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Les Tunisiens se protègent-ils suffisamment lors des rapports sexuels?

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SEXUALITÉ- Un premier rapport sexuel avec un nouveau ou nouvelle partenaire, dans la fougue du désir, subjugué(e) par l' élan de l’excitation, combien se rappellent-ils dans ces moments où tout est dicté par la force de l’instinct, l'appel de la raison. Celui qui fait songer à la prévention, aux retombées d'un rapport sexuel non protégé: les risques de grossesses, des maladies sexuellement transmissibles...où il suffit d'un seul rapport. D'une seule erreur et elle est irrémédiable.

Le HuffPost Tunisie a recueilli quelques témoignages sous couvert d'anonymat.

"Je déteste utiliser le préservatif; avec; les choses se passent moins naturellement" lance Rami.

Le jeune homme, âgé de 35 ans justifie la non utilisation de préservatif par sa monogamie. Quant au risque de grossesse non désirée "il y a la pilule de lendemain", plaide-t-il.

"Par contre dans mon entourage, je sais que beaucoup de mes amis négligent les conséquences de la non protection adoptant la méthode' je vis pleinement le moment et je réfléchirai ensuite aux retombées' ".

Rami affirme que c'est à la femme "d’être plus ferme" en la matière. C'est à elle aussi de prendre soin de prendre la pilule de lendemain pour éviter le risque de grossesse. Des pilules non dénuées de dangers pour la santé lorsqu'elles sont utilisées fréquemment.

Pour Khaled, 29 ans, tout dépend du milieu qu'on fréquente et du degré de conscience, tributaire du niveau éducatif et culturel. "Mes amis au niveau éducatif limité ne donnent pas d'importance à l'utilisation du préservatif et trouvent qu'il diminue le plaisir de l'acte même si ils disent avoir peur que leur partenaire tombe enceinte. Ce n'est le cas d'autres amis conscients et bien informés des risques".

Marouane, 27 ans raconte, quant à lui, ses échauffourées avec une partenaire qui l'implorait de ne pas porter le préservatif: "J'avais regardé un documentaire sur le sujet, il m'a tellement bouleversé que je me suis juré de ne plus jamais avoir un rapport non protégé. J'avoue que résister à la tentation, notamment quant ta partenaire te demande de le faire, est très difficile mais j'arrive à tenir bon", reconnait-il.

Des femmes dociles ou coupables?

"Je reconnais que je ne suis pas amatrice des préservatifs, bien au contraire, même si je suis tout à fait consciente des risques", avoue Imen, 30 ans, qui balbutie pour justifier sa négligence. Tantôt c'est dû à l'irritation entraînée par le préservatif, tantôt c'est l' "hygiène" de son partenaire qui la décide.

La "propreté" du partenaire est d'ailleurs souvent évoqué dans ces témoignages pour justifier la non protection. Un terme, usé au sens propre et figuré pour indiquer aussi bien la propreté physique, que le fait de "ne pas mélanger les genres", etc. En somme, une expression fourre-tout.

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Même en étant "sure de la propreté du partenaire" qui protégerait des risques des MST et du Sida, comme faire pour ne pas tomber enceinte?

Amine et Emna forment un couple jeune, âgés respectivement de 26 et 23 ans lors de leur mariage. La première année de mariage, Emna a eu un enfant. Lors de la deuxième année, elle a avorté deux fois.

"J'ai abandonné la pilule contraceptive car on m'a beaucoup parlé de ses inconvénients. J'optais pour la méthode de calcul du cycle avec une période d'abstinence lors de l'ovulation".

Enfin, c'est ce qu'à prévu de faire la jeune femme mais son mari décidait autrement: "Il me disait qu'il n'arrivait pas à se retenir, tous mes calculs ne tiennent plus et ils ne voulait pas non plus porter le préservatif, arguant qu'il n'y a aucune raison de le faire puisque nous sommes mariés et que 'ce truc' est fait pour les relations extra-conjugales", déplore Emna, obligée de mettre finalement un stérilet après ses avortements "douloureux physiquement et moralement".

Le poids des préjugés et des tabous

Contrairement aux croyances d'Amine, le mari de Emna, "les couples mariés n'échappent pas non plus aux risques. Beaucoup, des hommes pour la plupart, viennent nous voir après avoir eu des relations extra-conjugales non protégées", a expliqué Issam Gritli, chargé de programme au sein de l'association ATL MST/Sida au HuffPost Tunisie.

"La désinformation sur ce qu'est un rapport sexuel est la chose la plus fréquente. Les jeunes ne savent pas de quoi il s'agit, encore moins comment se protéger des MST, alors qu'on accueille des adolescents de 14 ans touchés par les maladies sexuelles. Le flux d'information important via internet n'aboutit pas vraiment à une réelle connaissance de la sexualité", déplore Issam Gritli, pour qui les facteurs socio-culturels n'aident pas non plus:

"Prenons l'exemple du préservatif, les jeunes sont réticents à l'utiliser, avançant souvent le manque de confort dans l'acte sexuel. Et ça c'est quand ils parviennent à en acheter car ce n'est pas évident en Tunisie. La timidité, la peur du regard des autres en sont les causes. Le prix élevé de certaines marques de préservatifs, jugées de bonne qualité, constitue également un obstacle à la prévention car il faut compter 5 dinars pour un paquet de préservatifs de ce type, ce n'est pas à la portée de tout le monde" affirme t-il.

Les tabous qui entourent la sexualité constituent également un obstacle, selon Hinde Maghnouji, psychologue qui a travaillé auprès des mères célibataires.

"Ne pas parler de la sexualité aux filles, considérer ceci comme un tabou avant le mariage n’empêchera pas ces jeunes femmes d'avoir des envies, une sexualité cachée mais réelle", insiste la psychologue.

Le déni de cette réalité engendre selon elle un frein à la prévention.

Conséquence: des femmes qui ignorent les méthodes de contraception ou confrontées à une grossesse hors du cadre du mariage avec son cortège de difficultés liées au regard stigmatisant de la société.

Il est à noter que 15 milles femmes ont avorté en 2015, selon l'office national de la famille et de la population.

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"42% des mères célibataires ne savaient pas qu'il y avait un moyen de contraception, 41% d'entre elles pensaient ne pas pouvoir tomber enceinte, d'autres disaient qu'elles n’utilisaient pas de moyens contraceptifs par gêne et peur pour leur réputation. Le manque d'éducation sexuelle engendrent des désastres", selon Amel Bouchlaka, chercheuse au centre de santé de la reproduction qui a effectué une étude sur "Les grossesses et maternités hors mariage en Tunisie".

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