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Une entreprise tunisienne sur deux disparaitra d'ici les 2 prochaines années si la situation économique et sociale n'évolue pas selon Ernst & Young

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TUNISIA
A shop owner waits for tourists outside his shop at the touristic village of Sidi Bou Said, some 20 kilometers outside of Tunis, Tunisia, Sunday, Oct. 25, 2015. (AP Photo/Mosa'ab Elshamy) | ASSOCIATED PRESS
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Ernst & Young vient de publier son baromètre 2016 des entreprises en Tunisie.

Le baromètre des entreprises du secteur privé, celui de 2016 dénote d'un "décalage fort entre la réalité et les capacités de nos entreprises pour aller de l’avant, d’un côté, et le contexte politique, économique et social qui tire encore et encore vers le bas, de l’autre" indique Noureddine Hajji, Associé et Directeur Général d'Ernst & Young.

Plus de la moitié des entreprises tunisiennes ont amélioré leurs chiffres d'affaires

51% des entreprises interrogées ont amélioré leur chiffres d'affaires en 2015 par rapport à 2014 selon Ernst & Young. Cependant, plus du 1/4 des entreprises ont constaté une baisse de celui-ci.

Cette hausse du chiffre d'affaire s'explique selon les entreprises par des facteurs internes. Ainsi pour 48% des entreprises interrogées, cela est dû à une amélioration de leurs services et de leurs produits, suivie de l'amélioration du marché et enfin des forces de ventes.

"Ainsi, le facteur externe d’amélioration de l’activité pour le secteur ou le marché n’apparaît pas comme déterminant" indique le rapport.

La conjoncture économique principal problème des entreprises en difficulté

Pour les entreprises ayant connu une baisse de leurs chiffres d'affaires, cela est dû pour 75% d'entre eux à une mauvaise conjoncture économique.

Les autres facteurs cités sont la forte concurrence, la demande des clients ou encore la concurrence déloyale.

"Les facteurs internes ne sont cités qu’en dernier ressort, qu’il s’agisse de difficultés liées à la gestion des ressources humaines ou de problèmes dans le processus de production" affirme Ernst & Young

Un souffle d'optimisme?

68% des entreprises sont optimistes quant à l’évolution de leur activité pour les 12 prochains mois.

Cependant, seul 24% des entreprises sondées s'attendent à de la stabilité contre 32% en 2014, soit une baisse de 8 points en deux ans. "Il est donc clair que des signes d’essoufflement des entreprises apparaissent" indique le rapport.

Qu'est ce qui influence les entreprises dans leurs activités?

Le principal facteur pris en compte par les entreprises est la conjoncture économique et sociale pour 67% des sondés.

Suivent, l'évolution de la situation sécuritaire (65%), la stabilisation de la situation politique (52%) et enfin la situation de la Libye (45%)/

"Il y a aujourd’hui une attente forte que la sphère économique et sociale reprenne ses droits, cette attente portant sur une amélioration générale de la conjoncture. La morosité ambiante influencerait-elle les dirigeants d’entreprises" s'interroge le rapport.

Des signes d'essoufflement apparaissent

A la question "Si la conjoncture devait rester ce qu’elle est, voire se dégrader, au bout de combien de temps votre activité serait-elle selon vous menacée?", seulement 1 entreprise sur 4 estime ne pas être menacée.

Près de 75% des entreprises estiment devoir mettre la clef sous la porte si la conjoncture actuelle venait à perdurer. Pire encore, près d'une entreprise sur 2 se voit disparaitre en moins de 2 ans, si la situation n'évolue pas.

"En résumé, les entreprises tunisiennes se renforcent en interne en misant sur des revues de la stratégie et des optimisations des processus, mais la conjoncture tend à les rattraper et à étouffer leurs élans." affirme Fayez Choyakh, associé, fiscalité & assistance aux entreprises à Ernst & Young

Des intentions d'investissement stables

Si pour une majorité d'entreprises (69%), le climat d'investissement sera stable voire se dégradera au cours des 12 prochains mois, ils continueront néanmoins à investir.

Ainsi 48% des entreprises interrogées augmenteront leurs investissements sur les 12 prochains mois alors que seulement 8% les réduiront.

Les dirigeants d'entreprises "pas prêts" à investir dans les régions intérieures

50% des dirigeants d'entreprises interrogés n'investiront pas dans les régions intérieures dans un horizon prévisible.

Les principales causes avancées sont: une conjoncture actuelle défavorable, l'absence d'attractivité économique de ces régions, et enfin le manque de visibilité politique, sociale et sécuritaire de ces régions.

Cependant, 29% des dirigeants d'entreprises se disent prêts à investir dans les régions intérieures, car cela est prévu au vu de l'expansion de leur activité.

L'Afrique subsaharienne en point de mire

Concernant les intentions d'investissement dans les pays étrangers, les entreprises tunisiennes se tournent volontiers vers l'Afrique subsaharienne. 20% d'entreprises tunisiennes y sont déjà présentes et 26% envisagent sérieusement de s'y implanter.

Par ailleurs, avec 36% d'entreprises tunisiennes présentes, les pays du Maghreb restent la destination préférée de ces entreprises. 20% des entreprises sondées envisagent sérieusement d'élargir leurs investissement dans ces pays.

Selon Ernst & Young: "Ainsi, si les intentions d’investissement se réalisent, plus d’une entreprise enquêtée sur deux aura une présence dans un pays du Maghreb, et près d’une sur deux en Afrique sub-saharienne. L’internationalisation de nos entreprises ne serait donc plus un mythe".

Une situation politique préoccupante pour les entreprises

Pour 86% des dirigeants d'entreprises sondés, la situation politique est mauvaise voire très mauvaise.

Selon le rapport, les raisons avancées par les dirigeants d'entreprises sont nombreuses: la lenteur des réformes, l’absence de leadership , ainsi que l’absence d’une vision stratégique sur le moyen et le long termes.

Pire encore peu de dirigeants d'entreprises sont optimistes pour une évolution positive sur les 12 prochains mois, puisqu'ils sont 40% à penser que la situation politique du pays va se dégrader sur cette période.

Les pouvoirs publics, barrières à l'investissement

Si la situation économique est défavorable, cela est dû au manque d'investissements affirment les dirigeants. Parmi les barrières à l'investissement, 75% d'entre eux citent la lourdeur administrative comme principale cause, suivie du climat social (pour 60% des sondés) et enfin arrive la situation sécuritaire (pour 57% des sondés).

Une stabilisation de la situation dans les 3 à 5 ans à venir

Concernant la situation politique, économique et sociale, 36% des dirigeants d'entreprises estiment que celle-ci se stabilisera dans les 3 à 5 ans à venir. En 2014, ils étaient 50% à le penser.

Pire encore, 28% d'entre eux pensent que cela nécessitera plus de 5 ans pour que la situation se stabilise alors qu'ils n'étaient que 12% à le penser en 2014.

Quant à la lutte contre la corruption, la contrebande et l'économie informelle, ils sont une grande majorité à être pessimiste quant aux politiques menées par les pouvoirs publics pour y mettre un terme. Ainsi 56% des dirigeants d'entreprises estiment qu'il faudra plus de 5 ans pour endiguer ces fléaux.

Quant à la question sécuritaire, 55% des dirigeants d'entreprises estiment qu'il faudra plus de 3 ans pour que la situation se stabilise.

Une nouvelle échelle de priorité

Lors de ce baromètre 2016, une nouvelle échelle de priorité pour améliorer la situation économique s'est dessinée de la part des dirigeants d'entreprises.

Si en 2014, la lutte contre la corruption, le rehaussement de la qualité des infrastructures et des services publics et la modernisation du système éducatif et de la formation étaient les principales priorités pour les chefs d'entreprises, en 2016, les priorités sont différentes.

Ainsi la mise à niveau des services des administrations en liaison avec l’entreprise (douanes, BCT...) apparait comme la priorité pour 82% des dirigeants d'entreprises, suivie de la lutte contre la corruption (pour 62%) et de la refonte du cadre légal et institutionnel de l’investissement et de l’entreprise (pour 44%).

"Lors de la conduite de l’enquête du Baromètre, les dirigeants n’ont cessé d’appeler les gouvernants à la prise de décision afin de sortir le pays d’une stagnation qui a assez duré, insistant au passage sur la nécessité d’agir d’urgence contre le marché parallèle et la corruption, causes principales de ralentissement de l’évolution économique et sociale du pays selon eux . Ils expriment leurs attentes de façon très explicite, en mettant la mise à niveau des services de l’administration en tête" indique Fehmi Laourine, Associé, Secteur des Services Financiers chez Ernst & Young

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