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Iran: l'enthousiasme fait place au doute un an après l'accord nucléaire

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ROHANI ET AIEA
Le président Hassan Rouhani et le chef de l'Organisatin iranienne de l'énergie atomique, Ali Akbar Salehi, lors d'une cérémonie le 7 avril à Téhéran pour l'anniversaire de l'accord nucléaire | AFP
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Le 14 juillet 2015, des milliers d'Iraniens descendaient dans les rues de Téhéran pour saluer l'accord nucléaire entre leur pays et les grandes puissances, mais un an après, l’enthousiasme a fait place au doute.

Conclu à Vienne après deux ans d'âpres négociations entre l'Iran d'une part et les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, la Chine, la Russie et l'Allemagne de l'autre, cet accord a permis la levée d'une partie des sanctions internationales contre Téhéran, en échange de son engagement à renoncer à l'arme nucléaire.

Mais en dépit d'un défilé à Téhéran de délégations politiques et économiques étrangères, attirées par l'immense potentiel d'un pays de 80 millions d'habitants riche en pétrole et en gaz, les résultats sont minces.

L'Iran a certes pu augmenter ses exportations de pétrole et bénéficier de quelques investissements étrangers, mais les gros contrats, en particulier dans le secteur aéronautique pour renouveler sa flotte d'avions vieillissants, attendent toujours.

Des accords de principe ont bien été passés avec Boeing et Airbus pour l'achat d'au moins 200 appareils, mais le feu vert des autorités américaines, impératif pour qu'ils se concrétisent, tarde à venir.

Les Etats-Unis interdisent toujours toute transaction en dollars avec l'Iran et menacent de représailles les grandes banques internationales qui feraient affaire avec des personnalités ou entités iraniennes accusées de soutien au "terrorisme" ou de "violations des droits de l'Homme". Ils ont aussi imposé à l'Iran des sanctions liées à son programme de missiles balistiques.

"Les sanctions ont été levées de façon effective, certes restrictive, mais on peut venir travailler en Iran si le partenaire (iranien) n'est pas sous sanction", note Romain Keraval, directeur à Téhéran de Business France, chargé de faciliter l'implantation d'entreprises française en Iran. L'accord "a ouvert cette possibilité, mais il est encore compliqué de réaliser des opérations concrètes à cause du financement".

Danger de 'retour en arrière'

Une source diplomatique européenne estime que "la dynamique est bonne, mais il faut le courage politique d'avancer: il faut être aussi sérieux dans l'application que dans les négociations de l'accord".

"L'Iran remplit sa part", selon cette source, mais "le blocage vient des Américains sur lesquels les Européens doivent mettre plus de pression, car si ça ne marche pas, il y a un vrai danger de retour en arrière" et "pour les adversaires de Hassan Rohani, c'est du pain béni".

Le président iranien a mené à bien les négociations nucléaires et mise sur les retombées de l'accord pour se faire réélire en 2017 pour un second mandat de quatre ans.

Face à des résultats concrets qui tardent à se faire sentir pour une population active en proie aux difficultés quotidiennes - 11% est au chômage -, les proches de Rohani appellent à "la patience".

"Les sanctions étaient devenues un énorme obstacle sur le chemin de la croissance de l'économie" mais "leur levée ne pouvait pas à elle seule être le moteur de la croissance économique", souligne Saïd Leylaz, un économiste proche du président.

'Brûler' l'accord

Les conservateurs opposés à M. Rohani et à ses alliés insistent sur la primauté de la production nationale sur les investissements étrangers pour relancer la machine économique.

Cette position est partagée par le guide suprême Ali Khamenei qui privilégie "l'économie de résistance", critique le manque de résultats "tangibles" de l'accord et continue d'attaquer régulièrement "l'ennemi américain", opposé au développement et au rayonnement de l'Iran dans la région.

Pour Amir Mohebbian, expert politique proche des conservateurs, "les Etats-Unis ont utilisé cet accord pour nous mettre la pression, essayer de nous faire changer de comportement au Moyen-Orient ou renoncer à nos liens avec le Hezbollah", la puissante milice chiite libanaise.

Selon lui, l'Iran peut profiter de la présence du populiste Donald Trump dans la course à la présidence américaine et du vote britannique en faveur du Brexit.

Il estime que les Occidentaux "ne seront pas capables de se liguer contre nous comme par le passé, particulièrement au moment où nous leur montrons un nouveau visage, celui de la souplesse".

L’incertitude concernant l'élection américaine pèse en outre sur l’avenir de l'accord. En référence à des déclarations de Donald Trump, l'ayatollah Khamenei a récemment déclaré que si le prochain locataire de la Maison Blanche voulait le "déchirer", l’Iran le "brûlerait".

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