Huffpost Maroc mg

Un retour du Maroc au sein de l'Union africaine est-il souhaitable?

Publication: Mis à jour:
AFRICAN UNION SUMMIT
A general view shows Chad's President Idriss Deby addressing delegates during the 26th Ordinary Session of the Assembly of the African Union (AU) at the AU headquarters in Ethiopia's capital Addis Ababa, January 31, 2016. REUTERS/Tiksa Negeri | Tiksa Negeri / Reuters
Imprimer

DIPLOMATIE - Le Maroc envisage-t-il vraiment son retour au sein de l'Union africaine? Pour l'instant, rien n'est moins sûr, contrairement aux informations publiées par le quotidien Akhbar Al Yaoum, selon lesquelles le ministre des Affaires étrangères Salaheddine Mezouar préparerait la réintégration du royaume dans l'instance panafricaine dont il est sorti en 1984.

Contactée par le HuffPost Maroc, une source au sein du ministère des Affaires étrangères explique que cela semble, au premier abord, contraire à la doctrine diplomatique du Maroc qui veut que celui-ci ne siège pas aux côtés de la RASD autoproclamée par le Polisario, qui a rejoint l'UA en 1982.

Un "ballon d'essai"?

Selon un autre observateur politique, même si des négociations étaient en cours, il serait très difficile de commenter cela, au risque de voir celles-ci échouer. "A quelques jours de la tenue du 27e sommet de l'Union africaine à Kigali, il faut se garder de toute spéculation", explique-t-il. "Les rumeurs sur la volonté marocaine de rejoindre l'UA sont à mon avis plutôt un ballon d'essai pour tester l'opinion publique et les partenaires africains sur la question", indique, en off, un spécialiste des relations internationales.

Toujours est-il que le Maroc est passé, depuis un mois, à l'"attaque" des pays africains, adoptant une démarche d'anticipation dans sa stratégie diplomatique. Depuis la crise survenue en mars dernier avec le Secrétaire général de l'ONU Ban Ki-Moon au sujet du Sahara, le royaume est entré dans une valse diplomatique avec un certain nombre de pays auprès desquels il plaide pour son intégrité territoriale, en témoigne la récente tournée africaine effectuée par Salaheddine Mezouar.

La visite fin juin à Casablanca du président rwandais Paul Kagamé, dont le pays reconnaît la RASD mais soutient la position onusienne pour un règlement juste de la question du Sahara, était également emblématique. Le président rwandais jouit en effet d'une certaine popularité à l'échelle continentale, et accueillera le Sommet de l'UA les 17 et 18 juillet à Kigali. Une annonce importante favorable à la position marocaine sur le Sahara devrait d'ailleurs être faite lors du sommet, selon des sources diplomatiques.

L'ouverture du Maroc vers les pays d'Afrique de l'Est, traditionnellement moins proches du royaume, laisse ainsi présager une nouvelle phase dans la stratégie diplomatique marocaine.

"Ne pas laisser le siège aux adversaires"

Mais trente-deux ans après avoir quitté l'UA, le Maroc aurait-il intérêt à récupérer son siège? "Oui, car la politique de la chaise vide peut s'avérer problématique pour le Maroc", estime Mehdi Bensaid, président de la commission des affaires étrangères au Parlement, à la tête de l'‎Union des jeunes parlementaires africains. "Il ne faut pas laisser de siège vacant aux adversaires du Maroc. J'ai rencontré des députés de pays africains amis du Maroc, comme le Togo ou le Sénégal, qui me disaient qu'à force d'écouter la thèse adverse, les gens commençaient à y croire", explique-t-il.

Pour Ismaël Regragui, doctorant en sciences politiques, spécialiste des relations internationales et auteur d'un ouvrage sur la diplomatie marocaine, "il y a une contradiction à vouloir être une puissance régionale et en même temps s'exclure de cette structure qui est incontournable en Afrique".

Selon lui, "rejoindre l'UA serait un moyen de représenter légitimement le Maroc, en tant que pays émergent. Le royaume pourrait aussi reprendre en main un flambeau laissé de côté par la Libye, qui avait fait de l'UA son grand 'dada' sous Kadhafi, et compenser l'absence relative de l'Algérie et de l'Egypte" des instances panafricaines. "Cela pourrait également permettre d'accélérer le processus politique autour de la question du Sahara", ajoute le spécialiste.

"Adhésion ne signifie pas reconnaissance"

Même son de cloche chez Brahim Fassi-Fihri, président de l'Institut Amadeus, qui explique dans une tribune que le retour du royaume au sein de l’UA, "même sans être accompagné dans un premier temps par le retrait de la fictive 'RASD' comme Etat membre de l’Organisation, renforcera de facto la position du Maroc sur la question du Sahara au sein de l’UA". Selon lui, "il est en effet plus aisé de 'combattre' la présence de la 'RASD' au cœur de la structure qu’à l’extérieur des instances africaines."

"Adhésion ne signifie absolument pas reconnaissance ou perte de souveraineté. Le retour du Maroc à l’UA peut être réalisé de manière progressive, en participant tout d’abord aux réunions sectorielles et thématiques auxquelles le Polisario ne participe pas faute de moyens", indique M. Fassi Fihri. Dans les faits, le Maroc a toujours été présent, d'une manière ou d'une autre, aux sommets de l'Union africaine, à travers différents représentants ministériels.

Le jour où le Maroc a quitté l'OUA

12 novembre 1984. Ce jour-là, le Maroc quitte l'Organisation de l'unité africaine (OUA) qui tient son 20e sommet à Addis-Abeba en Ethiopie où, pour la première et unique fois, il a siégé aux côtés de la RASD, reconnue par l'OUA comme gouvernement du "Sahara Occidental" en 1982. C'est sur ces mots de Hassan II, prononcés par Ahmed Réda Guédira que le Maroc quitte l'OUA: "Voilà, et je le déplore, l’heure de nous séparer. En attendant des jours plus sages, nous vous disons adieu et nous vous souhaitons bonne chance avec votre nouveau partenaire".

Pourtant, le Maroc a été l'un des pays fondateurs de l'OUA en 1963 à Addis-Abeba après des négociations entre les deux blocs qui pensaient jadis l'union des États africains, à savoir le bloc de Monrovia et celui de Casablanca. Deux ans avant la création de l'OUA, le Maroc avait d'ailleurs accueilli un sommet d'Etats africains comprenant l'Algérie, le Ghana, la Guinée, la Libye et le Mali, afin de réfléchir à une union politique des États africains.

LIRE AUSSI: Sahara: Le Maroc s'oppose à toute implication de l'Union africaine à l'ONU

À lire aussi sur le HuffPost Maghreb

Close
Ces Marocains à la conquête de l'Afrique
sur
Partager
Tweeter
PUBLICITÉ
Partager
fermer
Image affichée

Suggérer une correction