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Grand cafouillage autour du concours d'architecture du musée national d'archéologie et des sciences de la terre de Rabat

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ARCHITECTURE - Lundi 20 juin, le HuffPost Maroc révélait en exclusivité que le musée national d’archéologie et des sciences de la terre allait changer de nouveau de site d’implantation. En effet, le ministère de la Culture avait annoncé en 2010 qu’il prendrait place sur le site de l’ancienne résidence du maréchal Lyautey, avant de changer d’avis et de décider de l’implanter sur la vallée du Bouregreg, en face du Grand théâtre dessiné par Zaha Hadid, actuellement en chantier. Sauf qu'aux dernières nouvelles, le musée d’archéologie de Rabat devrait s’implanter à l’entrée de la ville, non loin du complexe sportif Moulay Abdellah.

Ces différents changements n’ont pas été sans conséquences sur les architectes participant au concours d’architecture lancé par le ministère de la Culture, après l’annonce de ce nouvel équipement muséal. Le 26 août 2010, le cabinet d’architecture parisien ARCHI5prod et son associé marocain Omar Kobbité architectes (OKA) ont été déclarés lauréats du concours qui leur permettait d’office de construire ce musée tant attendu et de bénéficier d’une indemnité de 2,5 millions de dirhams.

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Après l’euphorie et les articles de presse annonçant le projet gagnant, plus de nouvelles de la part du ministère de la Culture. Le cabinet parisien a même été étonné d’apprendre qu’un nouveau concours d’architecture a été lancé par la suite, sans savoir ce qu’il en était de l’avancement du projet initial. ”Après avoir décidé de changer d’emplacement, le ministère de la Culture nous a demandé de faire une proposition d’insertion de notre projet initial”, confie au HuffPost Maroc Jacques Sebbag, PDG de l’entreprise. Mais cette demande ne mènera à rien de concret. L’agence est invitée par la suite à participer à un nouveau concours mais est vite éliminée pour ”non conformité administrative”.

”Toutes les autres agences concurrentes ont eu leurs indemnités, sauf nous”, se désole l’architecte. Et pour cause, ”ils ne considèrent pas que le projet est annulé, alors qu’ils lancent d’autres concours en parallèle”, explique notre interlocuteur. Face à cette incompréhension, ARCHI5prod a essayé de frapper à toutes les portes. ”Mon associé marocain a rencontré le ministre de la Culture Amine Sbihi afin d’en savoir plus sur l’avancement de la procédure”, nous confie-t-il. Une rencontre qui ne parviendra pas à débloquer la situation.

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L’architecte français a également essayé de ”faire intervenir l’ambassade de France au Maroc pour qu'elle ”intercède auprès du ministère de la Culture afin que le cabinet puisse récupérer ses indemnités”, sans que cette initiative ne puisse porter ses fruits. Dernier recours en date? Un courrier recommandé envoyé par ARCHI5prod au ministre de la Culture dans lequel il revient sur l’ensemble des détails de l’affaire. ”Monsieur le directeur du patrimoine culturel Abdellah Salih m’a dit qu’il devait signer un courrier afin de débloquer cette situation”, a-t-il écrit le 18 mai. Une promesse toujours pas tenue à l’heure qu’il est.

Actuellement, c’est l’Agence pour l’aménagement pour la vallée du Bouregreg qui assure la maîtrise d’ouvrage du projet. On ignore pour l’heure si cette tâche lui sera retirée vu que le projet est délocalisé de sa zone d’intervention. Ce qui est sûr, c’est que ni son directeur, Lemghari Essakl, ni le ministre de la Culture Amine Sbihi n’ont accepté de répondre à nos interrogations sur le sujet.

”Ce n’est pas un cas isolé”

Contacté par le HuffPost Maroc, le président de l’Ordre des architectes de la région de Rabat-Salé-Zemmour-Zaër Mnebhi Loudiyi a confirmé le chaos qui entoure ce concours d’architecture. ”J’ai envoyé une demande d’explication au directeur de l’Agence pour l’aménagement de la vallée du Bouregreg. Il m’a convoqué afin de m’expliquer les motivations derrière les changements qu’a connu le site du musée”, nous confie-t-il, sans pour autant livrer des détails sur les raisons de ces changements de dernière minute. Il se murmure néanmoins que les raisons seraient ”politiques”.

”J’ai demandé à monsieur Essakl d’écrire aux architectes qui ont participé aux concours afin de leur expliquer ce qui se passe. Ce n’est pas normal qu’on ait recours à des architectes qui mobilisent des moyens très importants pour leur dire que c’est annulé par la suite”, déplore le président de l’Ordre des architectes qui estime à ”neuf millions de dirhams” les pertes cumulées des agences d’architecture pour le concours du musée d’archéologie et des sciences de la terre.

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Pour notre interlocuteur, le cas de ce concours n’est pas isolé. ”Plusieurs administrations ont fait ça dans le passé, causant la faillite des architectes. Nous organiserons bientôt, à l’Ordre national des architectes, une réunion pour essayer de comprendre pourquoi l’Etat agit de cette façon.”

Comment expliquer ce genre de cafouillage? Pour Mnebhi Loudiyi, ”le grand problème réside dans le décret sur les passations des marchés publics, datant du 20 mars 2013”. Si le décret n° 2-12-349 assure ”la liberté d’accès à la commande publique, l’égalité de traitement des concurrents, la garantie de leurs droits et la transparence dans les choix du maître d’ouvrage”, il contient néanmoins des lacunes selon l’architecte.

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”Il y a beaucoup de vide juridique, de vice de forme dans ce texte”, estime-t-il. D’ailleurs, l’Ordre national des architectes a proposé d’amender le décret, demande à laquelle l’Etat a répondu par la positive. Pour accélérer la procédure, le département de Loudiyi veut faire pression. ”Nous demandons à tous les architectes de cesser de participer aux concours jusqu’à ce que le décret soit amendé.”

Pour revenir au concours d’architecture du musée d’archéologie et des sciences de la terre, un dernier concours a été lancé en mars 2016 portant sur le terrain se situant sur la vallée du Bouregreg. Si plusieurs cabinets d’architectes ont participé, on ignore ce qu’il adviendra de leurs projets vu que les plans élaborés sont déjà caduques, car ils sont implantés dans un site qui ne sera plus exploité pour ce projet.

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