Huffpost Tunisie mg

Une moyenne de deux ans et demi pour une première insertion sur le marché du travail en Tunisie

Publication: Mis à jour:
TUNISIA WORK
Zoubeir Souissi / Reuters
Imprimer

L’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises (IACE) vient de publier sa première enquête nationale sur l’emploi. Une enquête traitant de l’inadéquation "chronique" entre l’offre et la demande de travail en Tunisie, des difficultés de recrutement, de l’emploi et la formation universitaire outre les postes vacants par secteur d’activité.

Le recensement effectué par l’IACE dévoile que: "La Tunisie avec 11 millions d’habitants compte, fin 2015, environ 4 millions de personnes actives dont 28,1 % de femmes et 800 mille ayant un niveau d’instruction supérieur. La population active correspond à la population âgée de 16 ans jusqu’à l’âge de la retraite. La répartition de la population en âge d’activité est telle que : 1 million de salariés occupent des postes dans le secteur privé, 500 mille sont auto entrepreneurs, 650 mille sont des fonctionnaires de l’Etat et 600 mille sont des chômeurs".

Deux enquêtes ont été menées, l’une auprès de 400 entreprises et l’autre auprès des ménages particulièrement les diplômés de l’enseignement supérieur, soit un échantillon représentatif de 10.000 individus.

50.000 emplois en voie de disparition

Côté offre d’emploi, les entreprises considèrent que les 60% des candidats au recrutement ne répondent pas aux critères de compétences. Les entreprises tunisiennes souffrent de l’indisponibilité immédiate des compétences recherchées. Il se trouve que les profils des candidats ne correspondent pas aux conditions requises et aux besoins des entreprises. "Et ce sont les ouvriers non qualifiés de la manutention qui sont devenus la denrée rare, puisqu'il faut près de 27 mois pour dénicher l'oiseau rare", souligne l’enquête.

Les secteurs où le plus grand nombre de demandes de recrutement existe en Tunisie sont le commerce et les services, la fabrication de produits informatiques, électroniques et optiques; la fabrication d'équipements électriques, de machines et équipements, l’Industrie du Textile et d'Habillement et les activités de services administratifs et de soutien.

Il faut mettre 11 mois pour trouver le profil recherché à Kasserine

Les délais d’attente des entreprises pour trouver la compétence requise sont assez longs. Tout dépend du secteur d’activité et de la région où opère l’entreprise.

En effet, un passage en revue des temps d'attente au niveau régional démontre une grande disparité au niveau régional : les trois régions les moins pénalisées sont Ariana, Ben Arous et Tunis alors que celles qui sont le plus pénalisées sont Kairouan (24 mois), Gabès (18 mois), Kasserine (11 mois) et Gafsa (9 mois). L’inadaptation des compétences avec les profils recherchés a des répercussions directes ou indirectes sur les entreprises.

On retiendra: des pertes de marchés pour 26% des entreprises interviewées, des difficultés à respecter les délais de livraisons, des difficultés à réaliser les objectifs d’investissement et l’abandon de produits ou de services offerts.

98.632 postes vacants dans les activités spécialisées, scientifiques et techniques

Sur le marché de travail tunisien l’IACE recense 75.000 créations nettes d’emplois sur les deux ans dont 68% réalisés par les grandes entreprises. Selon les résultats de l’enquête 50.000 emplois sont en voie de disparition en Tunisie et 145.000 emplois sont disponibles pour un recrutement immédiat dont 98.632 recrutements disponibles dans les activités spécialisées, scientifiques et techniques (soit 60% du total des postes vacants). Il y a actuellement 19.731 postes vacants dans les industries de process contre 50 postes vacants dans la manutention.

Certaines licences sont des usines de chômeurs

Sur le marché de la demande d’emploi, c'est-à-dire pour les diplômés de l’enseignement supérieur, l’enquête révèle qu’il faut une moyenne de 30,4 mois, soit un peu moins de trois pour décrocher un premier emploi ou une première insertion sur le marché de travail tunisien.

"Les bons éléments trouvent un 1er emploi dans un délai raisonnable de 7 mois", note le rapport. Et d’ajouter: "certaines licences sont des usines de chômeurs".

Pour certaines licences, le délai d’insertion dans la vie professionnelle peut aller jusqu’à 6 ans.

Ainsi l’inadéquation entre l’offre et la demande de l’emploi se précise. Avec 270.000 offres d’emplois, pour 650.000 chômeurs le fossé est très large.

Entre manque de qualifications, critères de recrutement non satisfaits, les difficultés de trouver le profil idéal et le nombre exponentiel des demandeurs d’emplois, le déséquilibre du marché de travail tunisien persiste et signe.

D’où la question posée par l’enquête: est-ce un problème d’offre ou un problème d’employabilité? Quel rôle pour l’enseignement et le système éducatif dans le rapprochement entre le marché de l’offre et le marché de la demande de travail?

Une stratégie nationale s’impose pour trouver le juste équilibre et lutter contre le chômage cette menace à la paix sociale du pays, à l’origine même du soulèvement populaire de 2011.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.