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La Tunisie a besoin d'une approche multidimensionnelle pour lutter contre la violence jihadiste selon Crisis Group

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JIHAD TUNISIA
FATHI NASRI/AFP/Getty Images
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L'ONG International Crisis Group a publié mercredi 22 juin, un rapport sur la violence jihadiste en Tunisie.

Intitulé: "Violence jihadiste en Tunisie : l’urgence d’une stratégie nationale", le rapport de l'ONG revient sur les moyens de lutter contre la violence jihadiste en Tunisie.

"Confrontées à une menace jihadiste émanant tant du territoire national que de celui de la Libye voisine, les autorités tunisiennes doivent impérativement publier et mettre en œuvre une stratégie antiterroriste fondée sur une approche multidimensionnelle, faisant de la prévention une priorité, et prévoyant un dispositif de consultation. Ceci permettrait d’apporter une réponse coordonnée à ce phénomène et de bâtir un consensus plus large." indique le rapport

L'ONG pose de nombreuses recommandations, incitant l'État à "publier et mettre en œuvre une stratégie de lutte contre la menace jihadiste" sinon la "radicalisation des franges les plus vulnérables de la population risquerait de se poursuivre" affirme Crisis Group.

Pour l'ONG, la Tunisie doit laisser tomber le "tout sécuritaire" et réfléchir à une approche multidimensionnelle impliquant l'ensemble de la population.

Un manque de coordination au niveau de l'exécutif

Selon l'ONG, la Tunisie fait face à de nombreux problèmes bloquant l'institution d'une stratégie nationale contre la violence jihadiste.

Parmi eux, l'ICG pointe du doigt le manque de coordination: "Les défis sécuritaires sont urgents et encouragent les mesures répressives. Les deux têtes de l’exécutif sont mal coordonnées. Les blocages administratifs intra- et interministériels sont nombreux, et les commissions ad hoc dédiées à la lutte antiterroriste sont peu fonctionnelles, et risquent de compliquer la prise de décision." affirme le rapport.

"La présidence de la République et celle du gouvernement devraient définir, de manière consensuelle, leurs rôles respectifs dans le domaine sécuritaire" ajoute également le rapport.

L'ICG appelle également le chef du gouvernement à "renforcer ses mécanismes de coordination interministérielle, tout particulièrement la Commission nationale de lutte contre le terrorisme et la Cellule de suivi de la gestion sécuritaire, et créer un poste de haut-commissaire chargé de la lutte antiterroriste, doté du statut de ministre auprès de la présidence du gouvernement".

Une menace toujours omniprésente

Si les forces armées tunisiennes ont gagné de nombreuses batailles face à la menace jihadiste, il n'en demeure pas moins que la Tunisie reste toujours sous une grande menace.

Avec 3000 à 6000 Tunisiens dans les rangs de l'État Islamique, et près de 600 qui sont retournés dans leurs pays, la Tunisie reste une cible de choix, d'autant plus que légalement il est très difficile de prouver leur implication dans des meurtres ou attentats à l'étranger: "étant donné la faiblesse des renseignements extérieurs, la justice ne peut prouver qu’ils ont du sang sur les mains. Ils sont donc seulement assignés à résidence et surveillés étroitement par la police" a affirmé un ancien directeur général de la Sûreté nationale à Crisis Group.

Selon un spécialiste français du jihadisme interrogé par l'ICG , de nouvelles attaques en Tunisie ne sont pas à exclure: "Ceci accompagnerait la stratégie de dispersion de l’EI de ses bastions de la Libye voisine", a-t-il affirmé.

La Tunisie nid à jihadistes?

Ce qui fait croire à l'imminence de nouvelles attaques, c'est aussi le nombre de groupes jihadistes présents sur le territoire tunisien. Selon Crisis Group, "plusieurs cellules dormantes, dont certaines sont en contact avec Al-Qaeda au Maghreb islamique (AQMI) et l’EI, seraient disséminées sur le territoire", en plus de 150 membres de l'organisation Okba Ibn Nafa ainsi que de Jounoud alKhilafa.

"Etant donné le renforcement de leurs capacités stratégiques en Libye, les groupes jihadistes risquent d’acquérir un 'temps d’avance' sur les forces de sécurité", a affirmé le rapport.

Des solution pas seulement sécuritaires

Selon ICG, une réponse seulement sécuritaire ferait le jeu des jihadistes: "Dans le sillage des trois attentats de 2015, les arrestations arbitraires, les violences et brutalités policières se sont déjà multipliées. Le discours sécuritaire prenant à partie les défenseurs des droits humains s’est également intensifié dans les principaux médias".

Cette approche est utilisée par les mouvances jihadistes pour mettre en exergue "le caractère foncièrement injuste de l’ 'État impie'", indique l'ICG.

Pour Crisis Group, la réponse de l'État ne doit pas être exclusivement sécuritaire: "Elle devrait tenir compte de la stratégie des groupes jihadistes consistant à exploiter le sentiment d’injustice croissant de nombreux citoyens".

Pour ce faire, la Tunisie doit définir "le cadre d’une stratégie nationale multidimensionnelle de lutte contre la violence jihadiste" affirme Crisis Group.

Cette stratégie "permettrait à la Tunisie de s’attaquer aux causes de la violence jihadiste grâce à des mesures de prévention coordonnées au niveau interministériel, d’augmenter l’efficacité de l’institution sécuritaire en l’aidant à garder un temps d’avance sur les groupes jihadistes, et d’éviter l’écueil du tout sécuritaire qui contribuerait à radicaliser davantage de citoyens, tout en coupant l’herbe sous le pied des partisans du recours à l’homme fort." conclut le rapport.

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