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Le Maroc n'est pas une poubelle, ou les limites du Programme national de gestion des déchets

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POUBELLE
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GESTION DES DÉCHETS - L'importation de 2.500 tonnes de déchets et la polémique qui s'en est suivie ont mis à nu les limites du Programme national de gestion des déchets, et par extension de la stratégie de tri et de valorisation des déchets.

Car le problème qui se pose n'est pas, en soi, l'utilisation des déchets comme combustible de substitution à l'énergie fossile – cela est même recommandé par les organisations environnementales – ni leur importation – plusieurs pays avancés, très à cheval sur les questions environnementales, importent des déchets comme source d'énergie quand ils ont recyclé les leurs – mais la justification du recours à l'importation par l'absence d'une industrie nationale de tri et de recyclage, alors même que le Maroc a investi, depuis 2008, plusieurs centaines de millions de dirhams pour lancer un ambitieux programme de gestion des déchets qui comporte un volet tri et valorisation.

Expériences pilotes partout...

En juin 2014, la préfecture de Sidi Bernoussi s’était dotée d’un centre de tri et de recyclage des déchets dans le cadre de ce programme. Le budget alloué à ce premier centre réalisé sur un terrain de 2.600 m2 était de 10 millions de dirhams (hors foncier). Une expérience pilote censée être généralisée dans tout le Maroc.

La décharge d'Oum Anza, située près de Rabat, constitue elle aussi une expérience pilote. Dans un article publié en février dernier par la Banque mondiale, l'institution revient sur les accomplissements du royaume en matière de gestion des déchets ménagers, en mettant en lumière ce site "exemplaire", qui reçoit annuellement quelque 850.000 tonnes de déchets par an, et qui souhaite désormais donner l'exemple dans la région en entreprenant des méthodes écologiques dans la gestion des déchets ménagers. La "plus grande décharge moderne au Maghreb" veut également valoriser les déchets organiques en produisant du biogaz issu de la décomposition des matières végétales, qui pourrait bientôt être revendu à une cimenterie voisine.

... Généralisation nulle part

Toujours est-il que pour l'heure, et malgré le lancement d'expériences pilotes en la matière, force est de constater que le Maroc n'a pas encore réussi à mettre en place un programme de tri efficace et déployé à grande échelle. Dans un passé pas si lointain, le royaume s'était fixé comme objectif de valoriser 20% des déchets générés à l’horizon 2020, contre 5% aujourd'hui. Atteindre cet objectif semble aussi idyllique que celui d'attirer 20 millions de touristes d'ici 2020.

Cet objectif est énoncé dans le Programme national des déchets ménagers, élaboré en 2008 par le ministère délégué chargé de l’Environnement et le ministère de l’Intérieur, avec l’appui de la Banque mondiale. Nécessitant un financement de 40 milliards de dirhams, il concerne principalement la collecte et nettoiement (72 %), la réalisation et l'exploitation des décharges contrôlées (14,6 %), la réhabilitation et la fermeture des décharges sauvages (6,3 %), les études, le suivi et contrôle (3,5 %), la communication, la sensibilisation et la formation (1,8 %), et donc, le tri, le recyclage et la valorisation (1,8 %).

Or, à ce jour, de l'aveu même de la ministre chargée de l'Environnement Hakima El Haité, "le Maroc, qui cherche à développer une filière déchet exemplaire, ne dispose que d’une petite capacité de production d’environ 500 tonnes de déchets triés par jour".

La polémique sur l'importation des déchets italiens a au moins eu le mérite de rappeler aux autorités l'urgence de mettre en place un système de tri efficace, parallèlement au déploiement de décharges contrôlées en remplacement des décharges sauvages, qui constituent, elles, de véritables bombes écologiques.

La collecte et le tri de déchets peuvent aussi créer des emplois et représenter une source de revenu pour les communes. Sur le site d'Oum Anza, qui emploie 150 personnes, 2.200 tonnes de déchets solides sont revendus chaque année.

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