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La Conférence de Marrakech réaffirme son ambition africaine, la finance climatique en débat à la COP Academy

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CONF DE MARRAKECH
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Mohamed Benyahia, Directeur du partenariat et de la Coopération au ministère marocain de l'Environnement lance un message fort aux dirigeants africains: à travers la mise en œuvre des Accords de Paris (COP21), la Conférence de Marrakech (COP22) se veut en priorité "une réponse aux besoins du continent africain pour lutter contre le réchauffement climatique", a-t-il déclaré ce mardi 12 juillet 2016 à Rabat au Maroc.

Chef du pôle Side Events à la COP22, M. Benyahia intervenait lors d'une conférence dans le cadre de la COP Academy. Il est ainsi revenu sur le rôle décisif de l'Afrique durant les précédentes moutures de la COP, évoquant "les victoires" du continent, notamment la reconnaissance de l'adaptation comme problématique mondiale et étape cruciale pour l'application des accords de Paris.

Une conférence à laquelle ont pris part Said Mouline, chef du pôle "partenariat Public-Privé" de la COP22, Aziz Mekouar, Ambassadeur de la négociation multilatérale et Said Benryane, ambassadeur conseiller du président de la Conférence de Marrakech.

Les intervenants ont chacun souligné les difficultés que constituent les financements climatiques, plaidant par la même occasion pour un partenariat public-privé dans le secteur énergétique.

Mohamed Benyahia est d'abord revenu lors de cette rencontre sur les accords de la COP21, qualifiés par cet intervenant de "victoires" pour le continent africain. Il a estimé que les pays d'Afrique ont constitué lors de cet épisode une "force de propositions", puisque leurs positions ont été adoptées, notamment la reconnaissance de l'adaptation, rappelle-t-il.

Il estime que l'Afrique est la première concernée par les changements climatiques, affirmant que la région est un maillon incontournable au rôle important dans le processus de négociations.

"Notre continent a une relation assez particulière avec les négociations climatiques. La première COP africaine, qui a eu lieu à Marrakech en 2001, a permis de mettre en oeuvre les premiers instruments de l'application du Protocole de Kyoto, dont les mécanismes de flexibilité, notamment le mécanisme de développement propre", a-t-il fait savoir.
"C'est à Marrakech que cette COP 7 a vu ses règles et ses organes de gouvernances se mettre en place.

Cette rencontre, africaine, a permis la mise en oeuvre de décisions prises antérieurement et on parle alors des Accords de Marrakech", a souligné M. Benyahia.

Le chef du pôle Side Events à la COP 22 a également évoqué la Conférence de Durban sur les changements climatiques (Afrique du Sud), dont "les axes de travail ont abouti la précédente année à Paris. Là encore, les fondations des accords de Paris ont été décidées à Durban, en Afrique du Sud", fait-il remarquer.

"Des victoires pour l'Afrique"

La Conférence de Marrakech, qui affiche désormais son ambition africaine, s'inscrit alors dans le même registre.

"Nous allons nous retrouver dans quelques mois à Marrakech, pour la COP 22, après l'adoption des Accords de Paris. Nous sommes ainsi de retour en Afrique pour la mise en oeuvre de décisions prises antérieurement. Nous pouvons de ce fait constater que les rencontres africaines sur le changement climatique ont été décisives, et nous souhaitons que la COP 22 le soit tout autant".

Pour cet intervenant, il faut saluer la victoire du continent africain dans les précédents Accords avec l'entérinement de l'adaptation. "Depuis la COP 21, le climat marche sur ses jambes: l'atténuation et l'adaptation, chose qui n'était pas admise dans les contributions internationales mais désormais reconnue comme une problématique mondiale", se réjouit-il.
Autre victoire du continent africain durant ces négociations climatiques selon ce directeur au ministère de l'Environnement: le maintien du fonds d'adaptation.

Mis en place par le protocole de Kyoto et alimenté par des ressources provenant des mécanismes de développement propre -un modèle économique de la finance du carbone- ce fonds "était menacé de disparition, malgré son utilité pour les pays de la région. "Grâce aux négociateurs africains, ce fonds a été maintenu et nous allons en débattre à Marrakech afin de l'articuler avec les dispositifs créés par les Accords de Paris".

Un fonds permettra à l'Afrique de renforcer ses capacités d'adaptation, puisque "les pays africains n'ont pas les capacités humaine, institutionnelles ou techniques requises pour formuler leurs projets et bénéficier d'opportunités de financement existant. Nous sommes un continent vulnérable. Nous n'avons pas beaucoup de capacités d'adaptation au changement climatique".

Cette caisse, mieux que cela, devrait aussi favoriser la mise en place les conditions de transfert de technologie, fait remarquer M. Benyahia.
"Quels devrait être notre rôle pour nous inscrire dans l'objectif fixé par Paris ?", s'interroge-t-il, avant de poursuivre: "A court terme, notre priorité est la mise en oeuvre des mesures d'adaptation, liée au développement, liée à la question de la sécurité alimentaire. A long terme, nous devons assurer un développement sobre en carbone", dit-il.

Projets cherchent financements

Le renforcement des capacités passe néanmoins par la maîtrise de la finance climatique, l’une des principales difficultés à laquelle devront faire face les négociateurs, prévient le même intervenant. "Nous devons également mieux maîtriser la finance climatique afin de mobiliser les ressources nécessaires. Nous n’arrivons pas y accéder parce que nous ne maîtrisons pas les circuits ni les capacités. Nous devons donc les renforcer pour bénéficier de ces financements", estime-t-il.

"Nos besoins en adaptations, entre 2025 et 2030 se chiffrent à 150 milliards de dollars américains par an. EN 2050, nos besoins atteindront 250 à 500 milliards de dollars. Quand nous parlons des 100 milliards qui ont été annoncés dans l'accord de Paris, nous sommes loin des 150 Mds d'ici 2020".

"La finance climatique sera ainsi l’un des principaux thèmes de la COP 22 de Marrakech", conclut-il. "Nous allons en parler lors de cette conférence: quelle est la feuille de route pour atteindre 150 mds US de flux financiers."

… Et vice versa

Said Mouline estime pourtant que le continent africain a surtout besoin de projets. Il a insisté sur la nécessité de formuler de projets sérieux pour acquérir les financements. Et cet ingénieur spécialisé dans les secteurs de la Protection de l’Environnement, plaide pour un partenariat privé-public dans cette démarche.

"Aujourd’hui, le vrai besoin est d’avoir des projets sérieux portés par les pays du Sud", a-t-il affirmé.
"Au Maroc, nous n’avons pas attendu la COP 22. Dès 2009, nous avons donné la priorité aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique. Nous avons réussi à mobiliser les financements grâce à des outils existants, tels le Fonds pour l’environnement ou la Banque africaine pour le développement", explique-t-il.

Il ne s’agit pas, selon M. Mouline, d’une question de ressources mais de projets. "Le fonds vert a 5 milliards d’euros et en a seulement consommé 200 millions". Une preuve, selon cet intervenant, du besoin du continent africain de projets sérieux. "Ce manque de financement est engendré par la capacité faible des demandeurs de former des projets valables", poursuit-il.
Le chef du pôle "Partenariat public-privé" dans la COP22 a ainsi souligné le rôle du secteur privé pour générer les financements et renforcer les capacités d’adaptation du continent. Si les négociations climatiques concernaient auparavant les Etats uniquement, la société civile et le secteur privé sont devenus primordiaux à son sens.

"En 20 ans, le secteur privé a divisé le coût des énergies renouvelables par cinq. Il a développé l’investissement dans le monde par plus de 50%. Nous sommes dans un schéma où ce secteur investit plus de 250 milliards d’euros dans le monde. On parle d’un fonds de 100 mds d’euros pour accompagner les Etats, et le secteur privé y investit 2.5 plus chaque année, dans l’éolienne, le solaire, la biomasse … etc.", a-t-il indiqué.

Poursuivant son intervention, il s’interroge ainsi sur l’importance du rôle du secteur privé dans le renforcement des capacités. « Qui fait la recherche et l’innovation, qui investit, qui finance, qui forme, qui accompagne les Etats dans les changements de modèles économiques ? Le secteur privé », atteste-t-il.

A la recherche de nouvelles sources de financement

Said Benryane, ambassadeur conseiller du Président de la COP22 et ancien ambassadeur du Maroc à Alger, s’il partage l’intervention de Mohamed Benyahia sur la complexité des financements, situe le problème "dans la manière dont le continent africain perçoit ce problème".

Soulignant, bien entendu, "cette multiplicité des institutions financières et cette complexité bureaucratique", M. Benryane propose que les intervenants financiers adoptent une charge commune pour définir les critères d’éligibilité des projets relatifs au climat.
"Il faut que nous aillons un guichet unique auquel doivent s’adresser tous ceux intéressés par le financement de projets liés au climat", a-t-il précisé.

M. Beryane prône le recours à de nouvelles sources de financements, révélant que le pays organisateurs de la COP22 songe aux Suquq et à la finance islamique.

Il conclut ainsi son intervention dans la COP Academy Africa en rappelant l’opportunité que représente la COP22 pour l’Afrique. "Les questions climatiques sont reliées à notre mode de vie. C’est l’Homme qui est responsable des dégâts que subit la nature. Nous devons prendre conscience de e qui a été fait pour ne pas répéter les erreur".

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