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Et si on reconvertissait les dettes de la Samir pour payer les créanciers?

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Et si on reconvertissait les dettes de la Samir pour payer les créanciers? | DR
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SAMIR- Y-a-t-il un espoir de sauver l’unique raffinerie du Maroc? Des créanciers de la Société anonyme marocaine de l'industrie du raffinage (Samir) penchent actuellement pour la reconversion des dettes de la société de raffinage en valeurs mobilières, rapporte l’Economiste dans son édition du lundi 11 juillet.

Selon ce scénario, les créanciers repreneurs “ne seront pas des actionnaires dormants“, déclare une source proche du dossier au quotidien économique. Cette entrée dans le capital de la Samir devrait permettre à ces créanciers de siéger à son conseil d’administration et d’avoir le dernier mot “dans la gestion et les orientations stratégiques“.

L’opération, si elle est actée, devrait chambouler le tour de table de la Samir, détenue à 67% par Corral Petroleum, propriété du milliardaire saoudien Mohammed Hussein Ali Al Amoudi. Mais la faisabilité de l’opération se heurte à des obstacles techniques de taille.

La reconversion nécessite “une concertation avec les autres créanciers afin de lancer une action collective. Le but étant de récupérer le plus de créances possibles“, indique pour sa part un avocat du barreau de Casablanca contacté par l'Economiste.

Comment procéder? Pour l'économiste et maître de conférence Hicham El Moussaoui, contacté par le HuffPost Maroc, "cette reconversion des créances en actions doit suivre un long processus. Il y a d'abord la vérification de la crédibilité des montants de créances, c'est-à-dire combien doit réellement la Samir à chacun de ses créanciers étrangers et nationaux. Un processus qui pourrait prendre du temps".

Pour que cette reconversion soit effective, Hicham El Moussaoui planche également pour une évaluation de la valeur du titre: "Et à ce stade, il faudra accorder les violons des multiples créanciers de la raffinerie sur un taux de reconversion des créances en actions ou en valeurs mobilières et en déterminer les valeurs. Un titre plus bas permettrait aux créanciers d'avoir plus d'actions, par contre un titre au prix élevé devrait bénéficier à la Samir".

Selon lui, "en principe, la reconversion des dettes en actifs ou valeurs mobilières est une bonne solution mais il faut que les conditions et les exigences notamment de conformité de l'opération à la législation marocaine soient respectées".

Un scénario plombé par des obstacles

Si Me Bassamat Fassi Fihri pointe du doigt les règles de procédure collective qui rendraient cette opération difficile à réaliser, Me Omar Fatemi, l’avocat de l'un des créanciers de la Samir, estime que “si elle est possible, la reconversion des dettes serait une démarche très intelligente. C’est plus sage pour les créanciers de faire ce pari risqué que de tout perdre“.

Mais pour l'économiste Mehdi Lahlou, la “Samir a besoin de liquidité et non d’une reconversion de ses dettes“, déclare-t-il au HuffPost Maroc. Ce professeur d’économie à l’Institut national de statistique et d’économie appliquée (INSEA) explique que "les dettes sont organisées en priorité". La Samir devrait donc s’acquitter en priorité des 13 milliards de dirhams de dettes au Trésor public.

Mehdi Lahlou s’interroge sur la suffisance des actifs de la société de raffinage une fois les dettes dues à l’Etat épongées, et planche plutôt pour une évaluation des actifs réels plutôt que leur reconversion pour une société dont la cotation a été suspendue de la Bourse de Casablanca.

Sur cette dernière option, le cabinet Bassamat confie à nos confrères de l'Economiste qu’“une requête d’évaluation d’actifs vient d’être déposée par le syndic judiciaire“. Seulement, l’opération devra être confiée à un expert international. Mehdi Lahlou nous souffle qu’il faudra bien se pencher sur les actifs d’avant et d'après la privatisation du raffineur placé en liquidation judiciaire.

Toutes les options avancées par les experts juridiques et économiques sur la reconversion de la dette de la Samir ne sont encore que des hypothèses. Le syndic de la Samir, dirigé par Mohamed El Krimi, indique n’avoir pas été mis au courant de cette reconversion. “Nous ne sommes pas au courant de ce plan. Personne ne nous a saisi à ce sujet“, tranche-t-il.

Reste un dernier obstacle soulevé par Hicham Moussaoui: que le milliardaire Al Amoudi "bloque ce processus pour ne pas perdre ces 67% de parts au cas où il gagnait l'arbitrage enclenché auprès des tribunaux étrangers".

Croulant sous le poids de dettes abyssales estimées à 44 milliards de dirhams, la raffinerie implantée à Mohammedia avait dû interrompre ses activités en août 2015 avant d’être placée en liquidation judiciaire le 21 mars par le Tribunal de commerce de Casablanca. Une décision confirmée par la cour d’appel, le 1er juin dernier.

Sans mettre la poche pour renflouer les caisses de la Samir après plusieurs promesses non respectées, le milliardaire saoudien, Mohamed Al Amoudi, actionnaire principal de la société de raffinage, a décidé de demander l’arbitrage international du tribunal de l’Union européenne et celui du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), basé aux Etats-Unis. Mohamed Al Amoudi réclame au Maroc des compensations financières et dédommagements pour cause de préjudices subis.

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