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Attentat de Nice: les enfants, des cibles comme les autres

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NICE
ATTENTION EDITORS - VISUAL COVERAGE OF SCENES OF INJURY OR DEATH - A body is seen on the ground July 15, 2016 after at least 30 people were killed in Nice, France, when a truck ran into a crowd celebrating the Bastille Day national holiday July 14. REUTERS/Eric Gaillard | Eric Gaillard / Reuters
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TERRORISME - Au lendemain de l'attentat de Nice, qui a fait au moins 84 morts, c'est l'effroi qui règne. Et pour cause, selon l'ex-maire de Nice Christian Estrosi, "une dizaine" d'enfants compteraient parmi les victimes, et au moins 50 mineurs ont été hospitalisés. Et comment pouvait-il en autrement...

Le feu d'artifice du 14 juillet est chaque année, et dans toute la France, une fête familiale à laquelle Français et touristes se rendent en nombre. L'homme qui s'est élancé en camion sur la promenade des Anglais le savait pertinemment: des enfants allaient mourir. Ce n'est pas la première fois que le terrorisme frappe l'enfance sur le sol français. En 2012, Mohamed Merah avait froidement tué par balles trois enfants, dans l'école juive Ozar Hatorah à Toulouse.

Pour l'heure, l'attaque n'a pas été revendiquée, bien que le mode opératoire correspond en tous points aux consignes qui ont été émises par Daech. Et la désignation des enfants de mécréants comme cible potentielle semble désormais bien faire partie de la propagande de l'organisation jihadiste.

La réécriture de l'attentat de Magnanville par l'EI

Dans la soirée du 13 au 14 juin, Larossi Abballa, revendique en direct via Facebook Live l'attentat qu'il vient de perpétrer à Magnanville. Mais alors qu'il a tué les policiers (Jessica Schneider et Jean-Baptiste Salvaing), le terroriste va observer un moment d'hésitation. Et celui-ci va porter sur le sort du fils du couple, âgé de trois ans. "Je ne sais pas encore ce que je vais faire avec lui", a tergiversé le terroriste. "J'avoue, j'ai pas envie de... hum", a-t-il encore hésité. Au final, il laissera le bambin sain et sauf, ce qui ne sera pas du goût de la propagande de l'Etat islamique. Comme le rapportait L'Express, Daech a censuré ces moments d'hésitations au moment de relayer la vidéo à ses sympathisants.

"Il est effectivement possible que du point de vue de l'EI, ce soit une faiblesse de montrer que l'enfant a été épargné", expliquait alors à l'hebdomadaire le spécialiste du jihadisme, David Thomson. Et au regard du discours de l'organisation jihadiste à l'égard des attentats commis, revendiqués au nom de la loi du Talion, l'EI a complètement assimilé le fait de frapper sans distinction enfants et adultes. Pour se justifier, la propagande de Daech a alors beau jeu de dire que les frappes de la coalition tuent également indistinctement.

À noter que la propagande jihadiste dans son ensemble n'est pas totalement à l'aise avec le meurtre d'enfants. Dans le documentaire Salafistes de François Margolin et Lemine Ould Salem, on peut voir un jihadiste du Sahel douter de la "version officielle" des attentats de Mohamed Merah, notamment sur l'exécution des trois enfants. En plein divagation complotiste, ce dernier suspectait une intox médiatique visant à salir l'image du tueur au scooter. Preuve s'il en est que cibler des enfants ne fait pas l'unanimité chez les jihadistes.

Or, pour l'EI, les enfants (et des deux côtés) font bien partie de la guerre.

Le jihad, l'enfance et la guerre

À plusieurs reprises, l'État islamique a mis en scène dans ses vidéos des enfants en bourreau, exécuter froidement ou passer à la lame des ennemis du Califat. À force de documents de propagande à la gloire de ces "lionceaux du Califat", censés incarner "la prochaine génération du djihad", selon David Thomson, Daech montre que dans la conception apocalyptique de son projet, enfants et adultes doivent prendre part au combat. "Les jeunes recrues sont utilisées autant comme espions, prêcheurs ou soldats que comme bourreaux ou kamikazes", rapportait Le Monde.

Notons au passage que la militarisation des enfants dans la sphère jihadiste n'est pas une invention de l'Etat islamique. En 2008, des responsables américains avaient pointé l'utilisation d'adolescents comme kamikazes en Irak par al-Qaida. Boko Haram a pour sa part transformé des bambins à kamikazes, notamment dès l'âge de 8 ans.

Dans cette optique, il n'est pas très étonnant qu'une organisation jihadiste quelle qu'elle soit considère que les enfants des mécréants puissent faire partie des cibles. D'autant plus que cette stratégie de la peur consiste à faire infléchir la politique interventionniste de la France. Car comme le rappelle Wassim Nasr dans son ouvrage L'Etat islamique le fait accompli, les atrocités commises par l'EI s'adressent "avant tout à l'opinion publique des pays démocratiques. Une opinion qui a son mot à dire dans les urnes et donc sur la décision d'envoyer des soldats au sol".

Ce faisant, si l'Etat islamique venait à revendiquer l'attentat de Nice, faisant des enfants de la patrie des cibles comme les autres, l'organisation jihadiste aura frappé là où ça fait le plus mal à l’opinion publique.

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Images des attaques de Nice du 14 juillet 2016
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