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Le Québec peine à retenir ses immigrants francophones

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GEORGE ACHI
Danny Braun/Radio-Canada
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Beaucoup d'immigrants francophones quittent la Belle Province faute de trouver un travail, une situation et une culture qui les intègrent. Et souvent, c'est l'Ontario qui leur ouvre les bras.

Un reportage de Danny Braün

Ils sont nombreux, ceux et celles qui ont rêvé de s'établir au Québec afin de se refaire une vie en français. Les publicités gouvernementales laissent miroiter des possibilités d'avenir assuré dans leur langue maternelle, avec un processus de sélection qui les avantage.

Rendus ici, ils sont dans bien des cas confrontés à une tout autre réalité. « Au Québec, j'ai été immédiatement mis dans une boîte : celle de l'immigrant francophone, chose que je n'ai pas vécue ici, à Toronto avec les anglophones, même si j'ai un accent en anglais », se souvient George Achi, un Libanais d'origine, naturalisé Français.

Même s'il occupait un bon emploi, il a quitté le Montréal qu'il aimait, mais qui lui rappelait un peu trop les questions identitaires de son passé franco-libanais.

«À Toronto, je suis anonyme et je n'ai pas à me poser toutes ces questions que je fuyais et qui finissent par être difficiles à vivre.» — George Achi

Le couple Sibileau-Brossas, originaire de France, a immigré il y a quelques mois à Mississauga, la banlieue de Toronto. L'entreprise de Thomas Brossas a déménagé ses activités aéroportuaires vers l'aéroport international Pearson de Toronto, le plus important au pays.

Et son épouse, Marine, l'a accompagné.

«Au Québec, les gens sont toujours en mode défensif pour la protection de la langue. C'est bien, mais il y a une carapace dure à percer. On laisse moins entrer d'autres cultures.» — Marine Sibileau

« Toronto est la ville de plein de communautés alors que le Québec est aux Québécois de souche », déplore-t-elle.

Des emplois difficiles à trouver

Une récente étude de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) abonde dans le même sens. Même s'il y a deux fois moins d'immigrants à Montréal qu'à Toronto, où ils représentent plus de 46 % de la population, ils ne trouvent pas d'emploi à leur mesure ou, pire, pas d'emploi du tout, constatent ses auteurs.

Cette « métropole de talent », notent-ils, est pourtant une ville francophone, jeune, universitaire, innovatrice et culturellement vivante. Un paradoxe, conclut l'étude de l'OCDE.

Selon l'OCDE, le taux de chômage des immigrants arrivés à Montréal il y a moins de cinq ans dépasse 18 %, alors qu'il se situe à un peu plus de 14 % chez ceux qui se sont établis dans la Ville Reine. Après 10 ans, les immigrants torontois ont cependant un taux de chômage comparable à l'ensemble de la population montréalaise.

Statistique Canada fait par ailleurs état de disparités linguistiques : 16 % des immigrants unilingues anglophones récemment arrivés au Québec sont chômeurs, un chiffre qui grimpe à 23 % chez ceux qui ne parlent que le français.

Un « francoboom » tout près de Toronto

patrick bertolin

À Mississauga, l'école primaire catholique Saint-Jean-Baptiste vit un véritable « francoboom ». Sur ses terrains, de grands espaces ont été bétonnés pour accueillir six classes mobiles qui répondront aux nouvelles inscriptions.

Les élèves proviennent autant des familles anglophones-francophones mixtes que de celles des nouveaux immigrants désireux de voir leurs enfants apprendre le français, un net avantage en Ontario.

C'est là que Patrick Bertolin, un Camerounais d'origine sélectionné par le gouvernement du Québec, a trouvé un emploi à la hauteur de ses compétences. Une expérience qu'il n'a pas vécue au Québec.

« Si j'avais eu un emploi à ma mesure ou qu'on m'avait appelé ne serait-ce que pour une ou deux entrevues, je serais resté en me disant qu'un jour je vais avoir ma chance », regrette l'enseignant.

«Tout ce que j'ai trouvé [au Québec], c'est un emploi la nuit dans les usines ou chez Dollarama à 10 $ l'heure.» — Patrick Bertolin

« C'est triste, conclut-il. Le gouvernement québécois devrait réaliser qu'il y a un problème. »

Au total, près du quart des immigrants québécois partent vers d'autres provinces canadiennes, principalement l'Ontario.

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