’état contre la légalité internationale, ont amené le Royaume du Maroc à éviter la division de l’Afrique au prix d’une douloureuse décision, celle de quitter sa famille institutionnelle. Le peuple marocain, unanime, et l’ensemble de ses forces ont estimé inacceptable cette adhésion, par effraction et connivence, d’une entité non souveraine", explique le souverain.

"L’histoire retiendra cet épisode comme une tromperie, un détournement de procédures, au service d’on ne sait quels intérêts. Un acte comparable à un détournement de mineur, l’OUA étant encore, adolescente à cette époque. Comment en sommes-nous arrivés là? La réponse, J’en suis certain, tout le monde la connait, et s’impose d’elle-même".

somme africain kigali

Ouverture du 27e sommet de l'Union africaine, Kigali, Rwanda, 17 juillet 2016

"Ecarter les manipulations"

"Le temps est venu d’écarter les manipulations, le financement des séparatismes, de cesser d’entretenir, en Afrique, des conflits d’un autre âge, pour ne privilégier qu’un choix, celui du développement humain et durable, de la lutte contre la pauvreté et la malnutrition, de la promotion de la santé de nos peuples, de l’éducation de nos enfants, et de l’élévation du niveau de vie de tous", a lancé Mohammed VI.

"Cet impératif éthique rejette et condamne les errements du passé et les actes à contre courant du sens de l’histoire. Le défi qui demeure à relever, pour notre continent, plus d’une décennie après la naissance de l’Union Africaine, est celui de l’unité et de la cohésion de notre grande famille.Pour le réaliser, il nous faudra emprunter la voie de la lucidité et du courage, celle que nos ainés, les premiers panafricains avaient privilégiée".

Et le roi de souligner: "L’Afrique, si longtemps négligée, est devenue incontournable. L’ère où elle n’était qu’un objet dans les relations internationales est révolue. Elle s’affirme, progresse et s’assume sur la scène internationale. Elle se présente désormais comme un interlocuteur actif et respecté dans le débat sur la Gouvernance mondiale. C’est pourquoi, sur la question du Sahara, l’Afrique institutionnelle ne peut supporter plus longtemps les fardeaux d’une erreur historique et d’un legs encombrant".

"L’Union africaine, n’est-elle pas en contradiction évidente avec la légalité internationale? puisque ce prétendu Etat n’est membre ni de l’Organisation des Nations Unies, ni de l’Organisation de la Coopération Islamique, ni de la Ligue des Etats arabes, ni d’aucune autre institution sous régionale, régionale ou internationale?", s'est interrogé le souverain.

"Mais ce qui m’intéresse plus particulièrement, c’est la position de notre continent. L’UA, resterait-elle, en déphasage avec la position nationale de ses propres Etats membres, puisqu’au moins 34 pays ne reconnaissent pas ou plus cette entité. Même parmi les 26 pays qui s’étaient placés dans le camp de la division en 1984, seule une stricte minorité d’une dizaine de pays subsiste. Cette évolution positive est, d’ailleurs, conforme à la tendance observée au niveau mondial. Depuis l’année 2000, 36 pays ont retiré leur reconnaissance à l’Etat fantôme", a rappelé Mohammed VI.

"Ce moment est donc arrivé"

"L’Union africaine se trouve aussi en total décalage avec l’évolution de la question du Sahara, au niveau des Nations Unies. Un processus est en cours, sous la supervision du Conseil de Sécurité, pour parvenir à une solution politique définitive de ce différend régional. L’UA ne peut donc, seule, préjuger de l’issue de ce processus. Par sa neutralité retrouvée, elle pourrait, par contre, contribuer d’une manière constructive à l’émergence de cette solution. Cela fait longtemps que nos amis nous demandent de revenir parmi eux, pour que le Maroc retrouve sa place naturelle au sein de sa famille institutionnelle. Ce moment est donc arrivé. Après réflexion, il nous est apparu évident que quand un corps est malade, il est mieux soigné de l’intérieur que de l’extérieur. Le temps des idéologies est révolu. Nos peuples ont besoin de concret et d’actions tangibles. On ne peut changer la géographie. On ne peut se soustraire au poids de l’histoire".

"C'est ce qui milite pour que le Maroc ne demeure pas en dehors de sa famille institutionnelle et puisse ainsi retrouver sa place naturelle et légitime au sein de l’UA. Agissant de l’intérieur, il contribuera à en faire une organisation plus forte, fière de sa crédibilité et soulagée des oripeaux d’une période dépassée. Par ce retour, le Maroc entend poursuivre son engagement au service de l’Afrique et renforcer son implication dans toutes les questions qui lui tiennent à cœur. Il s’engage, ainsi, à contribuer, de manière constructive, à l’agenda et aux activités de l’UA", a lancé le roi.

COP22, sécurité, lutte contre le terrorisme

"Le Maroc, qui abritera la COP 22 en novembre prochain, saura défendre la position de notre continent, fortement touchés par les questions climatiques et de développement durable. La coopération – déjà intense avec de nombreux pays sur le plan bilatéral – s’en verra amplifiée et enrichie. L’expertise et le savoir-faire du Maroc pourront, alors, se déployer sur un terrain encore plus vaste et mieux organisé", a-t-il rappelé.

"C’est le cas, tout particulièrement, des questions de sécurité et de lutte contre le terrorisme. L’expérience marocaine, largement reconnue sur le plan international et sollicitée par de nombreux pays – y compris européens - serait mise au service de la sécurité et de la stabilité de tous les pays africains, notamment ceux de l’Afrique de l’Ouest et Centrale".

Pour le roi, "cette décision de retour, réfléchie et longuement mûrie, émane de toutes les forces vives du royaume. Par cet acte historique et responsable, le Maroc compte œuvrer, au sein de l’UA, en vue de transcender les divisions. Le Maroc se situe, aujourd’hui, dans la perspective résolue et sans équivoque, de regagner sa famille institutionnelle et de continuer avec plus d’ardeur et de conviction, à assumer les responsabilités qui sont les siennes".

"Il est confiant dans la sagesse de l’UA, pour rétablir la légalité et corriger les erreurs de parcours. Comme le dit le proverbe: 'La vérité n’a point d’autre preuve de son existence que l’évidence'".

Le jour où le Maroc a quitté l'OUA

12 novembre 1984. Ce jour-là, le Maroc quitte l'Organisation de l'unité africaine (OUA) qui tient son 20e sommet à Addis-Abeba en Ethiopie où, pour la première et unique fois, il a siégé aux côtés de la RASD, reconnue par l'OUA comme gouvernement du "Sahara Occidental" en 1982. C'est sur ces mots de Hassan II, prononcés par Ahmed Réda Guédira que le Maroc quitte l'OUA: "Voilà, et je le déplore, l’heure de nous séparer. En attendant des jours plus sages, nous vous disons adieu et nous vous souhaitons bonne chance avec votre nouveau partenaire".

Pourtant, le Maroc a été l'un des pays fondateurs de l'OUA en 1963 à Addis-Abeba après des négociations entre les deux blocs qui pensaient jadis l'union des États africains, à savoir le bloc de Monrovia et celui de Casablanca. Deux ans avant la création de l'OUA, le Maroc avait d'ailleurs accueilli un sommet d'Etats africains comprenant l'Algérie, le Ghana, la Guinée, la Libye et le Mali, afin de réfléchir à une union politique des États africains.

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