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Loi organique sur l'amazighe: Trois questions à Ahmed Boukous, président de l'IRCAM

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BOUKOUS
Loi organique sur l'amazighe: Trois questions à Ahmed Boukous, président de l'IRCAM | DR
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LÉGISLATION - Lors de la phase d'élaboration du projet de loi organique relative à la mise en oeuvre du caractère officiel de la langue amazighe, ainsi que du projet de loi organique portant création du Conseil national des langues et de la culture, l'Institut royal de la culture amazighe (IRCAM) avait fait part au Chef du gouvernement de sa vision et de ses recommandations pour ces deux projets de lois. Retour sur les principaux points soulevés par l'IRCAM avec Ahmed Boukous, président de l'institution.

Quelles sont les principales recommandations de l'IRCAM concernant la loi organique sur la mise en oeuvre du caractère officiel de la langue amazighe?

Il y avait des considérants généraux qui se rapportent à ce qui a été décliné dans le préambule de la Constitution, à savoir le choix du Maroc en matière de reconnaissance de la diversité linguistique et culturelle et de reconnaissance des droits culturels et linguistiques. Le texte de l'IRCAM mettait également l'emphase sur la place qui devrait revenir aux deux langues officielles (l'arabe et l'amazighe ndlr) dans le champ linguistique et culturel marocain.

Le deuxième point important soulevé, c'est la nécessité de capitaliser tous les acquis en la matière, notamment ce qui a été fait dans le domaine de l'enseignement depuis 2003, dans le domaine des médias depuis 2006, après la création de la chaîne amazighe; dans le domaine de la culture, via le soutien apporté aux créateurs et aux chercheurs, sans oublier le soutien apporté à la chanson et au film amazighes, dans le cadre des prix organisés par le ministère de la Communication.

Quelles mesures d'accompagnement l'IRCAM préconise-t-il pour la mise en oeuvre de la loi?

Nous insistons beaucoup sur la nécessité de promulguer des décrets d'application. La loi organique peut très bien passer, mais si elle n'est pas consolidée par des textes d'application qui en assurent véritablement l'effectivité, nous aurons beaucoup de problèmes, et nous devrons attendre, peut-être longtemps, avant de voir des textes d'application promulgués.

Autre chose: nous considérons que même en ayant une bonne loi organique, de bons textes d'application, s'il n'y a pas d'accompagnement financier, il sera difficile de faire un travail sérieux. Notre proposition, c'est qu'il va falloir concevoir et mettre en pratique un plan stratégique pour la promotion de la langue amazighe à court, moyen et long terme.

Concernant le Conseil national des langues et de la culture, quelles sont les principales recommandations de l'IRCAM?

Nous considérons que ce Conseil devra veiller non seulement à la promotion et à la défense, en premier lieu, des deux langues officielles, mais qu'il devra aussi contribuer à la promotion du Hassani, en tant que langue ou idiome, mais aussi en tant qu'expression culturelle. De plus, cette institution devra absolument concevoir une politique linguistique ouverte sur les cultures et les langues du monde d'aujourd'hui.

Autre point important pour nous: nous considérons que le Conseil national des langues et de la culture doit garder l'IRCAM en l'état avec ses missions, son statut, son règlement intérieur, ses moyens financiers, ses ressources humaines, si on veut que cette institution continue de faire le travail qu'elle fait, de manière tout à fait respectable depuis sa création.

Prévues toutes deux à l'article 5 de la Constitution, les deux projets de lois organiques relatives à la mise en oeuvre du caractère officiel de la langue amazighe, ainsi qu'au Conseil national des langues et de la culture marocaine n'ont pas encore été rendus publics, ni adoptés en Conseil de gouvernement, malgré la promesse faite, en juin, par le Chef du gouvernement Abdelilah Benkirane de les faire adopter "dans les prochains jours".

Le Conseil national des langues et de la culture marocaine est "chargé notamment de la protection et du développement des langues arabe et amazighe et des diverses expressions culturelles marocaines, qui constituent un patrimoine authentique et une source d’inspiration contemporaine. Il regroupe l’ensemble des institutions concernées par ces domaines", selon l'article 5 de la Constitution.

Le projet de loi organique sur la mise en oeuvre du caractère officiel de la langue amazighe définit, lui, "le processus de mise en oeuvre du caractère officiel de cette langue, ainsi que les modalités de son intégration dans l’enseignement et aux domaines prioritaires de la vie publique, et ce afin de lui permettre de remplir à terme sa fonction de langue officielle", selon le même article de la Constitution.

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