Huffpost Maroc mg

L'abstention au Maroc expliquée par des politologues

Publication: Mis à jour:
ELECTIONS MAROC
DR
Imprimer

ÉLECTIONS - Alors que les élections législatives se tiennent ce vendredi 7 octobre, la question de l'abstention est plus que jamais d'actualité. Les Marocains seront-ils nombreux à aller voter, où allons-nous revivre le scénario de 2011 où le taux de participation aux élections législatives était d'à peine 45,4 %, sur les 13,6 millions d'électeurs inscrits sur les listes électorales?

Pour Assia Boutaleb, professeur à l’université de Tours contactée par le HuffPost Maroc, "la sociologie électorale met traditionnellement en avant le fait que le niveau d'éducation et le profil socio-économique sont des facteurs explicatifs de l'abstention". Et les facteurs de l’abstention sont multiples. Il y a d'abord la complexité de la procédure d'inscription aux listes électorales: "C'est là un des biais en amont les plus utilisés dans les régimes autoritaires pour contrarier la participation des catégories que l'on juge peu fiables".

Un rapport distancié à la politique

Autre facteur, toujours selon Assia Boutaleb, le désintérêt. "En général, les taux d'abstention sont forts pour des élections sans enjeux et lorsque les gens considèrent que ces élections ne les concernent pas, ne les touchent pas", explique-t-elle, indiquant qu'à ce titre, "l'abstention est révélatrice d'un rapport distant et distancié à la politique institutionnelle, et donc d'un jugement négatif sur cette dernière". Car "pour voter, encore faut-il avoir le sentiment ou la conviction que cela sert à quelque chose. Or, c'est un sentiment que peu d'électeurs ont, encore plus dans les pays où tout est joué d'avance", estime-t-elle.

Les explications d'Assia Boutaleb raisonnent avec celles de Benjamin Stora, professeur à l'université Paris-XIII. Pour étayer ses propos, l'historien français s'était basé sur une enquête réalisée par des universitaires de Rabat et Mohammedia, en juillet 2007, auprès de 1.457 individus en âge de voter, publiée par l'Economiste.

A l'époque, on pouvait lire que pour 88% des sondés, "l'opinion des citoyens ne compte pas auprès des hommes politiques". A peine 7,7% des personnes interrogées considéraient que les partis politiques avaient une vision stratégique du futur. "Cette abstention massive reste problématique pour la légitimité des institutions, et surtout pour l’existence des partis politiques", déclarait Benjamin Stora au lendemain des législatives de septembre 2007, qui, de tous les scrutins organisés au Maroc depuis son indépendance, ont été celles qui ont connu le plus bas taux de participation (37 %).

Entre abstention passive et abstention idéologique

En 2005, dans l'ouvrage collectif "Scènes et coulisses des élections au Maroc", la politologue et professeur à l’Institut d’études politiques et internationales (IEPI) de Lausanne Mounia Bennani-Chraïbi évoquait dans un chapitre consacré aux législatives de 2002 les raisons qui poussent les électeurs marocains à ne pas voter. Les raisons avancées semblent toujours d'actualité.

Il y a d'abord l'abstention idéologique: "Tout en ayant une appartenance politique ou du moins une sympathie pour une tendance, certains n’ont pas voté parce que leur parti favori n’est pas autorisé, n’a pas présenté de candidat, ou a appelé au boycott". La deuxième raison est appelée par la politologue l'abstention passive. Dans ce cas, les arguments sont alors liés à l'absence de réalisations: "Ils n’ont rien fait pour nous", "ils ne font rien pour nous", répètent les citoyens qui s'abstiennent de participer aux élections.

Mais tout n'est pas noir. Comme le souligne la politologue et professeur à l'Université Mohammed V, Saloua Zerhouni. "Le Maroc est l’un des premiers pays de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) à encourager la participation politique. Depuis la Constitution de 1962, le Maroc a instauré le multipartisme, reconnu le droit de vote, organisé régulièrement des élections tant sur le plan local que national et créé un Parlement", écrivait-elle en 2009.

De plus, "avec l’ouverture politique des dernières années, il y a eu un élargissement du champ de la participation. Ainsi, avec l’expérience d’alternance en 1998, les partis de l’opposition sont passés pour la première fois au gouvernement", souligne encore Saloua Zerhouni.

LIRE AUSSI :