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Du foot à Daech: Portrait d'un jeune djihadiste belgo-marocain

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Du foot à Daech: Portrait d'un jeune djihadiste belgo-marocain | Twitter
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TERRORISME - Il était fan du FC Barcelone et il est mort en Syrie. Abou Omar Brams, un jeune belgo-marocain, avait à peine 18 ans lorsqu'il est parti rejoindre les rangs de Daech. Et comme beaucoup de jeunes avant lui, c'était pour construire un "idéal", un endroit où il se sentirait à sa place.

Son histoire est racontée dans un portrait qu'a fait de lui le site d'actualités sportives ESPN, qui a recueilli le témoignage de Géraldine, sa mère. Cette dernière raconte que son fils était comme une grande partie des gamins de son âge avant sa radicalisation. Abou suivait le foot avec assiduité, au grand dam de sa mère qui avait dû lui interdire la télévision après qu'il a passé un mois entier à suivre quotidiennement l'Euro 2012. Il vouait un véritable culte au FC Barcelone.

Géraldine raconte que son fils l'avait forcée à se rendre au stade du club, le Camp Nou, alors qu'ils se trouvaient à Perpignan pour passer des vacances, à plusieurs centaines de kilomètres de là. Résultat: une couverture et une écharpe aux couleurs du club catalan, ainsi qu'un maillot officiel achetés hors de prix à la boutique des blaugranas. Il vivait avec ses parents à Bruxelles, dans le quartier de Molenbeek. Un coin de la capitale belge aujourd'hui tristement connu à cause du nombre de terroristes qui y ont grandi.

Début de radicalisation

Géraldine confie au journaliste d'ESPN que tout a commencé quand Abou Omar n'a pas réussi à trouver un job d'été peu après avoir obtenu sa majorité. La consonance arabe de son nom de famille, qu'il tenait de son père marocain, aurait été un obstacle selon elle.

La mère explique que le jeune homme était en manque de repères: "Je ne suis nulle part chez moi. Quand je suis en Belgique, ils disent que je suis Marocain. Quand je suis au Maroc, ils disent que je suis Belge" lui aurait-il dit. Il aurait ensuite commencé à se tourner de plus en plus vers la religion après cet été mouvementé. Contents de voir leur fils trouver la foi au départ, ses parents ont commencé à s'inquiéter lorsqu'il a débuté à évoquer son envie de partir en Syrie pour "aider".

La rupture a eu lieu le mois de janvier suivant, quandil s'est disputé avec son père au sujet du Coran. Les deux hommes étaient en désaccord sur leur interprétation du texte sacré, le père argumentant qu'il avait plus d'expérience que lui et qu'il n'avait aucune leçon à recevoir de sa part. Abou Omar leur a par la suite dit qu'il partirait en Syrie, peu importe leur avis. Ils ne l'ont plus jamais vu. La police, prévenue par Géraldine, n'a pas empêché le jeune homme de prendre un avion pour la Syrie.

Contacts à doses sporadiques

Pendant plusieurs mois, ils ont été en contact avec leur fils via des appels téléphoniques. Abou Omar aurait d'ailleurs demandé une fois de l'argent pour pouvoir rentrer chez lui, avant de rappeler deux heures plus tard pour annoncer qu'il avait changé d'avis. Géraldine soupçonne que Daech espionnait les conversations de ses combattants et que son fils aurait subi des menaces suite à cette requête.

Même s'il n'a jamais explicitement dit à ses parents qu'il combattait pour Daech, l'activité d'Abou Omar sur les réseaux sociaux laisse peu de place au doute. Sur son compte Twitter, une photo le montre aux côtés d'Abdelhamid Abaaoud, cerveau des attentats du 13 novembre à Paris et tué lors d'un assaut de la police française.

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Ce dernier était également originaire du quartier de Molenbeek. D'autres clichés le montrent posant l'arme à la main et grand sourire aux lèvres.

Un jour, Géraldine a reçu un SMS de la part d'un numéro inconnu lui annonçant qu'elle "devait être fière de son fils, qui était un bon gars, aimé de tous". Après quelques échanges, ce mystérieux correspondant lui annonce qu'Abou Omar est mort d'une balle dans la tête en défendant les positions de Daech dans un aéroport. Son corps a été enterré près des lieux.

"Oh, il sera content"

Depuis la mort de son fils, Géraldine n'a pas touché sa chambre. La literie estampillée FC Barcelone est toujours en place. Et lorsqu'elle tombe sur un match du club catalan, elle vérifie toujours le score: "Quand ils gagnent, je me dis 'Oh, il sera content'".

Elle a depuis ouvert une association qui apporte un soutien psychologique aux parents qui ont vu leur progéniture partir faire le djihad en Syrie. Géraldine fait également de la sensibilisation auprès des enfants dans les écoles afin d'éviter qu'ils soient recrutés par les sympathisants de Daech. Elle espère un jour pouvoir partir en Syrie pour retrouver le corps de son fils, et le ramener en Belgique.

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