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"Le Maroc n'a malheureusement pas de culture de don du sang"

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DON DE SANG
"Le Maroc n'a malheureusement pas de culture de don du sang" | DR
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SANTÉ - "Les Marocains n'ont pas de culture de don du sang volontaire et régulière, alors même que le besoin est bel et bien réel". Le constat est sans appel pour Hamid Boudali, professeur et président de l’association Annakhil des donneurs du sang à Marrakech, qui revient sur la situation actuelle du don de sang au Maroc et les contraintes majeures auxquelles font face les acteurs bénévoles dans ce domaine.

HuffPost Maroc: Quelle est la situation actuelle de don du sang au Maroc?

Hamid Boudali: Il y a une grande crise du don de sang au Maroc, on est malheureusement en état d’alerte. Il y a un grand décalage entre l'offre et la demande. La demande est en croissance rapide mais le don en régression. On est encore très loin du seuil mondial du don de sang, car moins de 1% des Marocains sont bénévoles dans ce secteur.

Le don de sang se fait occasionnellement au Maroc. Pour une grande majorité, il ne se fait qu’une fois jusqu’à deux par an. Les uns le font chaque année le jour même de leur anniversaire. Il existe cependant deux catégories de personnes. Ceux conscients de l’importance de cette cause et son utilité mais qui ne sont pas actifs pour des raisons de disponibilités ou autres, et ceux qui n’en sont pas conscients, ce qui est dû à un manque de communication et d’information.

Qu’est ce qui mobilise les Marocains et les encourage le plus à donner du sang?

En général, le don du sang au Maroc se fait suite à une catastrophe naturelle grave, une vague de sensibilisation médiatique ou principalement un engagement royal dans la cause. Par exemple, en 2013, il y a eu une grande compagne de sensibilisation royale qui a dû attirer l’attention d’un bon nombre de donneurs mais qui a malheureusement régressé progressivement après la fin de la compagne.

Quel est le but des associations de donneurs de sang, comment procédez-vous?

Concernant la sensibilisation, il existe une association de donneurs de sang bénévoles dans chaque ville au Maroc. Notre association se trouve à Marrakech et couvre la région de Marrakech-Tansift-Al-Haouz. Elle a pour mission de promouvoir le don du sang au Maroc, fidéliser les donneurs en rendant plus chaleureux et convivial l’acte du don de sang, assurer une culture du don de sang volontaire et régulière qui manque au Maroc et surtout, faire le lien entre les donataires et les donneurs dans les plus brefs délais.

En tant qu’acteur social, une association de donneurs de sang a généralement le savoir-faire. On entretient une communication fluide avec la population, surtout les jeunes qu’on visite souvent dans les universités afin de les mobiliser et les inciter à devenir actifs.

En fait, l’association ne fonctionne pas en coordination avec l’hôpital car elle n’a pour mission que de sensibiliser la population, c’est une action bénévole. Pour ce qui est du don en soi, il se fait au niveau du Centre national de transfusion sanguine. Il existe aussi plusieurs centres régionaux au niveau des grandes villes. Ces derniers ont pour mission la qualification du sang avant usage. L’État ne permet aucune intervention privée en ce sens, seuls les centres de transfusions sanguines accueillent les donneurs soit au niveau des hôpitaux ou dans des unités mobiles.

Il faut notifier que le don du sang est encore nouveau au Maroc. On entend rarement parler du sujet. Aujourd’hui, malgré l’état de crise qu’on vit, on n’a malheureusement toujours pas de culture de don de sang volontaire et régulière, pourtant, on en a besoin!

Quelles sont les contraintes majeures auxquelles vous faites face en tant qu’acteur bénévole dans ce domaine ?

Il existe plusieurs contraintes non seulement par rapport à nous en tant qu’association mais en tant que citoyens bénévoles aussi. Un grand manque de moyens, de personnel mais surtout d’organisation au niveau des hôpitaux où se fait le don. Avec ce système inefficace, il vous faut au moins une demie journée pour effectuer cette opération de don, ce qui rend les gens encore plus hésitants.

Que proposez vous comme alternative ?

Il faut une bonne et nouvelle structure d’accueil. Un renforcement du matériel, du personnel et une meilleure organisation et pourquoi pas une prise de rendez-vous. C’est une sensibilisation et un processus de don efficace qui mettra en valeur cette action et réduira le gap entre l’offre et la demande sanguines.

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