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5 questions pour comprendre la crise au Venezuela

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Ça va très mal au Venezuela depuis que le prix du pétrole a baissé. Les supermarchés sont vides, ainsi que les pharmacies. Il y a pénurie d'électricité, et de plus en plus de pillages et d'émeutes. C'est sans compter l'épreuve de force entre l'opposition et le président Maduro. Décryptage.

Propos recueillis par Danielle Beaudoin

La professeure de sciences politiques à l'Université de Montréal Graciela Ducatenzeiler répond à nos questions. Voici ses explications.

1. Comment la crise a-t-elle commencé?

G. D. : Le Venezuela est peut-être le pays qui a le plus de réserves pétrolières au monde. Il était prospère quand les prix du baril de pétrole étaient élevés. Il est devenu moins prospère quand les prix ont baissé.

Les différents gouvernements et les classes dominantes se sont réparti la rente pétrolière. Il n'y a jamais eu diversification de l'économie.

Il faut dire que toutes les prévisions économiques du Venezuela ont été faites avec un baril de pétrole à 130 $ ou même plus. Le prix du baril est actuellement à moins de 50 $. Vous pouvez imaginer la différence. Les revenus qui entrent au Venezuela sont trois fois plus faibles que prévu.

Donc, l'économie est un désastre. Le taux d'inflation est à plus de 100 %. On pense même que, cette année, ça va arriver à 700 %. C'est le pays au monde qui a le taux d'inflation le plus élevé.

2. Quel est l'impact sur les Vénézuéliens?

G. D. : Ils n'ont pas de devises, parce qu'ils vivent de l'argent généré par les exportations. Comme il n'y a pas de devises, ils ne peuvent rien acheter. Il n'y a pas d'importations. Les denrées de première nécessité se font rares. Les prix des produits encore disponibles sont très élevés, et ils augmentent avec la pénurie.

Les supermarchés sont pris d'assaut. Je lisais un article d'un écrivain vénézuélien qui n'habite plus au Venezuela, mais qui est rentré au pays pour un congrès. Il a été impressionné par les énormes files dans les supermarchés. Il raconte que les gens se déplacent d'un supermarché à un autre, partout dans la ville, à la recherche de nourriture. Et ceux qui passent en premier sont les revendeurs. Ils sont de mèche avec la police, qui surveille les files pour qu'il n'y ait pas de dégâts. Les revendeurs sont donc les premiers à mettre la main sur les denrées pour ensuite les vendre au double du prix qu'ils ont payé.

En plus, il n'y a pas d'électricité dans ce pays producteur de pétrole. Tout le système de transmission électrique n'a pas été amélioré depuis des années. Il ne suffit pas à la consommation normale de la population. À cause des pénuries d'électricité, les employés de l'État travaillent deux demi-journées par semaine.

Le rôle des milices

« On peut dire qu'il y a un État parallèle. Des milices sont censées distribuer des denrées alimentaires ou de première nécessité. Elles sont formées par des militants du parti au pouvoir. Ce que les gens disent, c'est que les denrées n'arrivent pas, mais que cette nourriture est partagée et répartie parmi les membres des milices », explique l'experte. Elle ajoute que les milices chavistes s'attaquent impunément à la population et contribuent à la grande violence qui règne notamment à Caracas, la capitale.


3. La crise politique vient-elle de la débâcle économique?

G. D. : Je dirais que ce sont deux crises parallèles. Évidemment, on peut dire que le gouvernement Maduro a perdu de la crédibilité et de l'autorité à cause de la crise économique pour une raison très simple. Pour moi, la différence entre le gouvernement de Chavez et celui de Maduro, c'est le prix du baril de pétrole. Ces deux gouvernements populistes dépendent de l'argent. Sans argent, il n'y a pas de populisme.

À partir du moment où Maduro a pris le pouvoir, les prix du pétrole sont tombés; alors il n'y a pas d'argent pour entretenir le clientélisme, pour entretenir les politiques populistes. En ce sens, on peut dire que la crise politique s'est aggravée en raison de la crise économique.

Le gouvernement Maduro est en train de perdre auprès des plus pauvres, ceux qui l'ont toujours appuyé jusqu'ici, ceux qui avaient perçu Chavez comme un sauveur qui allait les sortir de la misère. [...] Maintenant, il y a des manifestations contre Maduro dans les bidonvilles.

4. Pourriez-vous nous expliquer cette crise politique?

G. D. : L'opposition veut tenir un référendum pour forcer le départ du président Maduro. C'est stipulé dans la Constitution. On peut demander en tout temps un référendum révocatoire, si on arrive à ramasser, je pense, 180 000 signatures.

L'opposition en a obtenu beaucoup plus que ce qu'exige la Constitution et le gouvernement Maduro fait tout son possible pour remettre en question les signatures. Il dit qu'il y a de la fraude et que certaines signatures sont celles de personnes déjà décédées. Même la signature du leader de l'opposition Henrique Capriles est contestée.

Si le référendum a lieu avant le 7 janvier 2017, il faut décréter de nouvelles élections. C'est pour cela que ça presse pour l'opposition. Et Maduro fait des manœuvres dilatoires pour que le référendum se passe après le 7 janvier. Il sait qu'il va le perdre, mais si la consultation populaire a lieu après la date limite, il n'y aura pas de nouvelles élections. À ce moment-là, c'est le vice-président qui prendrait le pouvoir.

5. Le départ de Maduro réglerait-il quelque chose?

G. D. : Je pense que oui. Ça dépend du contexte. Pour l'instant, il ne va pas partir. L'opposition avance, mais à pas très lents. Maduro a encore certaines ressources pour rester au pouvoir. Il a perdu l'appui de la population, mais il y a certains éléments qui lui permettent la gouvernabilité : d'une part le tribunal suprême de justice, et d'autre part, la composante militaire. Il y a des divisions à l'intérieur des forces armées, mais en général, il est appuyé, alors ça, c'est très important.

Dans la mesure où il a l'appui de la justice et des militaires, il peut se tenir au pouvoir. Au coût d'une tuerie extraordinaire, au coût de la répression. Mais il peut rester encore au pouvoir. Je pense que Maduro essaie de contrôler le conflit social en attendant une augmentation des prix du pétrole.

Mais peut-être qu'avec la détérioration de la situation politique, Maduro serait prêt à négocier son départ avec l'opposition. Que l'opposition lui garantisse une certaine sécurité, qu'il n'aille pas en prison, qu'il soit accepté quelque part, avec sa famille et tous ceux qui l'ont entouré pendant ses trois ans de gouvernement. Ce serait possible, mais c'est très difficile de prédire comment ça va se terminer.

Ce qu'il faut espérer, c'est qu'ils arrivent à une négociation avant que la situation ne dégénère encore plus, avant qu'il y ait plus de violence, avant que l'armée ne sorte dans la rue pour défendre Maduro.

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