Huffpost Maroc mg

France-Portugal: Si des personnes qui n'aiment pas le foot se moquent de vous, parlez-leur des neurones miroirs

Publication: Mis à jour:
WATCHING SPORT
Two men in living room watching television and cheering | Monkey Business Images via Getty Images
Imprimer

EURO 2016 - Les personnes qui n'aiment pas le foot ont toujours ce petit sourire moqueur quand ils croisent des supporters. Comment peut-on s'agiter autant en regardant sur une télévision vingt deux joueurs courir après un ballon, se demandent-ils. Ils ont aussi une furieuse tendance à lever les yeux au ciel lorsqu'ils les entendent prononcer des phrases comme "on a gagné/perdu", "on a bien joué". Combien de fois répondent-ils, "non, vous n'étiez pas sur le terrain, vous avez simplement regardé un match". Ils ont tort.

N'en déplaise à ceux que le football et la fureur qui existe autour reste un mystère, les supporters du ballon rond qui hurlent à tel attaquant de faire une passe décisive, de courir plus vite et qui pleurent de joie à la fin n'exagèrent pas. Ils font même appel à une certaine sorte de neurones, les neurones miroirs, qui représentent un cinquième de nos cellules cérébrales. Ces dernières ont été découvertes dans le milieu des années 90, une avancée qui pourrait être aussi importante pour la psychologie que celle de l'ADN en biologie.

La découverte de ces neurones s'est faite tout à fait par hasard. En 1995, en Italie, un professeur d'université en physiologie, Giacomo Rizzolatti, étudie avec son équipe un singe dont le crâne est entièrement recouvert de capteurs reliés à un scanner. A l'heure du repas, les chercheurs mangent une pizza non loin du singe. Ce dernier les regarde manger. A chaque fois qu'une personne de l'équipe se sert puis mange une part de pizza, le scanner enregistrant l'activité cérébrale du singe s'affole. Pourtant, le singe ne s'agite pas, il regarde simplement les humains manger.

En étudiant de plus près les résultats du scanner, les chercheurs comprennent qu'à chaque fois qu'il voit un humain prendre une part de pizza puis la manger, le cerveau du singe réagit comme s'il faisait lui même cette action. Cela montre qu'il a reconnu les individus autour de lui comme plus ou moins semblables à lui, qu'il a compris l'action qui se joue devant lui et ses implications ("ils ont faim").

Comme ce singe, nous serions nous-mêmes dotés des mêmes neurones miroirs. Nous n'avons pour l'instant aucune preuve directe de leur existence chez l'Homme, mais c'est une chose désormais admise. Ce sont elles qui par exemple nous font bailler quand quelqu'un le fait face à nous. Quand nous regardons un match de foot, ce sont elles encore qui nous permettent de nous mettre dans les baskets des joueurs. Des études ont été réalisées pour comparer la réaction des cellules mémoires de sportifs, d'experts d'un sport et de simples spectateurs qui n'ont jamais touché un ballon de leur vie. Les résultats montrent qu'a priori, les premiers réagissent plus que les deux autres groupes. Il faudrait donc être un footballeur amateur ou professionnel pour pouvoir vraiment apprécier de regarder un match?

En fait, il existe deux sortes de neurones miroirs, les premières reconnaissent les actions que nous avons déjà réalisées. Les secondes, les deux tiers des neurones miroirs, sont capables de reconnaître une action que nous n'avons pas forcément faite stricto sensu mais qui ressemble à une de nos habitudes. Se mettre à la place d'un joueur de basket par exemple est possible parce que nos neurones miroirs se rappellent que l'on jette de loin nos chaussettes sales dans le bac à linge.

L'action de ces neurones miroirs permet la production d'hormones en relation avec les émotions associées à ces actions. Si nous sommes excités parce que notre équipe a gagné, notre cerveau produit de la dopamine. Dans le cas inverse, il produira de la cortisol ou de la sérotonine en grande quantité. Comme l'explique le neurologue indien Vilayanur Ramachandran qui a travaillé sur ces neurones miroirs, c'est grâce à eux que notre espèce a pu se développer il y a 75.000 ans.

Grâce à nos neurones miroirs, nous sommes capables d'apprendre par mimétisme, nous sommes capables d'éprouver de l'empathie pour la personne en face de nous et donc de mieux comprendre ses besoins et ses émotions... Et donc aussi de nous mettre dans la peau d'Antoine Griezmann quand il marque face à l'Allemagne.

La passionnante conférence TED de Vilayanur Ramachandran sous-titrée en français

LIRE AUSSI:
Close
Les maillots de l'Euro 2016
sur
Partager
Tweeter
PUBLICITÉ
Partager
fermer
Image affichée